CHAPITRE XXXVIII

La mise au tombeau.

Tous se pressaient autour du corps de Jésus et s’agenouillaient pour lui adresser le dernier adieu, lorsqu’un prodige touchant vint frapper leurs yeux : le corps sacré du Seigneur, avec toutes ses blessures, leur apparut dessiné sur le drap qui le couvrait. Pour récompenser leurs soins affectueux, il avait voulu leur laisser l’image de son corps. Ils embrassèrent ce corps sacré avec beaucoup de gémissements et de larmes, et baisèrent respectueusement l’image miraculeuse. Leur étonnement augmenta encore lorsqu’en soulevant le drap, ils trouvèrent toutes les bandelettes du dessous aussi blanches qu’auparavant ; le drap supérieur seul portait l’empreinte de la figure du Seigneur. C’était un portrait miraculeux, un témoignage de la divinité créatrice toujours présente dans le corps du Seigneur.

Les hommes placèrent le corps sur un brancard de cuir, qu’ils recouvrirent d’une couverture brune, et auquel ils adaptèrent deux longs bâtons. En le voyant cette fois, je pensai à l’arche d’alliance. Ils portaient les bâtons sur leurs épaules : Joseph et Nicodème par devant, Jean et Abénadar par derrière. Derrière eux venaient la sainte Vierge, Marie d’Héli, Madeleine et Marie de Cléophas, puis les autres saintes femmes : Véronique, Jeanne Chusa, Marie mère de Marc, Salomé, femme de Zébédée, Marie Salomé, Salomé de Jérusalem, Suzanne et Anne, nièce de saint Joseph. Cassius et quelques soldats fermaient le cortège. Quelques soldats marchaient aussi en avant, portant des flambeaux dont on devait avoir besoin dans le sépulcre.

Ils marchèrent ainsi à travers la vallée environ pendant sept minutes, en chantant des psaumes sur un air doux et mélancolique. Je vis sur une hauteur Jacques le Majeur qui regardait passer le cortège. Il retourna aussitôt vers les autres disciples pour leur annoncer ce qu’il avait vu.

Arrivés au sépulcre, le brancard fut ouvert, et ils enlevèrent le saint corps au moyen d’une planche étroite recouverte d’un linge. Le sépulcre, qui était neuf, avait été purifié et nettoyé par les serviteurs de Nicodème. Les saintes femmes s’assirent sur un banc en face du tombeau. Jean et les trois autres amis du Seigneur portèrent le saint corps dans la grotte, couvrirent d’herbes odoriférantes la couche où il devait reposer, et y étendirent un drap, sur lequel ils déposèrent le saint corps. Ils lui témoignèrent encore leur amour par leurs embrassements et leurs larmes, puis ils sortirent de la grotte. Alors la sainte Vierge y entra ; elle s’assit sur la couche sépulcrale du côté de la tête, et se pencha en pleurant sur le corps de son Fils. Après elle, Madeleine se précipita dans la grotte ; elle avait cueilli dans le jardin des fleurs et des rameaux verts, qu’elle jeta sur le saint corps. Elle se tordit les mains et embrassa les pieds de Jésus avec beaucoup de gémissements et de larmes ; comme on lui fit observer qu’il était temps de fermer le tombeau, elle retourna vers les autres saintes femmes. Les amis de Jésus relevèrent au-dessus du corps les bords du linge sur lequel il reposait, étendirent la couverture brune sur toute la couche, et fermèrent la porte, qui était de cuivre ou de bronze. Il y avait deux traverses, l’une horizontale, l’autre verticale formant la croix.

La grande pierre qui devait fermer le sépulcre avait la forme d’une tombe ; elle était assez longue pour qu’un homme, en s’étendant dessus, pût à peine la couvrir tout entière. Elle était très lourde, et ce ne fut qu’à l’aide de barres qu’ils purent la rouler à l’entrée du tombeau. L’entrée extérieure de la grotte était fermée d’une porte en clayonnage. Tout dans l’intérieur se fit à la lueur des torches, car il y régnait une obscurité complète.

Le jardin de Joseph d’Arimathie était situé près de la porte de Bethléem, à sept minutes environ du Calvaire. C’était un beau jardin, planté de grands arbres et de massifs ombreux. La grotte du tombeau est ouverte au levant : le terrain s’abaisse devant l’entrée. Le rocher à l’intérieur est blanc avec des veines rouges et bleues. Le caveau est assez grand pour permettre à quatre hommes de se tenir adossés de chaque côté contre les parois, sans gêner ceux qui portent le corps. Vis-à-vis la porte est un enfoncement où se trouve le tombeau, élevé d’environ deux pieds au-dessus du sol. Il tient au rocher comme un autel : deux personnes peuvent se tenir à la tête et aux pieds.

Le sabbat allait commencer. Joseph et Nicodème rentrèrent à la ville par une petite porte qui ne s’ouvrait que par faveur. Ils dirent à la sainte Vierge, à Jean, à Madeleine et aux autres saintes femmes, qui voulaient retourner au Calvaire pour prier, que cette porte, ainsi que celle du cénacle, leur serait ouverte lorsqu’ils y viendraient frapper.

Les soldats se joignirent à leurs camarades qui gardaient la porte conduisant au Calvaire, tandis que Cassius armé de sa lance alla trouver Pilate. Il lui raconta tout ce qui s’était passé, et s’offrit à l’informer de tout ce qui pourrait arriver encore, s’il voulait lui confier le commandement des gardes que les Juifs, disait-on, voulaient demander pour le sépulcre. Pilate écouta son rapport avec une terreur secrète, mais il le traita de fanatique.

Joseph et Nicodème rencontrèrent dans la ville Pierre, Jacques le Majeur et Jacques le Mineur tout en larmes. Pierre surtout faisait éclater sa douleur ; il les embrassa en gémissant. Il se reprocha de n’avoir pas assisté à la mort du Seigneur, et les remercia d’avoir eu soin de sa sépulture. Les apôtres demandèrent qu’on leur ouvrît la porte du cénacle lorsqu’ils y frapperaient, puis ils s’en allèrent chercher les amis dispersés. Je vis peu de temps après la sainte Vierge et ses compagnes entrer au cénacle ; Abénadar y vint aussi, ainsi que la plupart des apôtres et un grand nombre de disciples. Les saintes femmes se retirèrent dans le logement de la sainte Vierge ; ils prirent un léger repas, restèrent ensemble quelques minutes, et racontèrent avec beaucoup de larmes ce qui s’était passé. Après avoir changé de vêtements, les hommes célébrèrent le sabbat à la lueur des lampes. Dans la soirée, Lazare, la veuve de Naïm, Dina la Samaritaine et Mara la Suphanite vinrent de Béthanie : on fit un nouveau récit des événements, et on pleura encore.

Joseph d’Arimathie retourna dans sa maison à une heure très avancée de la nuit. Il suivait tristement les rues de Sion, en compagnie de quelques disciples et de quelques femmes, lorsque, tout à coup, une troupe d’hommes armés, sortant d’une embuscade placée dans le voisinage du tribunal de Caïphe, se jeta sur eux et s’empara de Joseph ; ceux qui l’accompagnaient s’enfuirent en poussant des cris d’effroi. Les soldats renfermèrent le bon Joseph dans une tour située auprès du mur de la ville, à peu de distance du tribunal. Caïphe l’avait fait arrêter par des soldats païens qui n’avaient pas à célébrer le sabbat. Il voulait cacher son emprisonnement, et le laisser mourir de faim.