CHAPITRE XXXVII

Guérison de dix lépreux. — Jésus assiste à une noce de bergers.

Jésus se dirigea ensuite vers Samarie. Des malades de toute espèce se rassemblaient déjà pour l’attendre sur son passage. Devant un village, à cent pas de la route, on avait dressé une tente où dix lépreux se tenaient couchés sur des lits disposés en cercle. Lorsque Jésus arriva près de ce village et devant cette tente, les lépreux sortirent, et, élevant la voix, le prièrent d’avoir pitié d’eux. Les disciples passèrent outre, mais le Seigneur s’arrêta. Les lépreux, tout enveloppés de linges, s’approchèrent aussi vite que leurs souffrances le leur permettaient, et formèrent un groupe autour de lui. Il les toucha tous, et après leur avoir ordonné de se montrer aux prêtres, il continua sa route. Un des lépreux (c’était un Samaritain), qui allait plus vite que les autres, suivit le même chemin que deux des disciples de Jésus ; les autres prirent diverses directions. Ceux-ci ne furent pas guéris instantanément, quoiqu’ils se trouvassent en état de marcher ; ce ne fut qu’au bout d’une heure que leur purification fut complète, peut-être parce qu’ils ne la méritaient pas plus tôt.

Bientôt après, un père de famille qui habitait un village de bergers, situé à un quart de lieue à droite de la route, se présenta à Jésus et le supplia d’aller avec lui, car sa fille était morte. Le Seigneur le suivit aussitôt par un chemin détourné, où il fut rejoint par le lépreux Samaritain. Ce dernier, tout ému de se voir guéri, était revenu sur ses pas pour le remercier. Il tomba la face contre terre aux pieds de Jésus qui lui dit : « Est-ce que les dix n’ont pas été purifiés ? où sont les neuf autres ? Seul cet étranger est revenu et a glorifié Dieu. Lève-toi, va, ta foi t’a sauvé. » Cet homme devint plus tard un des disciples de Jésus.

Le Seigneur entra ensuite dans la maison du père de famille, accompagné de Pierre, de Jean et de Jacques le Majeur. L’enfant, morte déjà je crois depuis quatre jours, avait environ sept ans. Jésus lui mit une main sur la tête, l’autre sur la poitrine, et pria les yeux levés au ciel. Alors elle revint à la vie et se leva. Le Seigneur dit aux apôtres qu’ils en feraient autant en son nom. Le père de l’enfant, homme d’une foi vive, attendait Jésus en toute confiance. Sa femme avait voulu l’envoyer plus tôt à Jésus, mais il comptait fermement sur son arrivée. Bientôt il remit ses affaires à d’autres mains, et, sa femme étant morte quelque temps après la Passion du Seigneur, il embrassa la foi nouvelle et illustra son nom. La petite fille devint aussi une femme pieuse.

En ces jours-là Jésus visita les maisons éparses des bergers, et il guérit un grand nombre de malades dans les montagnes du pays d’Hébron, où demeurait Zacharie. Je vis Jésus assister à une noce ; il était seul avec Pierre. Je vis même les nouveaux époux revenir de la synagogue où le mariage avait été célébré. Ils marchaient sous un dais ; en tête du cortège, de petites filles, parées de couronnes de laine de couleurs diverses, jouaient de la flûte ; derrière le dais venaient de jeunes garçons aussi couronnés et faisant également de la musique. Je distinguai parmi les gens du cortège un prêtre de Jéricho. Lorsqu’à leur entrée dans la maison les mariés virent le Seigneur, ils furent surpris et émus, et se pressèrent autour de lui. Il leur dit de ne pas interrompre les cérémonies de la noce, afin de ne donner aucun sujet de scandale. Ils burent alors dans de petites coupes ; l’épouse était avec les femmes ; les enfants jouaient de leurs instruments et dansaient devant elle. Je vis ensuite les deux époux aller trouver Jésus dans une chambre particulière où il joignit de nouveau leurs mains, les bénissant de sa main droite, puis il leur parla de l’indissolubilité du mariage et de la continence.

Le Seigneur et Pierre se mirent ensuite à table avec les bergers et le prêtre ; on leur donna la place d’honneur, et le nouveau marié les servit. Le prêtre était assis en face de Jésus ; mais, mécontent d’être dépossédé de la place d’honneur, il ne tarda pas à quitter la table. Il alla chercher quelques pharisiens, qui accoururent et accusèrent vivement Jésus. L’un d’eux, dans l’ardeur de la dispute, lui arracha son manteau, mais le Seigneur demeura calme et doux ; à cette vue, les Pharisiens, désespérant de le vaincre, se retirèrent.

Jésus se montra cordial et affectueux envers les bergers. Les parents des époux et plusieurs autres vieux bergers qui se trouvaient au festin étaient de ceux qui l’avaient visité à la crèche la nuit de sa naissance. Ils se mirent à parler de ce souvenir de la manière la plus touchante, et rendirent encore hommage au Seigneur.

Plusieurs jeunes gens rapportèrent ce que leurs parents défunts leur avaient raconté à ce sujet. On amena aussi beaucoup de malades, parmi lesquels je distinguai plusieurs vieillards que l’âge empêchait de marcher, et des enfants faibles et maladifs : Jésus les guérit tous avec joie. Il dit aussi aux nouveaux époux, qu’après sa mort ils devaient aller trouver les apôtres, et, quand ils seraient baptisés et instruits, suivre la voie qu’ils leur indiqueraient.

Durant tout ce voyage, je n’ai vu nulle part le Seigneur se montrer aussi plein de sérénité et de joie qu’au milieu de ces bonnes gens. Rien n’était plus touchant. Il m’a été dit que tous ceux qui avaient salué Jésus dans son berceau reçurent la grâce du christianisme.