CHAPITRE XLIV

Jésus enseigne sur le mariage. — Il assiste à des noces et fait préparer lui-même une maison pour les nouveaux époux.

Le Seigneur visita encore plusieurs habitants de cette ville. Il réconcilia, en joignant leurs mains et en les bénissant, deux époux qui vivaient séparés depuis longtemps. Il visita aussi un homme qui, après avoir épousé successivement six sœurs, allait se marier avec la septième, et lui expliqua pourquoi cela n’était pas permis.

Jésus enseigna de nouveau en public sur la manière de cultiver la vigne. Après avoir parlé de la nécessité de labourer et de marner la terre, de tailler les ceps, etc., il en fit une application admirablement instructive au mariage, à la propagation, à la différence des races et au péché originel. Je l’entendis, dans cette instruction, donner beaucoup de détails touchant les premières générations humaines.

À cette occasion, Jésus parla aussi d’une manière simple mais profonde sur le mystère du mariage. Les paroles suivantes du Seigneur me parurent remarquablement claires et convaincantes : « Si les époux ne vivent pas en bonne intelligence, si le mariage n’atteint pas son but, qui est de procréer des enfants bons et purs, la faute en est presque toujours à la femme. Son devoir est de tout supporter et de souffrir ; elle est le vase qui reçoit, qui conserve et qui forme ; elle peut, en purifiant son âme, réparer beaucoup en elle et dans son fruit. Elle façonne cet être qui est en elle ; il est en son pouvoir, en régénérant son âme et son corps, d’effacer tout ce qui est mauvais dans l’enfant, à qui tout ce qu’elle fait nuit ou profite. Dans le mariage, il ne s’agit pas de satisfaire les sens, mais de supporter le poids de la vie, de combattre, de se mortifier et d’enfanter dans la douleur. Or c’est un douloureux enfantement que cette lutte continuelle contre la sensualité, la concupiscence et le péché, et la victoire de la mère prépare celle de l’enfant, etc. L’homme et la femme sont une seule chair : mais la femme a pour mission d’expier et d’effacer le péché originel en se purifiant dans la souffrance et la prière. »

Jésus parla longtemps encore sur le mariage, et je fus tellement frappée de la vérité de ses enseignements, et du besoin qu’auraient les hommes de les connaître, que je me dis en moi-même : « Pourquoi ces paroles ne sont-elles pas écrites, et pourquoi n’y a-t-il pas de disciples pour les recueillir et les faire connaître à tous ? » Durant cette vision, il me semblait être un des auditeurs, et j’allais çà et là avec les autres. Lorsque j’exprimai ce désir, mon Fiancé céleste se tourna vers moi et me dit à peu près ces mots : « Je fais la charité et je travaille à la vigne là où elle peut porter des fruits. Si ces paroles étaient écrites, elles seraient, comme beaucoup d’autres, mal interprétées, méprisées, anéanties. Bien des maximes qui n’ont pas été recueillies par écrit ont porté plus de fruits que celles qui l’ont été. Ce n’est pas la loi écrite qui est la mieux observée : tout est écrit dans le cœur de ceux qui croient, qui aiment et espèrent. »

Rien de plus touchant et de plus persuasif que la manière dont Jésus enseignait toutes ces choses et les expliquait en paraboles. Il se servait de la vigne pour prouver ce qu’il disait du mariage, et du mariage pour démontrer ce qu’il disait de la vigne. Ces bonnes gens l’interrogeaient en toute simplicité. Plusieurs lui offrirent leur champ pour y planter une vigne, mais il leur répondit qu’ils devaient d’abord le préparer. Il appliquait à son enseignement la parabole avec une clarté toujours croissante.

Le Seigneur assista à des fiançailles dans la synagogue. Les époux étaient jeunes et pauvres, et demeuraient chez la mère de la fiancée, où le marié, parent de la famille et orphelin, avait été élevé dès son enfance. Tous deux étaient pleins d’innocence, et le Seigneur se montra très bienveillant à leur égard. Je vis le cortège se rendre à la synagogue. Des enfants de six ans en habits de fête, couronnés de fleurs et jouant du fifre, marchaient en tête ; puis venaient des jeunes filles vêtues de blanc qui jetaient des fleurs, et de jeunes garçons qui jouaient de la harpe, du triangle et d’autres instruments singuliers. Le marié était vêtu à peu près comme un prêtre. Les deux époux furent présentés par des personnes qui, lors des épousailles, leur mirent les mains sur les épaules. Le mariage eut lieu à ciel ouvert devant la synagogue, sous un portique dont on avait enlevé le toit. Jésus était présent. Lorsque les étoiles brillèrent au ciel, on célébra le sabbat dans la synagogue et l’on jeûna jusqu’au soir. Alors la noce fut célébrée dans une hôtellerie.

Le Seigneur raconta plusieurs paraboles. Il parla de l’enfant prodigue et du grand nombre de demeures que renferme la maison de son Père ; il parla ainsi parce que le marié n’avait pas de maison, et qu’il devait habiter chez sa belle-mère. Il lui dit aussi que jusqu’au jour où il serait reçu dans la maison de son Père, il lui fallait demeurer sous une tente auprès de la vigne qu’il devait planter sur la montagne des ruches. Puis, continuant à discourir sur le mariage, il dit que les parents, lorsqu’ils n’étaient point chastes, semaient et propageaient le péché ; mais que, s’ils vivaient saintement, s’ils considéraient le mariage comme un état de pénitence, ils contribuaient au salut de leurs enfants et obtenaient une moisson abondante. Jésus dit encore qu’il était l’époux d’une fiancée qui donnerait une vie nouvelle à ceux qu’elle recueillerait dans son sein. Il fit mention des noces de Cana et de l’eau qui fut changée en vin. Il ne parla de lui-même qu’à la troisième personne, comme si ces choses eussent été accomplies par cet homme de Judée, qu’il connaissait bien, que des ennemis cruels persécutaient toujours, et qu’ils devaient enfin faire mourir.

Ces braves gens l’écoutaient avec une confiance toute filiale ; ils considéraient les paraboles comme des faits historiques. Le nouveau marié paraissait être un maître d’école, car Jésus lui dit qu’il ne devait pas enseigner à la manière des pharisiens, qui imposaient aux autres des fardeaux qu’ils refusaient de porter eux-mêmes, mais qu’il devait prêcher d’exemple.

Jésus persuada aux habitants de la ville de construire aux nouveaux époux une habitation légère, et comme une tente, sur la montagne des ruches où ils devaient planter une vigne. Chacun de leurs amis fit chez soi une pièce de clayonnage, qu’on couvrit de peaux et qu’on enduisit d’une matière visqueuse. Quand les pièces furent toutes fabriquées, on les transporta à l’endroit désigné. Chacun travailla plus ou moins selon son pouvoir ; ils firent en outre présent aux époux de divers objets dont ils avaient besoin. Le Seigneur leur indiqua comment tout devait être disposé, et ils s’étonnèrent de voir qu’il s’y entendait si bien. Il leur avait dit aussi, au repas des fiançailles, que les vieillards et les pauvres devaient occuper les premières places. Il se rendit avec eux à la montagne pour leur désigner l’emplacement le plus convenable. C’était une petite colline située un peu en avant, et la vigne devait croître derrière la maison.

Le soir on célébra à la synagogue l’une des premières fêtes qui furent prescrites par Dieu aux Israélites ; c’était, si je ne me trompe, la fête de la nouvelle lune. En sortant de la synagogue, tous les assistants allèrent avec Jésus à la maison des noces. Lorsqu’il avait exhorté les habitants à construire une maison pour les nouveaux époux, plusieurs s’étaient dit les uns aux autres : « Peut-être lui-même n’a-t-il ni maison ni domicile, et veut-il habiter avec eux ». Jésus, qui savait leurs pensées, leur dit qu’il ne demeurerait point parmi eux ; qu’il n’aurait pas de maison sur la terre avant que son royaume fût établi ; il lui fallait d’abord planter la vigne de son Père, et l’arroser de son sang sur le mont du Calvaire ; ils ne pouvaient pas comprendre maintenant ces paroles, mais ils les comprendraient lorsque son sang aurait fécondé la vigne. « Alors, dit-il, je reviendrai de la région des ténèbres, et mes messagers partiront pour vous appeler, et vous quitterez votre pays pour me suivre. Mais quand j’apparaîtrai pour la troisième fois, je ferai entrer dans le royaume de mon Père tous ceux qui auront travaillé fidèlement à la vigne. N’ayez donc pour maison qu’une tente facile à enlever, car vous ne resterez pas longtemps ici. »

Il parla beaucoup de la charité fraternelle. « Aimez-vous les uns les autres, dit-il ; vous devez vous unir étroitement les uns aux autres, de peur que la tempête de ce monde ne vous disperse ou ne vous détruise isolément. » Il parla encore en paraboles de la culture de la vigne, des rejetons superflus, de la taille des branches, de la tempérance, et, s’adressant aux nouveaux époux, il fit un discours sur l’amour conjugal, qui a besoin de pureté pour produire des fruits purs. Il voulait encore, dit-il, préparer la vigne des jeunes époux, et leur apprendre à planter les ceps, pour se retirer ensuite et travailler à la vigne de son Père. Il leur présenta ces enseignements d’une manière si simple et pourtant si ingénieuse, que ses auditeurs, sans rien perdre de leur simplicité, soupçonnaient de plus en plus ce qu’il devait être en réalité. Il leur apprit à reconnaître dans la vie de l’homme et dans toute la nature une loi sainte, mais cachée, qui avait été défigurée par le péché.

Cette instruction se prolongea assez avant dans la nuit : quand Jésus voulut s’éloigner, ils le retinrent en l’embrassant, et le prièrent de leur faire mieux comprendre tout cela. Mais il leur dit qu’ils devaient maintenant se borner à faire ce qu’il leur avait dit, que plus tard il leur enverrait quelqu’un qui les instruirait plus clairement.

Dans le petit repas qui suivit, tous burent à la même coupe. Aujourd’hui Jésus logea dans une petite maison, chez deux époux avancés en âge qui avaient sollicité cette faveur.

Le lendemain, je vis Notre-Seigneur chez les parents de la mère de la jeune épouse. Il parla encore du mariage, de l’amour dont la pureté produit des fruits purs, des choses superflues qu’il faut retrancher dans l’homme, afin qu’il ne produise pas seulement du bois mort au lieu de fruits.

Jésus sortit ensuite avec les habitants qui apportaient des ceps de vigne : il voulait leur apprendre à les planter. L’emplacement de la maison fut désigné ; on disposa en terrasses la pente de la montagne. Un espalier avait été préparé d’avance ; les gens dirent au Seigneur que leur pays ne produisait que des raisins verts. Il leur dit qu’il en était ainsi parce que leurs plants étaient d’une mauvaise espèce, et que, n’étant point taillés, ils poussaient sans mesure ; aussi les fruits n’avaient-ils que l’apparence du raisin et non sa douceur. Mais ceux qu’il allait planter donneraient de doux fruits. À cette occasion, il enseigna de nouveau sur le mariage, disant qu’il ne porte des fruits purs et doux que lorsqu’il est sanctifié par la pudeur, la continence, le travail, les souffrances et les inquiétudes.

Ils lui apportèrent de gros faisceaux de plants, mais il n’en prit que cinq. Il piocha lui-même le sol, les planta contre l’espalier à une certaine distance les uns des autres, et leur montra comment on devait les attacher en forme de croix C'était une parabole en actions. C'est Notre-Seigneur qui plante nos âmes dans la vigne de son Église ; c'est lui qui les cultive et leur fait produire des fruits par leur union au mystère de la croix. . Il parla encore du mariage, appliquant tout ce que la nature et la culture opèrent dans la vigne, à la propagation de l’espèce humaine et aux fruits spirituels.

De retour à la synagogue, Jésus raconta plusieurs paraboles relatives à l’union de l’homme et de la femme. Il montra la corruption qui affecte la propagation de l’espèce humaine, dit qu’après la conception il fallait vivre dans la continence ; et pour prouver que les hommes tombaient plus bas que les animaux les plus nobles, il cita l’exemple des éléphants. Ils lui rappelèrent Noé, et lui demandèrent s’il n’avait pas fait du vin et ne s’était pas enivré. Jésus leur donna les explications qu’ils voulaient : il dit que l’ivresse occasionne le péché, surtout dans l’état du mariage ; que l’ivresse du vin et celle des mauvais désirs engendrent le péché, et qu’un scandale en engendre un autre. Jésus leur dit enfin : qu’il devait les quitter pour aller planter et arroser la vigne sur la montagne du Calvaire, mais qu’il leur enverrait quelqu’un pour leur enseigner sa doctrine et les conduire dans la vigne de son Père.

Le lendemain il enseigna encore, et parla longuement du royaume de son Père et de ses nombreuses demeures. Ils lui demandèrent pour quelle cause il n’avait rien apporté de ce royaume et pourquoi il allait si pauvrement vêtu. « Le royaume, leur dit-il, est réservé à ceux qui me suivront. Ceux qui veulent en avoir une part doivent le mériter. Quant à moi, ajouta-t-il, je suis venu parmi vous comme un étranger, pour appeler à ma vigne des serviteurs fidèles. »

Il dit aussi qu’il avait fait construire pour le fiancé une maison aussi légère, parce que ceux qui marchaient à sa suite n’étaient point à demeure ici-bas et ne devaient pas s’attacher à la terre. Pourquoi bâtir une maison solide pour le corps, qui lui-même est une maison fragile. Il faut purifier cette demeure de l’esprit, la sanctifier comme un temple, et ne pas la profaner ni la souiller ou l’appesantir aux dépens de l’âme. Ce discours l’amena de nouveau à parler de la maison de son Père.

Jésus les entretint aussi du Messie et des signes auxquels on pourrait le reconnaître : il devait, dit-il, naître d’une souche illustre, quoique de parents simples et pieux, et, d’après les signes des temps, il devait être déjà sur la terre. Il les exhorta à s’attacher à lui et à suivre ses enseignements.

Il s’étendit encore assez longuement sur la charité et sur le bon exemple. Au nouveau marié, Salathiel, il recommanda de laisser sa maison ouverte, d’avoir une entière confiance en ses paroles, de mener une vie pieuse : Dieu alors garderait sa maison, et rien ne lui serait dérobé.

Les habitants avaient déjà préparé beaucoup de choses pour la nouvelle demeure. Salathiel reçut bien au delà du nécessaire. Le Seigneur parla contre l’égoïsme, et recommanda de tout faire pour l’amour de Dieu et du prochain, etc. Les gens de l’endroit étaient très simples, et n’avaient qu’une instruction très incomplète.

Jésus se mettait avec eux dans des rapports de plus en plus intimes. Aujourd’hui, il parla beaucoup du mariage et de la continence, en se servant de comparaisons tirées des semailles. Il dit entre autres choses qu’il fallait user de modération en semant et en moissonnant, qu’autrement on ne récoltait que des fruits gâtés et de mauvaises herbes.

Il visita ensuite deux personnes qui voulaient se marier, bien qu’elles fussent parentes à un degré qui rendait le mariage illicite. Jésus les fit venir, parla de leur dessein, et leur montra qu’ils contrevenaient à la loi, et n’avaient en vue que des avantages temporels. Ils furent effrayés de voir qu’il connaissait leurs pensées, quoique personne ne lui en eût rien dit, et ils renoncèrent à leur projet. Ils se lavèrent mutuellement les pieds, et la fiancée essuya ceux de Jésus avec l’extrémité de son voile ou avec la partie supérieure de son manteau. Ces deux personnes reconnurent, au langage du Seigneur, qu’il était plus qu’un prophète ; elles se convertirent et s’attachèrent à lui.

Jésus se rendit à la campagne chez une belle-mère qui avait une passion coupable pour son beau-fils, et voulait l’épouser. Celui-ci était depuis longtemps inquiet de la trop grande affection de sa belle-mère, dont il ignorait les desseins. Le Seigneur, auquel il lava les pieds, et qui les lui lava à son tour, lui révéla le danger qu’il courait, lui ordonnant de s’éloigner et d’aller travailler à la maison de Salathiel, ce qu’il fit aussitôt. La belle-mère, à laquelle Jésus reprocha sévèrement sa passion, en fut très irritée. Elle ne fit point pénitence et se perdit sans retour.