CHAPITRE VI

Instructions et première agape le jour de la résurrection.

Le jour même de la résurrection, je vis Nicodème préparer sous le portique du cénacle un repas pour les apôtres, les saintes femmes et une partie des disciples. Dix apôtres restèrent ensemble après le repas. Thomas, qui se montrait un peu volontaire, n’était pas avec eux. Ils agissaient en toute chose conformément à la volonté de Jésus. Pendant la cène, il avait révélé à Pierre et à Jean, assis à ses côtés, et qu’il avait ensuite ordonnés prêtres, plusieurs mystères touchant le saint Sacrement, leur prescrivant de les communiquer aux autres en s’appuyant sur ses enseignements antérieurs.

Je vis d’abord Pierre et ensuite Jean communiquer aux huit apôtres, rangés en cercle autour d’eux, les mystères que le Seigneur leur avait confiés, et les initier à ses intentions sur la manière de distribuer ce sacrement et d’en instruire les disciples. Je vis que, par une inspiration surnaturelle, Jean dit en même temps que Pierre tout ce que celui-ci disait. Tous les apôtres portaient leurs vêtements blancs de cérémonie ; Pierre et Jean avaient en outre sur les épaules une étole croisée sur la poitrine et attachée avec une agrafe ; l’étole des autres apôtres allait de l’épaule au côté, où elle se croisait sous le bras, et était aussi agrafée. Pierre et Jean avaient reçu du Seigneur lui-même la consécration sacerdotale ; les autres n’étaient encore que diacres.

Après cette instruction, les saintes femmes, au nombre de neuf, entrèrent dans la salle ; Pierre les enseigna, puis il s’entretint avec elles. Jean reçut à la porte de la maison les disciples les plus éprouvés, et qui étaient restés le plus longtemps avec le Seigneur. J’en comptai dix-sept : parmi eux étaient Zachée, Nathanaël, Mathias et Barsabas. Jean les aida à se laver les pieds et à s’habiller ; ils mirent de longues robes blanches avec des ceintures de même couleur. L’instruction achevée, Mathias fut envoyé par Pierre à Béthanie, pour enseigner chez Lazare, qui donnait un repas semblable à un très grand nombre de disciples, non encore préparés au même degré que ceux dont il vient d’être question. Sa mission était de faire là ce que les apôtres faisaient ici.

On avait placé une longue table dans le vestibule, qui était ouvert de tous les côtés, sur une cour murée et entourée d’arbres. Cette table était tellement longue, que plusieurs disciples se trouvaient assis en plein air, en dehors de la maison. Les saintes femmes, le voile relevé, étaient au bout de la table, revêtues aussi de longues robes blanches. Elles n’étaient pas couchées en travers comme les hommes, mais assises sur de petits escabeaux qui avaient une sorte de manche ; Pierre et Jean, en face l’un de l’autre, occupaient le milieu ; ils séparaient les rangs des hommes de ceux des femmes.

Il y eut un repas en règle, dans lequel ils prièrent debout, et mangèrent couchés ; Pierre et Jean enseignèrent pendant tout le repas. Vers la fin, on plaça devant Pierre un pain plat et rayé, et il divisa les tranches en morceaux plus petits, qu’il fit distribuer à droite et à gauche sur deux assiettes ; ensuite on fit circuler une grande coupe dans laquelle ils burent tous. Bien que Pierre eût béni le pain, ce n’était pourtant pas la sainte Eucharistie, mais une agape. Pierre dit, à cette occasion, qu’ils voulaient tous ne faire qu’un, comme le pain dont ils se nourrissaient et la vin qu’ils buvaient. Après cela ils se levèrent et chantèrent des psaumes.

Quand la table eut été enlevée, les saintes femmes se rangèrent en demi-cercle au bout de la salle. Les disciples les plus éprouvés se tenaient des deux côtés, et les apôtres en se promenant les enseignaient et leur communiquaient ce qu’il leur était permis de dire du très saint Sacrement. Ce fut comme le premier enseignement du catéchisme après la mort de Jésus. Je les vis ensuite se tendre les mains les uns aux autres, et je les entendis déclarer qu’ils voulaient avoir toutes choses en commun, sacrifier tout les uns pour les autres, et n’avoir qu’un cœur et qu’une âme.

Je les vis alors éprouver un grand attendrissement. Je vis se manifester extérieurement ce qu’ils éprouvaient à l’intérieur : je les vis inondés de lumière se confondre les uns avec les autres, et tous ensemble former comme un temple ou une pyramide lumineuse dont la sainte Vierge me parut le centre et le sommet. Je vis des torrents de lumière se répandre d’elle sur les apôtres, et retourner ensuite par elle au Seigneur. Sous cette forme me furent montrés les liens intimes qui les unissaient les uns aux autres. Ainsi se termina pour moi cette vision.

Pendant ce temps, Matthieu donnait des enseignements analogues et présidait à un repas du même genre qui fut donné dans la cour de la maison de Lazare, et auquel assistaient des disciples en beaucoup plus grand nombre, mais non encore préparés au même degré que ceux dont il vient d’être fait mention.