CHAPITRE XXVIII

Jésus enseigne ses disciples et se fait rendre compte de leurs missions.

Jésus arriva au bord du lac, à la maison de Pierre, où s’étaient rassemblés tous les disciples alors présents dans le pays. Jacques le Mineur et Thaddée étaient venus de Gessur, amenant trois des philosophes païens qui avaient reçu la circoncision ; les quatre autres étaient en arrière. C’étaient des jeunes gens de manières agréables et distinguées. Jésus les présenta aux disciples. André et Simon survinrent aussi dans une barque avec quelques autres disciples ; ils furent accueillis de la manière la plus touchante.

Quand ils eurent pris une légère réfection, Jésus se rendit avec eux tous à Bethsaïde, à la maison d’André, où se trouvait la femme et la fille de celui-ci. Il les salua et s’entretint avec elles. Ils y firent un repas frugal ; les disciples racontèrent où ils avaient été et ce qui leur était arrivé. En plusieurs endroits, poursuivis à coups de pierre, mais jamais atteints, quelques fois forcés de prendre la fuite, mais toujours protégés d’une façon miraculeuse, ailleurs, rencontrant beaucoup de gens de bien, ils avaient guéri, baptisé et enseigné un grand nombre de personnes. Suivant l’ordre de Jésus d’aller seulement aux brebis perdues de la maison d’Israël, ils s’étaient mis à la recherche des Juifs, dans les villes païennes, sans frayer avec les Gentils, à moins qu’ils ne fussent en service chez des Israélites. André et ses compagnons, pour racheter plusieurs esclaves juifs, avaient dépensé tout ce qu’ils possédaient. Ils demandèrent à Jésus s’il les approuvait ; il leur répondit affirmativement.

Les disciples lui racontèrent ainsi bien des choses, mais Jésus ne les laissa pas tous achever. Comme quelques-uns mettaient dans leur langage une certaine complaisance, il les interrompit, disant : « Je sais déjà tout cela. » Mais il écouta jusqu’au bout, ceux qui faisaient leurs récits avec simplicité et humilité, et il invita à parler ceux qui gardaient le silence. Quand ceux qu’il ne laissait pas achever lui en demandaient la raison, il leur faisait remarquer la différence qu’il y avait entre leur langage et celui des disciples plus modestes.

Jésus s’arrêtait souvent pour leur raconter des paraboles, d’abord celle de l’ivraie semée au milieu du bon grain, et qu’on doit laisser croître jusqu’à la moisson, époque où on la brûlera ; ajoutant que tout ce qui est semé ne lève pas. À cette occasion, parlant de plusieurs disciples qui s’étaient retirés, il avertit les autres de ne pas se confier en leurs œuvres, car ils seraient encore exposés à de grandes tentations. Après une seconde interruption, il exposa la parabole de l’homme de haute naissance, qui, s’en allant prendre possession d’un royaume, donna un certain nombre de talents à ses serviteurs, et à son retour leur en demanda compte. Cette parabole pouvait s’appliquer à son voyage en Chypre et au compte que les disciples rendaient en ce moment de ce qu’ils avaient fait pendant son absence. Tout en racontant, il adressa souvent à l’un ou à l’autre de ses disciples dont il devinait les pensées, des paroles telles que celles-ci : « Pourquoi te livres-tu à ces vaines pensées ? Ne t’imagine pas de telles choses ! Tu te fais de ceci une idée fausse ; sois attentif à ceci et non à cela. » Il lisait dans tous les cœurs et reprenait chacun aussitôt. Parfois l’un ou l’autre se disait : « C’est tel ou tel qu’il a en vue. »

Je ne saurais dire comme le temps s’écoule vite pour moi, quand je vois et entends ces choses. Cependant j’ai souvent pitié de ses disciples, lorsque Jésus refuse de les écouter, et je me dis : « Il pourrait bien entendre cela ; » ou bien : « Certes, il t’en arriverait autant, si tu voulais toujours lui parler de tes affaires. »

Jésus montra quelque sévérité aux disciples, qui en furent assez affligés. Le soir, il retourna chez sa mère, et les disciples allèrent avec lui au jardin, où les femmes aussi l’écoutèrent, couvertes de leurs voiles et se tenant à l’écart. Il les consola de nouveau et leur raconta la parabole des ouvriers de la vigne qui reçurent tous le même salaire, puis il la leur expliqua.

Il présenta ensuite à sa mère les nouveaux disciples et les nouveaux convertis ; ce qu’il fit toujours dans les derniers temps. Entre lui et elle il existait comme un pacte tacite, en conséquence duquel la sainte Vierge donnait place aux disciples dans son cœur, dans sa prière, dans sa bénédiction, et les tenait pour ses enfants, frères de Jésus, afin d’être leur mère spirituelle, de même qu’elle était sa mère selon la chair. Jésus les présenta très solennellement, et elle les reçut avec une gravité affectueuse. Je ne saurais rendre la touchante sainteté de cet acte profond. Marie était la mère branche de la vigne, la fleur et l’épi de la chair et du sang rédempteurs.