CHAPITRE XLIII
Touchante bonté de Jésus pour une famille. — Il enseigne à Sichar-Cédar.
Jésus se dirigea ensuite vers le nord. Là le pays est plus uni. Il y avait avec lui beaucoup de monde, surtout des parents et des compatriotes de la jeune femme aux noces de laquelle il avait assisté. L’endroit où je vis le Sauveur paraissait être un village de bergers. On y voyait des hangars ouverts, des maisons closes par des haies épineuses, de longues rangées d’arbres aux branches entrelacées. Toutefois ce n’était pas la véritable demeure de ces bergers : ils entraient seulement le soir dans ces cabanes pour prendre leur repas. Il faisait chaud, et des gouttes de rosée brillaient à la clarté des étoiles.
Des habitants d’une ville dont le nom ressemble à Sichar, vinrent à la rencontre de Jésus Pour distinguer cet endroit, nous le désignerons sous le nom de Sichar-Cédar. ; ils le conduisirent dans une hôtellerie où il y avait beaucoup de personnes rassemblées qui célébraient une fête particulière. Deux jeunes époux avaient perdu subitement leurs parents, et donnaient un repas à ceux qui avaient assisté aux funérailles. Dans l’avant-cour, il y avait de jolies charmilles. Aux quatre coins de la cour, on voyait quatre blocs de pierre creusés en forme de vases et remplis d’eau. Des plantes grimpantes s’élançaient de ces vases et s’enroulaient sur des poteaux formant des arcades de verdure, et se réunissaient au milieu de la cour, pour enlacer le fût d’une colonne marbrée et ornée de sculptures. Ces plantes étaient toujours vertes et fraîches comme des roseaux ; cette décoration, comme celle de la maison, me paraissait charmante.
Le maître reçut Jésus sous une galerie voisine de la cour. Il lui lava les pieds, ainsi qu’à ses compagnons, dans un bassin qu’on avait apporté. Il offrit ensuite quelques rafraîchissements ; après quoi ils entrèrent dans une salle où un repas était préparé. On pressa Jésus de s’asseoir à la place d’honneur, mais il refusa, et voulut même servir à table : il présenta successivement à tous les convives le pain, les fruits et les rayons de miel. Il parla de l’empressement qu’il faut mettre à servir le prochain, et d’autres choses encore ; mais j’ai oublié les détails.
L’hôte de Jésus, qui s’appelait Eliud, avait assisté à la noce d’Edon. Jésus savait que ses enfants étaient les fruits de l’adultère, mais cet homme l’ignorait. Il n’avait pas conduit sa femme à cette noce, et il était revenu dans sa patrie avant Jésus. À son retour, il apprit la triste nouvelle que les parents de sa femme venaient de mourir. Ils avaient succombé au chagrin de voir leur fille enceinte, sachant qu’elle ne pouvait l’être des œuvres du mari, puisqu’il avait fait vœu de continence et que d’ailleurs il était absent au moment de la conception. Ces bons vieillards s’étaient jetés dans les bras l’un de l’autre, et étaient morts de douleur. Mais leur gendre en ignorait la cause. Le Seigneur, à son arrivée avait trouvé réunies dans l’hôtellerie les personnes qui avaient assisté aux funérailles. La femme n’était pas présente à la fête. Tous portaient de longs vêtements de deuil avec des ceintures noires ; l’un d’eux devait prier ou faire un discours au milieu de l’assemblée ; Jésus se chargea de ce soin. Il parla de la mort comme châtiment du péché, des naissances pures et des naissances impures, et raconta la parabole de la vigne.
La fête terminée, Jésus accompagna Eliud à sa maison. Les trois disciples allèrent loger chez d’autres personnes. Eliud conduisit le Seigneur auprès de sa femme, qui était accablée de tristesse. Jésus demanda qu’on le laissât seul avec elle, et Eliud se retira. Je vis le Seigneur parler à cette femme, qui lui avoua son péché et tomba à ses pieds en pleurant ; il la bénit. Il revint bientôt dans la chambre qu’on avait préparée pour lui, et adressa au mari quelques paroles graves et touchantes, et resté seul, il pria et prit un peu de repos.
Le lendemain matin, Eliud portant un bassin plein d’eau et un rameau vert, entra dans la chambre de Jésus, qui était encore accoudé sur sa couche. Le Seigneur se leva ; aussitôt son hôte lui lava les pieds et les essuya avec son vêtement. Cela fait, Jésus lui dit de l’emmener dans sa propre chambre à coucher, parce qu’il voulait lui laver les pieds à son tour. Comme Eliud s’y refusait, Jésus lui dit d’un ton sévère que s’il n’y consentait pas, il quitterait aussitôt sa maison ; qu’il en devait être ainsi, et que, s’il voulait être des siens, il n’avait qu’à lui obéir. Eliud le conduisit donc dans sa chambre à coucher, et apporta de l’eau dans un bassin. Jésus alors lui prit les deux mains, et, le regardant affectueusement, lui parla d’abord du lavement des pieds, et enfin de son propre malheur ; il lui dit que ses enfants étaient le fruit d’un adultère, que sa femme était enceinte, mais qu’elle s’était repentie, et qu’il devait lui pardonner. Alors Eliud éclata en sanglots. Il se jeta contre terre, et se roula sur le sol en pleurant. Jésus s’éloigna quelque peu, se tourna d’un autre côté et pria. Au bout de quelques instants, la première douleur fut calmée, et Jésus se rapprocha de lui, le releva, le consola et lui lava les pieds. Quand il se fut un peu remis, Jésus lui dit d’appeler sa femme. Elle vint, couverte d’un voile. Jésus lui prit la main et la mit dans celle d’Eliud, puis il les bénit, les consola, releva le voile de la femme, et les congédia tous les deux. Il fit ensuite venir leurs enfants, leur parla, les bénit et les ramena à leurs parents. Dès lors, ceux-ci vécurent en parfaite intelligence, et l’un et l’autre firent vœu de continence.
Le même jour, le Seigneur visita presque toutes les maisons de la ville en donnant des conseils aux habitants. Je le vis aller de maison en maison, parlant à chacun de ses affaires particulières, et gagnant ainsi le cœur de tous.
Il enseigna sous le berceau de l’hôtellerie. De la place où il se trouvait, il dominait un peu ses nombreux auditeurs. Les femmes se tenaient en arrière, et je craignais qu’elles ne pussent pas entendre toutes ses paroles. On lui demanda d’où il était ; il ne répondit qu’en paraboles, et ils le crurent dans toute la simplicité de leur cœur.
Il y avait là beaucoup de gens endettés. Le Seigneur leur fit l’histoire d’un fils de roi qui était venu pour payer toutes les dettes. Ils prirent cela à la lettre, et s’en réjouirent beaucoup. Alors Jésus leur raconta la parabole du débiteur, à qui sa dette fut remise, et qui voulut faire incarcérer l’un de ses compagnons qui lui devait une petite somme. Il leur dit aussi que son Père lui avait donné une vigne ; il devait la planter, la tailler et y envoyer des ouvriers ; c’était pour cela qu’il était venu. Beaucoup de serviteurs inutiles et paresseux devaient être jetés dehors comme les sarments qu’ils négligeaient de couper. Il leur fit comprendre combien il était nécessaire de tailler la vigne, et parla du bois superflu, des feuilles qui ne produisent rien, du petit nombre des raisins, des éléments introduits dans l’homme par le péché et qu’il faut arracher par l’abnégation, si l’on veut obtenir des fruits. Il parla aussi du mariage, de ses lois, de la continence, et dit que les désirs immodérés rabaissent l’homme au-dessous de la brute, et ont besoin d’être maîtrisés, si l’on veut empêcher la stérilité. En finissant il parla de nouveau de la vigne, et engagea les auditeurs à la cultiver chez eux. Ils lui répondirent en toute simplicité : « Le sol n’est pas propre à cette culture. » Mais il leur indiqua un terrain favorable, à l’endroit où étaient leurs ruches ; puis il leur raconta une parabole touchant les abeilles. Ils répondirent que, s’il voulait planter une vigne, ils y travailleraient volontiers ; mais il leur dit qu’il était obligé de s’en aller pour payer des dettes. Il avait à faire pressurer le vrai cep de vigne pour en tirer le vin de la vie, et il lui fallait apprendre à d’autres à faire ce vin. Dans leur simplicité, ils s’affligèrent beaucoup à la pensée de son départ ; et ils le supplièrent de rester auprès d’eux. Mais il répartit qu’il devait, s’ils croyaient en lui, leur envoyer quelqu’un qui ferait d’eux tous les ouvriers de la vigne. Plus tard, je vis tous les habitants de cette ville, convertis par Thaddée, chassés de leur pays par la persécution. Ces gens ne savaient qui était Jésus. Il ne leur parla pas des prophéties et ne leur fit point de miracles. Ils étaient simples et naïfs comme des enfants, malgré le dérèglement de leurs mœurs.
Cependant Lazare et ses amis ne se voyaient qu’à la faveur de la nuit. Judas bavardait inconsidérément avec les pharisiens. Marie lui parlait souvent et l’avertissait. Il était avare et envieux. J’ai vu Marie pleurer en lui donnant des conseils.