CHAPITRE XXXIX

Retraite de Jésus. — Départ pour l’Orient.

Jésus se rendit donc avant le jour de Béthanie à Jérusalem avec Jean et Matthieu. Ils y restèrent en secret toute la journée et la nuit suivante. Jésus enseigna et encouragea les amis qu’il avait dans la ville. Je vis alors les pontifes et les pharisiens tenir conseil au sujet de Jésus et de Lazare. Ils disaient entre autres choses, qu’ils craignaient que Jésus ne ressuscitât tous les morts, ce qui ferait naître une grande confusion Exemple remarquable de la bonne foi qu'on doit attribuer à la science orgueilleuse lorsqu'elle demande à constater un vrai miracle pour croire à son tour. Les scribes et les pharisiens avaient demandé des miracles ; forcés de reconnaître ceux du Sauveur, ils n'en sont que plus exaspérés contre lui. . Cette crainte me parut ridicule.

Une grande révolte eut lieu à Béthanie ; si Jésus eût été là, on l’aurait lapidé. Lazare fut obligé de se cacher ; les apôtres se dispersèrent de tous les côtés. Les amis de Jésus se cachèrent aussi. Le calme se rétablit pourtant ; car on finit par reconnaître qu’on n’avait aucun droit de maltraiter Lazare.

Jésus quitta Jérusalem avec Jean et Matthieu, et se retira au-delà du Jourdain. Il rencontra sur la route un aveugle conduit par deux enfants qui n’étaient pas de sa famille. C’était un berger des environs de Jéricho. Il avait entendu dire aux apôtres que le Seigneur arrivait, et maintenant il implorait son secours. Jésus lui mit la main sur la tête, et il recouvra la vue. Alors cet homme jeta ses haillons, et vêtu seulement de sa tunique, il le suivit jusqu’au village, où le Seigneur enseigna dans une salle, sur l’obligation de le suivre. Il dit entre autres choses que, comme cet aveugle avait quitté ses haillons, il fallait tout abandonner pour voir clair et marcher à sa suite. On donna un manteau à l’aveugle ; il demanda à rester auprès de Jésus ; mais le Seigneur s’y refusa, et lui dit qu’il fallait d’abord faire preuve de persévérance.

En approchant d’une petite ville, il eut faim. Cela me fit sourire, car il ne pouvait avoir faim que des âmes. Apercevant un figuier près du chemin, il s’en approcha, et n’y trouvant pas de fruits, il le maudit. A l’instant cet arbre sécha : ses feuilles devinrent jaunes et il se tordit sur lui-même. Lorsque Jésus fut arrivé dans la ville, il entra dans l’école et enseigna sur le figuier stérile.

Le Seigneur dit ensuite qu’il voulait faire un voyage, que les disciples et les apôtres devaient se séparer de lui pour quelque temps ; il leur indiqua ensuite les endroits où il désirait qu’ils instruisissent le peuple, ceux qu’ils devaient éviter, et le lieu où ils devaient le rejoindre.

Quelques jours après, je vis, au-delà du Jourdain, plusieurs disciples qui attendaient l’arrivée du Seigneur sous une tente de bergers. Ils avaient amené avec eux trois jeunes gens d’une taille élancée et qui paraissaient venus du pays où le Seigneur, pendant son voyage à Samarie, enseigna sous un arbre et bénit des enfants. Ils allèrent à sa rencontre, le saluèrent, et se pressèrent autour de lui ; mais il ne lui présentèrent pas la main.

Jésus était plus grand que les apôtres. Quand il était debout, il les dominait toujours de son front pur et majestueux. Il se tenait très droit en marchant ; il n’était ni gras, ni maigre, mais bien fait et plein de vie et de santé. Il avait de larges épaules et une large poitrine. Les voyages et l’exercice avaient développé ses muscles ; cependant il ne portait aucune marque d’un travail rude et fatigant.

Le Seigneur était vêtu d’une tunique brune à longs plis, tressée ou tricotée, et très souple ; par-dessus cette tunique, il portait un manteau long de laine blanche, très fine ; ce manteau avait de larges manches, et était serré autour du corps par une large ceinture faite de la même étoffe, comme le mouchoir dont il s’enveloppait la tête pour dormir.

En cet endroit, le Seigneur dit aux apôtres qu’il ne prendrait avec lui que les trois jeunes gens, et qu’il se rendrait en Égypte par la Chaldée, par le pays d’Ur, où était né Abraham, et par l’Arabie. De leur côté, les disciples devaient se disperser sur divers points de la frontière pour y répandre la divine parole ; il voulait lui aussi enseigner dans le pays qu’il aurait à traverser. Enfin, il leur dit qu’il viendrait dans trois mois les rejoindre, vers Sichar, au puits de Jacob.

A l’aube du jour, Jésus se sépara des apôtres et des disciples, en leur tendant la main. Ils étaient affligés de ce qu’il ne voulait prendre avec lui que les trois jeunes gens. Ceux-ci n’avaient que dix-sept ou dix-huit ans. André, Philippe et Pierre retournèrent chez eux. Les disciples se dispersèrent comme il le leur avait ordonné. Jésus voulait célébrer le sabbat dans une ville juive qui se trouvait sur l’extrême frontière, et qui, si je ne me trompe, s’appelait Cédar.