CHAPITRE XIV
Accroissement de la communauté.
Cependant le nombre des fidèles augmentait tous les jours. Je vis qu’on était occupé à loger une multitude de personnes qui venaient d’arriver avec des ânes et des bagages, particulièrement des bords de la mer de Galilée. D’ordinaire, ils descendaient à une hôtellerie située en avant de Béthanie, où se succédaient continuellement des disciples qui leur donnaient des conseils et des enseignements. Maintenant cette maison était toujours pleine, et les disciples adressaient les nouveaux venus à Lazare, qui avait à sa disposition un grand nombre de logis. Beaucoup s’installèrent à Jérusalem, autour de la montagne de Sion. Il n’y avait là que peu de Juifs, tous pauvres gens ; on y trouvait d’épaisses murailles en ruines, et de vastes terrains inhabités, où je vis construire des cabanes ou plutôt des abris. Je vis aussi dresser des tentes d’étoffe grossière au-dessus des murailles, dans lesquelles on avait déjà pratiqué des habitations. Je vis parmi cette affluence les Chaldéens que, dernièrement, Jésus avait envoyés au centurion de Capharnaüm, et qui ensuite étaient retournés chez eux.
Les Juifs, bouleversés par les événements merveilleux dont ils avaient été témoins, occupés seulement à les déguiser et à les dénaturer, n’opposaient à tout cela aucun obstacle. Du côté de la montagne de Sion où les chrétiens étaient établis, ils avaient fermé par un mur l’accès à la montagne du temple et au quartier qui en dépendait ; ainsi les fidèles se trouvaient isolés et séparés des Juifs.
Je vis les survenants mettre à leur disposition de gros rouleaux d’étoffes de laine blanche ou jaunâtre, les unes fines, les autres grossières, et en outre des tapis et de la toile pour la fabrication des tentes. Nicodème et Joseph furent chargés d’utiliser ces dons. On en fit des vêtements pour le service divin et pour le baptême. On en donna aussi aux nécessiteux, et personne ne manqua de rien.
Partout on dresse des tentes et des hangars ; tous les coins de murs, particulièrement dans les vieux édifices, sont utilisés. Les apôtres aident eux-mêmes à construire des habitations pour les fidèles : ils apportent du bois, des nattes, des cloisons en clayonnage, et travaillent avec activité. Les saintes femmes, de leur côté, se mettent au service de celles qui arrivent. Personne ne possède rien en propre : ceux qui possèdent donnent, ceux qui n’ont rien reçoivent. Je vois que c’est surtout Lazare qui fournit aux dépenses de la caisse générale.
Les femmes des fidèles s’occupent à tisser ou à tresser de longues bandes d’étoffes et de grosses couvertures pour les tentes. Marie, Marthe et Madeleine font des broderies, tantôt assises, tantôt en se promenant l’ouvrage à la main. Je vois Marie broder une figure qui me semble représenter le Seigneur ou l’un des apôtres. Ces images, destinées à des autels privés, ne sont qu’ébauchées, et ont des vêtements blancs sur des canevas de couleur brune, jaunâtre ou bleu de ciel. Je me souviens d’avoir vu Marie broder une représentation de la sainte Trinité, telle que je la vois dans mes visions. Dieu le Père, en costume de pontife, présentait la croix au Fils ; de l’un et de l’autre procédait le Saint-Esprit, qui n’avait pas la forme d’une colombe : les ailes étaient remplacées par des bras. Ces figures formaient un triangle.
Pendant ces mêmes jours, les apôtres prirent possession d’une nouvelle maison située auprès de la piscine de Béthesda ; on voyait au fond une chaire, et l’on eût dit une synagogue. Les nouveaux venus s’y réunissaient ordinairement pour recevoir les instructions des apôtres. Ils ne sont pas admis au cénacle. Ni les apôtres ni les disciples ne vont au temple ; si les apôtres y allèrent après la Pentecôte, lorsqu’ils eurent reçu le Saint-Esprit, ce fut pour annoncer le christianisme au peuple assemblé. Leur temple est maintenant le cénacle, où se trouve le saint Sacrement.
Ce matin, entre trois et quatre heures, j’ai vu les apôtres dans le cénacle. Le sanctuaire était ouvert : ils se tenaient debout des deux côtés. Il s’y trouvait environ trente disciples. On pria, on chanta à deux chœurs. Cela me fit l’effet d’un office de matines. Pierre fit ensuite une instruction à ces disciples. Cette forme de prière a été instituée par Jésus lui-même. Il a révélé aux siens le mystère de cet office divin, lors du repas où il leur fit manger le poisson, près de Tibériade, et aussi lorsqu’il convainquit Thomas de la vérité de sa résurrection.