CHAPITRE XXXIV

Jésus chez des bergers près du mystérieux chemin de David.

Jésus alla ensuite à Bosra et à Nobé ; et de là il vint aux montagnes d’Hermon, à un charmant village de bergers qu’on appelait le Camp de la paix de Jacob, parce que ce fut en cet endroit que Jacob, poursuivi par Laban, dressa ses tentes pour la première fois, à son retour dans la terre promise. C’est là que commencent les montagnes de Galaad (Gen., xxxi, 25). Les bergers qui demeuraient dans ce village descendaient d’Éliézer, ce serviteur d’Abraham qui alla chercher Rebecca pour son fils Isaac.

Jésus y arriva vers midi avec trois de ses apôtres. Il s’arrêta auprès d’une fontaine devant la ville. Les plus anciens d’entre les bergers vinrent le recevoir ; ils lui lavèrent les pieds et lui offrirent des fruits, du miel et du pain. Comme on savait qu’il devait venir, on avait amené beaucoup de malades, dans un long bâtiment situé au pied de la montagne. Jésus les guérit et les enseigna. Quatre cents bergers s’étaient rassemblés sur une colline, avec leurs femmes et leurs enfants pour l’entendre. Il leur parla avec beaucoup de simplicité et de confiance, et leur rappela le passage des trois rois qui avaient séjourné chez eux trente-deux ans auparavant ; plusieurs des assistants s’en souvenaient encore. Il parla de l’étoile de Jacob annoncée par Balaam, et de l’enfant nouveau-né que ces sages rois avaient cherché. Il parla aussi de l’accomplissement des prophéties, de Jean le Précurseur, de son enseignement et de son témoignage, et dit que le Messie promis, le consolateur et le Sauveur était maintenant au milieu des Israélites, mais qu’ils ne le connaissaient pas. À la fin, il leur raconta les paraboles du bon Pasteur et de la semence : on faisait alors la récolte des fruits et du froment. Le Seigneur fut avec ces gens très cordial et très affectueux, et il les appela toujours : « Mes chers enfants ».

Il visita plusieurs bergers dans leurs cabanes, les consolant et les enseignant. Ces braves gens le prirent en affection. Beaucoup d’entre eux voulaient tout quitter pour le suivre, afin de pouvoir l’entendre toujours. Il les engagea à rester, mais à vivre conformément à ses instructions.

Jésus, accompagné de ses disciples, prit un chemin appelé la route de David, lequel descendait à l’ouest vers le Jourdain, en suivant toutes les sinuosités des vallons. Il était allé avec eux sur cette route pour la leur montrer et leur en raconter l’histoire. Ce chemin est un enfoncement, une espèce de ravin rempli parfois de l’eau déversée par les montagnes ; sur l’un des côtés il y a un sentier pour les chameaux, où l’on rencontre, en plusieurs endroits, des relais avec des auges et des anneaux auxquels on les attache. À son arrivée dans ce pays, Abraham vit sur ce chemin un éclat de lumière et y eut une vision que j’ai oubliée. Quand David, sur le conseil de Jonathas, eut mis ses parents en sûreté dans le pays de Maspha (I Rois, xxii), il se cacha avec trois cents hommes dans ce ravin, qui dès lors fut appelé la route de David. Ce saint roi vit là, dans une vision, un cortège lumineux, celui des trois rois mages, et il entendit, du haut des cieux des voix qui chantaient des hymnes, et annonçaient le Consolateur d’Israël. Il composa là un de ses psaumes, j’ai oublié lequel. Malachie aussi, après un combat, fut conduit par une lumière en cet endroit, et y resta caché pendant quelque temps. Les rois mages s’étant abandonnés, aux environs de Selcha, à l’instinct de leurs chameaux, furent amenés par eux dans ce ravin, où ils entonnèrent des chants mélodieux, en voyant l’étoile y briller d’un éclat extraordinaire Ces rapports mystérieux des événements figuratifs de la loi ancienne sont bien dignes de nos méditations. Toutes les figures, conduites par la main de la divine sagesse, se sont donné rendez-vous sur le même chemin, celui par lequel Jésus lui-même est venu à nous et s'est manifesté au monde. .

À Thantia où il s’arrêta ensuite, Jésus alla aussitôt à la synagogue, où il parla de Balaam, de l’étoile de Jacob, du prophète Michée et de Bethléem Éphrata (Nombres, xxii, 2 ; xxv, 10. Michée, v, 7 ; vi, 9).

Il ne rencontra point là de contradicteurs et guérit dans les maisons un grand nombre de malades ; quelques-uns avaient été visités par ses disciples, qui n’avaient pu les guérir. Les pauvres et les malades étaient fort négligés en cet endroit ; les disciples avaient commencé à y régler la charité, et Jésus l’organisa complètement. Les disciples baptisèrent une multitude de personnes que le Seigneur lui-même avait préparées. Il enseigna sur l’étoile de Jacob, sur la prophétie de Michée touchant Bethléem, sur le voyage des rois mages, et il fit clairement voir que cela s’appliquait à lui.

Les habitants et les rabbins étaient très pieux. On avait dans ce pays la coutume d’aller en pèlerinage à jeun et en priant, sur la route de David, pour implorer la venue du Messie. Se fondant sur des traditions anciennes, ils espéraient avoir là des visions, des apparitions du Messie, et ils pensaient qu’il viendrait les y visiter. Pendant la prédication de Jésus, ils disaient à plusieurs reprises : « Il parle comme si c’était lui, mais ce n’est pas possible ». Selon eux, le Messie devait apparaître en Israël comme un ange sous une forme incorporelle, et ils supposaient que Jésus était son précurseur ayant mission de l’annoncer. Ils croyaient aussi qu’il ressemblerait à Melchisédech ou à Malachie. Jésus leur dit que peut-être ils reconnaîtraient le Messie lorsqu’il serait trop tard. Je vis que beaucoup d’entre eux entrèrent dans l’Église nouvelle, avant et après le crucifiement.