CHAPITRE XX
Jésus célèbre à Mallep la fête de la Pentecôte. — Coup d’œil sur le passage de la mer Rouge.
La synagogue et un grand nombre de maisons étaient ornées de rameaux et de guirlandes ; le sol fut jonché de fleurs ; on brûla des parfums dans tout l’édifice ; on couronna de fleurs les rouleaux des Ecritures. C’était la fête de la Pentecôte. Avant le sabbat, les rabbins furent conduits solennellement à la synagogue par les enfants des écoles ; les nouvelles mariées y furent amenées par les femmes, et leurs époux par les jeunes gens. Jésus s’y rendit aussi avec ses disciples. Il n’y eut pas de prédication ; on se borna à chanter, à faire des lectures et à prier. Je ne me rappelle plus les détails. On distribua de petits morceaux de pain bénit, qu’on regardait comme un préservatif contre les maladies et les sortilèges.
Beaucoup de Juifs, entre autres les sept nouveaux époux, passèrent la nuit en prières à la synagogue. Un grand nombre d’habitants allèrent, par groupes de dix à douze, dans les jardins et sur les collines voisines de la ville où ils prièrent toute la nuit éclairés par des falots qu’ils portaient au bout de bâtons. Les disciples et les païens baptisés firent de même. Le Seigneur pria seul à l’écart. Les femmes aussi prièrent ensemble dans les maisons.
Le lendemain, la matinée entière fut consacrée dans la synagogue à prier, à chanter et à faire la lecture de la loi ; il y eut aussi comme une procession. Les rabbins ayant Jésus à leur tête, et suivis d’une foule de peuple, parcoururent les galeries qui entouraient l’édifice ; ils s’arrêtèrent en différents endroits, et, se tournant vers les quatre régions du monde, ils bénirent la terre, la mer et toutes les contrées. Après une interruption de deux heures, on rentra et l’on continua de lire l’Ecriture. Jésus interrompit plusieurs fois la lecture pour demander aux assistants s’ils l’avaient comprise, et il leur en expliqua divers points. On lut le récit du passage de la mer Rouge jusqu’à la promulgation de la loi sur le Sinaï. J’eus une vision relative à cette lecture, et je m’en rappelle encore ce qui suit :
Les Israélites occupaient une lieue de terrain au bord de la mer Rouge, qui était, en cet endroit, très large et coupée par plusieurs îlots d’une demi-lieue de long sur un quart ou demi-quart de lieue de large. Le Pharaon les avait d’abord cherchés plus haut avec son armée ; mais ses éclaireurs les ayant découverts, il crut les tenir, à cause de la mer qui leur barrait le passage. Les Egyptiens étaient très irrités contre eux, parce qu’ils avaient emporté leurs vases sacrés, beaucoup d’idoles et les secrets de leur religion. Lorsque les Israélites les virent approcher, ils furent saisis d’épouvante. Mais Moïse se mit à prier, puis il leur dit d’avoir confiance en Dieu et de le suivre. Alors la colonne de nuée passa derrière les Israélites et répandit un brouillard tellement épais, que les Egyptiens ne pouvaient point les apercevoir. Cependant Moïse s’approcha de la mer avec sa baguette, qui avait un bouton et deux rameaux ; il pria et frappa la mer. Aussitôt parurent à droite et à gauche, en tête de l’armée, deux grandes colonnes de feu reposant sur la mer, et surmontées d’une gerbe de flamme ; en même temps un vent violent sépara les eaux et ouvrit un passage d’une lieue de large. Moïse descendit, par une pente douce, au fond de la mer, et toute l’armée le suivit rangée en une colonne d’environ cinquante hommes de front. D’abord le sol était un peu glissant, mais bientôt ils s’avancèrent sur un gazon moelleux comme un tapis. Les colonnes de feu brillaient devant eux, et l’on voyait aussi clair qu’en plein jour ; les îles paraissaient comme des jardins flottants ; elles étaient pleines des plus beaux fruits et d’animaux de toute espèce, que les Israélites recueillirent ou emmenèrent avec eux, et sans lesquels ils n’auraient pas eu de quoi se nourrir sur l’autre rivage.
L’eau de la mer ne formait pas des deux côtés une muraille perpendiculaire, mais elle s’amoncelait plutôt comme de la gélatine. Ils s’avançaient rapidement comme des gens qui descendent d’une montagne au pas de course : on eût dit qu’ils avaient des ailes. Il était minuit lorsqu’ils entrèrent dans le lit de la mer. Le coffre qui contenait les ossements de Joseph était au milieu de l’armée. Les colonnes de feu qui s’élevaient du sol, paraissaient tournoyer ; elles ne passaient pas par-dessus les îles, mais elles en suivaient les contours. A une certaine hauteur, elles se perdaient dans une lueur vague. Les eaux ne se retirèrent pas toutes à la fois, mais à mesure que Moïse avançait, elles laissaient devant lui un espace libre, en forme de coin, par où toute l’armée passait à sa suite. Dans le voisinage des îles, on voyait encore les arbres avec leurs fruits se réfléchir dans l’eau à la lueur des colonnes de feu. Ce merveilleux passage s’effectua en trois heures, tandis que naturellement il en eût exigé neuf, au moins. A huit ou neuf lieues de là, il y avait une ville qui fut plus tard submergée par les eaux.
Vers trois heures, le Pharaon arriva sur la plage avec un grand nombre de chars superbes et toute son armée. Moïse, déjà arrivé de l’autre côté, commanda aux flots de retourner à leur place ; le brouillard l’empêcha d’abord de voir le passage. L’ayant enfin trouvé, il y descendit avec un grand empressement ; le brouillard et le feu aveuglèrent les soldats du Pharaon, et ils périrent tous misérablement dans la mer. Le matin, les Israélites virent qu’ils étaient sauvés, et ils chantèrent les louanges de Dieu. Au delà de la mer, les deux colonnes de lumière se réunirent en une seule colonne de feu. Je ne saurais décrire toute la beauté de ce tableau sublime La Pentecôte est la grande fête de la fondation de l'Eglise, et de l'inauguration du baptême dont le passage de la mer Rouge était la figure. Le chrétien doit passer à travers l'eau du baptême, pour être délivré du joug de Satan représenté par Pharaon, et entrer dans la véritable terre promise. .