CHAPITRE III
Résurrection du Seigneur.
Je vis l’âme de Jésus, comme une gloire resplendissante, entre deux anges en habits de guerre, et au milieu d’un grand nombre de figures lumineuses, pénétrer à travers le rocher du sépulcre, puis descendre auprès du corps sacré et se confondre avec lui. Je vis alors les membres se remuer sous leur enveloppe, et le corps du Seigneur, uni à son âme et pénétré de sa divinité, s’échapper par un côté du linceul correspondant au côté entr’ouvert. A cette vue, je songeai à Eve sortant du côté d’Adam. La grotte était toute remplie d’une lumière céleste.
Il me sembla au même instant qu’une forme monstrueuse sortait de l’abîme au-dessous du tombeau. Elle avait une queue de serpent et une tête de dragon, qu’elle dressait avec fureur contre Jésus. Je crois qu’elle avait, en outre, une tête humaine ; mais je vis à la main du Seigneur ressuscité un petit bâton blanc, au bout duquel flottait un étendard. Il marcha sur la tête du monstre, et frappa trois fois sa queue avec le bâton. Chaque fois je vis le monstre se resserrer de plus en plus ; enfin la tête du dragon disparut, et je ne vis plus que la tête humaine. J’ai vu un serpent pareil se tenir aux aguets lors de la conception de Jésus. Il me rappela celui du Paradis ; mais il était encore plus hideux. Je pense que cette vision se rapporte à la prophétie : « La semence de la femme écrasera la tête du serpent. » Cela me parut être un symbole de la victoire remportée par Jésus-Christ sur la mort ; car au moment où le Seigneur écrasa la tête du dragon, le tombeau disparut à mes yeux.
Bientôt je vis Jésus resplendissant passer à travers le rocher. La terre trembla ; un ange semblable à un guerrier se précipita comme un éclair du ciel dans le tombeau, renversa la pierre et s’assit dessus. A cette vue, les gardes, saisis d’épouvante, tombèrent comme morts ou frappés de paralysie. Cassius, voyant le tombeau rempli de lumière, entr’ouvrit hardiment la porte, et toucha les linges vides ; ensuite il se retira pour annoncer à Pilate ce qui était arrivé. Toutefois il s’arrêta un peu aux environs, attendant quelque nouvel événement ; car il avait senti le tremblement de terre, il avait vu l’ange traverser la pierre, et le tombeau vide, mais il n’avait pas aperçu le Seigneur. Lui et les gardes racontèrent plus tard aux apôtres les détails de la résurrection.
Au moment où l’ange entra dans le tombeau, le Sauveur ressuscité apparut à sa mère sur la montagne du Calvaire. Il était merveilleusement beau, majestueux et resplendissant. Quand il marchait, son vêtement, semblable à un manteau, flottait derrière lui au gré du vent, et présentait à l’œil les reflets bleuâtres de la fumée qui se joue au milieu des rayons du soleil. Ses larges plaies, où l’on pouvait mettre le doigt, brillaient d’un éclat éblouissant : des rayons allaient du milieu des mains au bout des doigts. Les âmes des patriarches s’inclinèrent devant la mère de Jésus. Il lui montra ses plaies ; et, comme elle se prosternait à terre pour baiser ses pieds, il la prit par la main, la releva et disparut. Je vis alors de nouveau les lanternes briller près du sépulcre. L’horizon blanchissait à l’orient, au-dessus de Jérusalem.