CHAPITRE XI

Apparition de Notre-Seigneur aux cinq cents disciples sur le mont Thébez.

Lorsque Jésus eut disparu au bord du lac, les quatre apôtres et les trois disciples retournèrent à Tibériade chez le pêcheur Aminadab, et Pierre lui raconta pendant le repas les miracles dont ils venaient d’être témoins : l’apparition du Sauveur, le repas au bord du lac, la pêche miraculeuse ; puis il parla de la nécessité de renoncer à tout pour suivre Jésus. Le vieux pêcheur, après avoir vu la barque remplie de poissons et entendu le récit de ses fils, prit la résolution de quitter tout ce qu’il possédait. Les poissons furent distribués aux pauvres. Il me fut révélé cependant que l’intention de ce pêcheur n’était pas parfaitement pure, mais qu’il avait l’espérance de trouver dans la suite une compensation avantageuse aux biens qu’il abandonnait. Il céda sa pêcherie à un autre, et la nuit suivante il partit avec ses deux fils, Isaac et Josaphat, pour aller rejoindre les disciples.

Le lendemain, à l’aube du jour, les apôtres arrivèrent à une synagogue assez grande, située dans les champs, à quelques lieues au midi de Tibériade. Beaucoup de monde s’y était rassemblé, particulièrement des possédés et des malades. Pierre seul guérit au nom de Jésus ; les autres apôtres enseignèrent et servirent. Tous les gens de bien des environs, tous ceux qui étaient favorablement disposés pour la doctrine de Jésus avaient été convoqués par les disciples ou attirés par la rumeur publique, et Pierre les enseigna dans la synagogue sur la passion du Seigneur et sur sa résurrection. Il leur dit qu’ils l’avaient vu ; il parla de la pêche miraculeuse, et les engagea à suivre le Seigneur. Pierre, qui depuis les deux dernières apparitions était tout à fait transformé, ravit tous les cœurs ; il fut plein de douceur et d’enthousiasme. Il toucha tellement ses auditeurs, qu’ils voulaient tous, et sur-le-champ, s’attacher à lui ; il fut obligé d’ordonner à plusieurs de rester chez eux.

Dans l’après-midi, il se rendit à quelques lieues de là à l’ouest avec les autres disciples et beaucoup de gens des environs. Le pays qu’ils traversèrent est très élevé ; il y a au nord une vallée extraordinairement fertile, où je vois souvent en plein hiver l’herbe la plus haute et la plus belle du monde : un ruisseau, qui dans la saison chaude est souvent desséché, traverse cette contrée. Ils arrivèrent à une montagne isolée à laquelle conduisaient cinq chemins bordés de haies et d’arbres, et couronnée d’un plateau pouvant contenir quelques centaines d’hommes.

On y jouit d’une très belle vue, qui s’étend même plus loin que la mer de Galilée. Non loin de là se trouve la montagne de la multiplication des pains ; c’est aussi dans les environs que le Seigneur fit le sermon sur la montagne. Ils y arrivèrent sur le soir, et y trouvèrent les autres apôtres, un grand nombre de disciples et toutes les saintes femmes, à l’exception de la mère de Dieu et de Véronique. Beaucoup d’autres personnes, dont plusieurs étaient venues avec les disciples, y étaient rassemblées. Pierre et ses compagnons, après s’être lavé les pieds, racontèrent la pêche miraculeuse aux apôtres et aux saintes femmes.

Il y avait sur cette hauteur un affaissement du sol, au milieu duquel s’élevait une colonne toute couverte de mousse : on pouvait y entrer et monter jusqu’au sommet comme dans une chaire à prêcher. L’enfoncement formait comme un amphithéâtre, de sorte que les auditeurs pouvaient voir les uns au-dessus des autres. Pierre plaça cinq apôtres aux cinq chemins qui conduisaient à la montagne, et ceux-ci enseignèrent une partie de la foule, qui était trop nombreuse pour que tous pussent l’entendre lui-même. Quant à lui, debout sur la colonne, entouré des apôtres, des disciples et d’un peuple nombreux, il enseigna sur la passion de Jésus, sur sa résurrection, sur ses apparitions et sur la nécessité de s’attacher à lui. Tout à coup, je vis le Seigneur arriver du même côté par lequel Pierre était venu L'un et l'autre suivent, en effet, la même voie pour conduire les hommes au salut. . Il gravit la montagne, et les saintes femmes, qui se trouvaient sur son passage, se prosternèrent devant lui. Il leur adressa la parole. Pendant qu’il traversait la foule, plusieurs frissonnèrent, saisis de frayeur : c’étaient ceux qui ne devaient pas lui rester fidèles. Il monta dans la colonne où se tenait Pierre, qui alors se plaça en face de lui. Jésus parla aux auditeurs de la nécessité de renoncer à soi-même pour le suivre, et des persécutions qu’ils auraient à endurer. En entendant ces paroles, plus de deux cents d’entre les assistants se retirèrent.

Alors le Seigneur dit qu’il avait parlé avec ménagement pour ne pas scandaliser les faibles. Puis il fit vivement ressortir les souffrances et les persécutions qui attendaient tous ceux qui le suivraient sur la terre, ainsi que la récompense qui leur était réservée dans la vie éternelle. Il adressa la parole particulièrement aux apôtres et aux disciples auxquels il avait déjà parlé de la même manière, dans ses dernières instructions au Temple. Il leur commanda de rester d’abord à Jérusalem, et ensuite, quand il leur aurait envoyé l’Esprit-Saint, de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et de fonder l’Eglise. Puis il leur dit qu’ils devaient, après cela, se séparer pour établir des Eglises dans les pays lointains ; qu’ils devraient se réunir une fois encore, et après être de nouveau partis pour les contrées les plus éloignées, recevoir enfin le baptême de sang.

Pendant que Jésus parlait, les âmes des patriarches entouraient toute l’assemblée, mais en restant invisibles Ainsi, l'Eglise entière se trouve représentée dans cette apparition de Jésus, qui vient confirmer aux yeux des disciples et des fidèles la prédication de son vicaire. . Jésus disparut comme une lumière qui s’éteint ; aussitôt beaucoup d’entre les assistants se jetèrent la face contre terre, et Pierre se remit à enseigner et à prier. Cette apparition de Jésus en Galilée, où il montra sa résurrection devant une assemblée nombreuse, fut la plus manifeste de toutes ; les autres restèrent plus secrètes.