CHAPITRE XIII
Marie, mère de l’Eglise. — Elle est communiée par saint Pierre.
Peu après, je vis les apôtres et vingt disciples réunis au cénacle. La prière faite, ils se séparèrent en deux groupes. Jean prit les apôtres, Pierre les disciples, et ils parlèrent mystérieusement de leur rapport avec la Mère du Seigneur, et de ce qu’elle devait être pour eux. Pendant cette instruction qui, je crois, se fondait sur une communication de Jésus, que j’ai oubliée, je vis la sainte Vierge planer au-dessus de l’assemblée revêtue d’un manteau lumineux, qui s’étendait sur tous et semblait les envelopper ; je vis le ciel s’ouvrir et une couronne envoyée par la sainte Trinité se poser sur sa tête. Je sentis que la sainte Vierge était leur protectrice, leur temple, leur sanctuaire. Durant cette vision, qui, je crois, représentait ce que, par la volonté de Dieu, la déclaration des apôtres opérait en ce moment pour l’Eglise, je ne vis plus Marie, qui était en prières hors de la salle.
Vers neuf heures, un repas eut lieu dans le vestibule. La sainte Vierge y assista, entre Pierre et Jean. Les autres femmes et les disciples étaient assis à droite et à gauche à des tables séparées. Nicodème et Joseph les servirent. Pierre découpa l’agneau comme Jésus avait découpé l’agneau pascal. A la fin du repas, on rompit le pain, qu’on fit circuler ainsi que la coupe. Les aliments furent bénits, mais non consacrés. Pierre fit un discours après le repas. Tous les convives portaient des habits de fête, et Marie son vêtement de noces ; pendant la prière sous la lampe, elle était voilée et revêtue d’un beau manteau blanc, et son voile était baissé. On ouvrit le sanctuaire, devant lequel s’étant agenouillés, ils firent encore une prière.
Un peu après minuit, je vis la sainte Vierge recevoir à genoux la sainte Eucharistie des mains de Pierre. Il tenait à la main la patène du calice sur laquelle étaient les hosties consacrées par Jésus lui-même, et il en mit une dans la bouche de Marie. Au même instant, le Seigneur se montra à sa Mère sans se faire voir aux autres, et il disparut aussitôt. Marie était toute pénétrée de lumière, et sa tête était entourée d’une couronne d’étoiles. Lorsqu’ils eurent prié quelque temps, ils se séparèrent. Pendant la cérémonie, les apôtres se montrèrent plus respectueux qu’à l’ordinaire envers la sainte Vierge. Autrefois ils usaient à son égard d’une douce familiarité comme envers le Seigneur, quoique toujours avec une certaine retenue.
Après avoir reçu l’Eucharistie, la sainte Vierge, avec les autres femmes, se rendit du cénacle à la maison de Jean-Marc, où elle demeurait. Je la vis encore prier dans sa chambre. Elle récita le Magnificat, le cantique des trois jeunes hommes dans la fournaise, et le psaume CXXX D'après une communication postérieure, la sœur vit que toutes les fois que la sainte Vierge communiait, les saintes espèces restaient en elle sans altération d'une communion à l'autre, de sorte qu'elle adorait l'Homme-Dieu sacramentellement présent dans son cœur. Au temps de la persécution qui suivit le martyre de saint Etienne, les apôtres ne consacrèrent pas pendant quelque temps, mais l'Eglise jouit néanmoins de la présence du saint sacrement, puisqu'il résidait dans le cœur de la mère de Dieu. Elle était le tabernacle eucharistique, et pratiquait en même temps l'adoration perpétuelle. Le psaume CXXX : « Seigneur, mon cœur ne s'est point élevé », est une protestation d'humilité bien touchante dans la bouche de Marie. .
Le jour commençait à poindre, lorsque je vis le Seigneur entrer chez elle, les portes fermées. Il lui parla longtemps ; mais il ne l’embrassa pas et ne lui donna pas la main. Il lui dit quel rapport existait entre elle et les apôtres, et quelle assistance elle devait leur donner. Ce rapport et cette assistance étaient mystérieux et spirituels. Il lui donna un pouvoir sur l’Eglise, une vertu pour la protéger, et je la vis comme pénétrée de sa lumière : je ne saurais exprimer cette vision. Il disparut, les portes demeurant toujours fermées.
Depuis lors je vis plus souvent Marie avec les apôtres ; elle avait maintenant d’autres rapports avec eux ; ils la consultaient : elle était comme leur mère à tous et comme un apôtre elle-même.