CHAPITRE XL
Commencement du voyage en Chaldée. — Arrivée à Cédar.
La résurrection de Lazare avait beaucoup agité les esprits à Jérusalem. Jésus s’éloigna pour se faire oublier, jusqu’à ce que la confirmation de l’authenticité de ce miracle eût préparé le peuple à se convertir. Les apôtres n’ont rien écrit sur ce voyage, aucun d’eux ne l’ayant fait avec lui. Peut-être même tous ne savaientils pas où il allait. Moi-même je vois ce voyage pour la première fois.
Jésus et ses compagnons mangèrent en route des fruits et des baies sauvages. Les jeunes gens portaient des petits pains dans leurs besaces et des cruches pleines. Ils s’appuyaient sur des bâtons ; quelquefois le Seigneur se faisait aussi un soutien avec une branche d’arbre que bientôt il abandonnait ; il était chaussé de sandales. En marchant, il instruisait les jeunes gens, qui étaient très innocents et simples de cœur. Le soir, ils entrèrent et passèrent la nuit dans une maison isolée qui était habitée par des paysans naïfs. Ici, Jésus ne se fit point connaître. Il instruisit cependant ses hôtes en racontant plusieurs belles paraboles, qui pour la plupart traitaient du bon Pasteur. Ensuite on lui parla de Jésus de Nazareth, mais il ne dit pas que ce fût lui. Il questionna ces pauvres gens sur leurs travaux et leurs affaires ; ils le prirent pour un berger qui voyageait afin de chercher de bons pâturages ; car c’était l’habitude de voyager ainsi en Palestine. Il ne guérit aucun malade et ne fit point de miracles.
Les gens de ce pays admiraient et aimaient Jésus. Ils écoutaient avec plaisir toutes ses paraboles. Lui-même ne bénissait pas le peuple, et quand on l’interrogeait sur Jésus de Nazareth, il parlait seulement de ceux qui l’avaient suivi.
Les rapports que le Sauveur avait avec les jeunes gens étaient très touchants. Le plus jeune, âgé de quinze à seize ans, s’appelait Erémenzéar. Plus tard, quand ils eurent été admis au nombre des disciples, Jésus leur donna d’autres noms qui se rapportaient à leur caractère ; mais je ne connais pas ces noms. Ce ne sont pas des habitants de la Judée, car leur taille est plus élancée, leurs membres plus agiles, et ils portent de longs vêtements. Je crois avoir entendu dire qu’ils descendaient des bergers qui restèrent en Palestine, après avoir accompagné les rois mages à Bethléem. Le pays où ils allaient paraissait être leur patrie. Ils traitaient Jésus comme s’il eût été leur père ; ils le servaient affectueusement, et lui lavaient les pieds quand ils rencontraient de l’eau. Ils couraient çà et là sur la route pour cueillir des branches, des fleurs ou des fruits. Jésus les instruisait avec bonté et leur expliquait en paraboles ce qu’il avait fait jusqu’alors.
Ils arrivèrent à Cédar avant le sabbat. La ville était située dans une vallée au pied d’une montagne, et traversée par un fleuve. Dans un carrefour, on voyait un jet d’eau, entouré de pelouses avec des sentiers sablés. C’était ce qu’il y avait de plus beau dans la ville.
Le Seigneur et les jeunes gens se rendirent à la synagogue avec le maître de la maison qu’ils avaient choisie ; ils célébrèrent en paix le sabbat. Les prières dites, Jésus demanda à ceux qui se trouvaient ainsi rassemblés autour de lui s’ils désiraient qu’il parlât devant eux, et comme ces braves gens répondirent qu’ils ne demandaient pas mieux, il leur raconta la parabole de l’enfant prodigue. Ils l’écoutèrent avec beaucoup d’attention et témoignèrent leur enthousiasme. Ils ne savaient pas qui il était ; mais il leur dit qu’il était un pasteur, et qu’il cherchait ses brebis égarées pour les conduire à de bons pâturages. Ils le prirent pour un prophète et ils l’invitèrent à venir dans leurs maisons. Le jour suivant, il les instruisit encore, et ses discours étaient toujours des paraboles. Ces braves gens l’aimaient beaucoup ; loin de combattre sa doctrine, ils le prièrent de rester auprès d’eux jusqu’au jour du sabbat prochain, pour prêcher dans la synagogue. Ils l’interrogèrent sur Jésus, et il leur répondit en leur exposant une partie de sa vie et de sa doctrine.