CHAPITRE VIII
Divers enseignements de Jésus, spécialement sur le renoncement, la simplicité, l’humilité, la chasteté dans le mariage.
Jésus enseigna à Dothaïm et aux environs, et plusieurs disciples vinrent le rejoindre. Les pharisiens firent un festin auquel ils l’invitèrent ainsi que ses disciples. Au moment de se mettre à table, le disciple Manahem de Koréah entra, accompagné d’un jeune savant de Jéricho, qu’il connaissait, et qui, quoique refusé une première fois, s’était adressé à lui pour obtenir d’être reçu au nombre de ses disciples. C’était ce jeune homme possesseur de grands biens à Samarie, à qui Jésus avait dit précédemment qu’il devait d’abord renoncer à tout. Il revenait maintenant après avoir tout réglé, partagé avec ses parents, et s’être néanmoins réservé un domaine, n’ayant pu se décider à ne point garder de quoi vivre. Jésus refusa encore de l’admettre à cause de cette arrière-pensée. Il se retira très mécontent. Les pharisiens s’en scandalisèrent beaucoup, car ils affectionnaient ce jeune homme ; ils reprochèrent à Jésus de parler toujours de charité et d’en manquer lui-même ; de blâmer les pesants fardeaux qu’imposaient les pharisiens, et d’en imposer de plus difficiles à porter. Ce jeune homme était savant, mais Jésus, disaient-ils, ne voulait s’entourer que d’ignorants ; il retranchait à l’homme les choses les plus indispensables, et lui permettait de transgresser la tradition des anciens. Puis ils revinrent encore sur la violation du sabbat, ainsi que sur les purifications omises. Le Sauveur les confondit par ses réponses ordinaires.
Le lendemain, le Sauveur se trouvait avec les disciples dans la maison de Pierre, située près du lac. Ceux qui recevaient l’impôt destiné au Temple, venant à passer, demandèrent à Pierre si son maître ne payait pas les deux drachmes. Pierre, ayant répondu qu’il les paierait, rentra ; et Jésus lui dit : « Que t’en semble, Simon ? De qui les rois de la terre réclament-ils le tribut et le cens : de leurs enfants, ou des étrangers ? » Pierre répondit : « Des étrangers ». Jésus reprit : « Ainsi les enfants en sont exempts. Cependant, pour ne point scandaliser ces hommes, va à la mer, jette l’hameçon, et avec un poisson tu prendras un statère : donne-le pour moi et pour toi ». Pierre, dans la simplicité de sa foi, alla à sa pêcherie, jeta à la mer un des hameçons qui se trouvaient là, et prit un gros poisson. Il lui mit la main dans la bouche, et en retira une pièce de monnaie, jaunâtre et oblongue, qu’il donna aux percepteurs pour lui-même et pour Jésus. Le poisson était si gros, qu’il suffit au repas de midi.
Jésus demanda ensuite aux disciples quelle était la question qu’ils avaient discutée la veille sur le chemin de Dothaïm. Ils n’osèrent répondre, car il s’était agi de savoir quel était le plus grand d’entre eux. Mais il connaissait leurs pensées ; il s’assit donc et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier, et le serviteur de tous ». Il enseigna sur ce sujet, et leur dit pourquoi il n’avait pas voulu recevoir le jeune homme qui s’était présenté la veille.
Après le dîner, le Sauveur se rendit avec les apôtres et les disciples à Capharnaüm : on y célébrait une sorte de fête populaire en l’honneur de ceux qui revenaient de Jérusalem. Les rues et les maisons étaient parées de fleurs et de guirlandes de verdure. Les vieillards, les femmes et les enfants allaient à la rencontre des arrivants, qui traversaient les rues en procession, et visitaient leurs amis et les personnages les plus distingués. Cependant Jésus et les siens parcoururent la ville ; les pharisiens les accompagnèrent quelque temps, leur témoignant beaucoup de bienveillance.
Jésus visita des pauvres et plusieurs personnes qui lui étaient dévouées. Sur le marché, où se trouvaient l’ancienne et la nouvelle synagogue, les élèves des écoles le saluèrent, et beaucoup de mères lui amenèrent leurs enfants. Tout en marchant, le Seigneur avait enseigné ceux qui l’entouraient ; mais ici il s’arrêta, bénit les enfants, les instruisit, puis fit donner à tous, aux riches comme aux pauvres, de petites robes fournies par les bienfaitrices de la communauté, et que les saintes femmes avaient apportées de Jérusalem. Il fit aussi distribuer des fruits, des tablettes et divers autres objets. Pendant cette distribution, le Seigneur enseigna de nouveau le peuple et les disciples. Ces derniers lui ayant demandé qui était le plus grand dans le royaume des cieux, Jésus appela à lui la femme d’un riche marchand qui se tenait à quelque distance, sous la porte d’une maison, avec son enfant âgé de quatre ans. Cette femme baissa son voile et s’avança avec son petit garçon ; elle le remit au Sauveur, puis se retira. Le Seigneur embrassa l’enfant, le plaça au milieu de ses disciples, et, comme d’autres enfants étaient venus l’entourer, il dit : « Si vous ne devenez comme ces petits, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Celui qui reçoit en mon nom un enfant me reçoit ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. Quiconque se fait petit comme un enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des cieux. »
Comme Jésus avait parlé de recevoir en son nom, Jean, prenant la parole, dit qu’ils avaient vu un homme qui chassait les démons en son nom, et qu’ils l’en avaient empêché parce qu’il ne faisait pas partie de ses disciples. Jésus les en reprit, puis continua à les instruire.
Quand le Seigneur eut fait connaître à ses disciples le cas qu’on doit faire de la simplicité et de la candeur de l’enfance, il bénit le petit garçon, qui était charmant, puis l’embrassa, lui donna des fruits et une petite robe, et, ayant fait appeler la mère, le lui rendit, en lui adressant quelques paroles prophétiques sur la destinée de ce cher petit. Elles ne furent comprises que plus tard. Il devint disciple des apôtres, puis évêque et martyr : on lui avait donné le nom d’Ignace.
Je fus très touchée à la vue d’une femme qui, avant et pendant la prédication de Jésus, se tint constamment au milieu de la foule, couverte de son voile. Elle était sans cesse comme hors d’elle-même, tant elle ressentait d’émotion et de joie, répétant fréquemment à demi-voix ces paroles : « Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles qui vous ont allaité ! mais bienheureux surtout ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! » Les femmes qui l’entouraient en furent très émues et très édifiées. A chaque pause que Jésus faisait dans son enseignement, elle répétait les mêmes paroles du plus profond de son cœur, les yeux baignés de larmes et les mains jointes, exprimant ainsi son amour et son admiration. La présence du Sauveur, sa vie, ses enseignements lui causaient un enthousiasme auquel elle se livrait avec la simplicité d’un enfant. Son nom était Léa ; elle était la femme d’un pharisien malveillant de Césarée de Philippe, et belle-sœur de l’hémorroïsse de Césarée. Lors de la prédication de Jésus dans cette ville, elle s’était déjà écriée : « Heureux le sein qui vous a porté, etc., » et Jésus lui avait dit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. » Depuis ce temps-là, elle avait continuellement à la bouche cette exclamation, à laquelle elle ajoutait la réponse du Sauveur, et ces mots étaient devenus pour elle une prière qu’elle récitait dévotement et avec ferveur. A Capharnaüm elle avait visité les saintes femmes, et elle avait donné pour les hôtelleries une grande partie de sa fortune.
En ce temps-là je vis Jésus avec quelques apôtres et quelques disciples à Bethsaïde, où revinrent ceux qu’il avait envoyés en mission ou qui étaient restés chez eux. La plupart arrivèrent exténués et dénués de tout. Le Sauveur et les siens les reçurent très affectueusement ; les soins les plus empressés leur furent prodigués : on les conduisit dans la maison d’André, où on leur lava les pieds ; puis on leur prépara des bains, on les fit changer de vêtements et on leur apprêta un repas.
Comme le Seigneur lui-même se mit à les servir avec empressement, Pierre lui dit : « Maître, pourquoi voulez-vous aussi les servir ? Laissez-nous ce soin. » Mais Jésus dit qu’il était venu pour servir, et que ce qu’on faisait pour eux, on le faisait pour son Père. Ensuite il leur donna encore des enseignements touchant l’humilité, répétant que celui qui était le moindre parmi eux et le serviteur de tous serait le plus grand ; mais que celui qui servait le prochain et soulageait son frère non par charité, mais pour devenir le premier à ce prix, n’était qu’un hypocrite et un faux serviteur, et qu’il avait déjà reçu sa récompense ; car c’était lui-même qu’il servait, et non son frère. Le nombre des disciples qui étaient avec Jésus en ce moment s’élevait à soixante-dix ; il y en avait en outre à Jérusalem et aux environs.
Jésus fit aux apôtres une autre instruction d’une profondeur admirable, dans laquelle il dit clairement qu’il n’avait pas été engendré par un homme, mais conçu du Saint-Esprit. Il parla aussi de sa mère avec une extrême vénération. Il l’appela le vase très pur et très saint, le vase choisi, après lequel les cœurs de tous les hommes pieux avaient soupiré, et que la bouche de tous les prophètes avait imploré depuis des milliers d’années. Il parla du témoignage que son Père lui avait rendu lors de son baptême, mais il ne mentionna pas celui qu’il venait de recevoir au Thabor. Il appela heureux et saint le temps qui l’avait vu naître, et expliqua comment était rétablie par lui l’alliance de Dieu avec les hommes. Il parla avec une grande profondeur de la chute de l’homme, de sa séparation d’avec le Père céleste, de la puissance de Satan et des mauvais esprits ; il dit que, par le fait de sa naissance de la Vierge immaculée, la vertu de Dieu, le royaume de Dieu reparaissait sur la terre, et que par lui et en lui tous les hommes recevaient l’adoption comme enfants de Dieu. Il dit ensuite qu’il était venu rétablir le lien naturel et surnaturel, le pont entre Dieu et l’homme, et que celui qui voulait passer par là devait le faire avec lui et en lui, en renonçant aux choses terrestres et aux plaisirs de ce monde. Il dit enfin que la puissance des mauvais esprits et leur empire sur le monde et sur les hommes pouvaient être affranchis, en son nom, par l’intime union avec lui dans la foi et la charité, de la servitude à laquelle cette puissance les avait assujettis. Il s’exprima de la manière la plus grave et la plus solennelle. Les disciples ne comprirent pas tout ce qu’il dit, mais ils furent très affligés parce qu’il parla de sa Passion. Les trois apôtres qui avaient été avec le Sauveur sur le Thabor étaient depuis lors plongés dans leurs pensées et leurs méditations.
Jésus se rendit ensuite avec les disciples au nord de Capharnaüm, vers la montagne où il avait donné aux apôtres leur première mission ; il s’y promena pendant deux heures parmi les moissonneurs, enseignant tantôt ces derniers, tantôt ses disciples.
Jésus instruisit les moissonneurs pendant qu’ils se reposaient : il leur demandait combien ils avaient semé, et combien ils récoltaient ; à qui le blé appartenait, quelle était la nature du sol, comment ils le cultivaient ; puis il prenait occasion de ces questions et des réponses pour leur raconter des paraboles sur les semailles, sur l’ivraie, sur le grain de froment, sur la mauvaise herbe qui serait arrachée et jetée au feu. Il apprit aussi aux disciples comment ils devaient répéter ces enseignements, et il leur expliqua la moisson dans un sens spirituel. Il les appela ses semeurs et ses moissonneurs, qui devaient à présent recueillir les semences pour pouvoir plus tard en tirer une abondante récolte, car il ne resterait pas longtemps avec eux. Les disciples lui demandèrent aussitôt avec anxiété s’il ne resterait pas avec eux jusqu’à la Pentecôte. Jésus leur répondit : « Que deviendriez-vous, si déjà je n’étais plus avec vous ? »
Le Sauveur faisait aussi aux bergers des questions telles que celles-ci : « Ce troupeau est-il à vous ? Ces brebis appartiennent-elles à plusieurs troupeaux ? Comment les gardez-vous ? Pourquoi les brebis sont-elles dispersées ? etc. » Ces entretiens l’amenaient à leur donner ses admirables enseignements sur la brebis perdue et sur le bon pasteur Jésus, auteur de la nature, l'avait faite pour exprimer symboliquement les choses invisibles et surnaturelles. Les deux ordres se ressemblent, parce qu'ils portent tous deux l'empreinte et l'image du Verbe créateur. Notre nature sensible a d'ailleurs besoin de ces symboles et de ces images pour s'élever plus haut. Voilà pourquoi Jésus se sert ordinairement de comparaisons et de paraboles pour expliquer sa doctrine ; voilà pourquoi l'Ecriture sainte est remplie de symboles et de figures. .
Jésus exposa alors à ses disciples tous les devoirs d’un bon pasteur ; et se fit à lui-même l’application de ce qu’il avait dit, ajoutant qu’il allait donner sa vie pour ses brebis. Il apprit aussi aux disciples comment ils devaient, dans leurs courses apostoliques, s’entretenir avec les hommes disséminés dans les champs, avec les délaissés, et répandre parmi eux la bonne semence. Cet enseignement, donné si charitablement et si paisiblement au milieu de la solitude, était extrêmement touchant et pénétrait tous les cœurs.
Jésus entra ensuite, et pour la première fois, avec ses disciples, dans la petite ville de Lekkum, située à une lieue du Jourdain. Les six apôtres l’avaient visitée au commencement de leur première mission. On y donnait ce jour-là une fête à ceux qui revenaient de Jérusalem, ainsi qu’on l’avait fait dernièrement à Capharnaüm. Les rues étaient pareillement ornées de fleurs et de guirlandes de verdure. Les élèves des écoles allaient à la rencontre des nouveaux arrivés, qui ne manquaient pas d’aller visiter leurs amis.
Jésus se rendit chez plusieurs vieillards, et guérit quelques malades. Il fit sur la place publique, devant la synagogue, une instruction d’abord aux enfants, qu’il bénit, puis aux jeunes garçons et aux jeunes filles qui étaient venus là avec leurs maîtres pour prendre part à la fête. Lorsque ceux-ci se furent retirés, il donna en paraboles à plusieurs groupes d’hommes et de femmes de profondes instructions au sujet du mariage ; mais je suis trop malade pour pouvoir répéter tout ce qu’il enseigna. Il dit, entre autres choses, qu’il y a dans la nature humaine beaucoup de mauvais penchants qu’on doit vaincre et dompter par la prière et la mortification ; que celui qui satisfait ses passions brutales sème des passions brutales ; que nos œuvres nous survivent, et s’élèveront plus tard contre nous comme nos accusateurs ; que notre corps est créé à l’image de Dieu, et que Satan veut détruire en nous cette image ; que les excès amènent à leur suite la maladie, le péché et toutes les abominations. Jésus exhorta ses auditeurs à la chasteté, à la tempérance et à la prière. C’était, disait-il, la continence, la prière et les mœurs pures des anciens qui avaient donné au monde les saints et les prophètes. Il expliqua tous ces enseignements par des comparaisons empruntées à l’ensemencement du blé, à l’enlèvement des mauvaises herbes, symbole de la sensualité, des vices et de la stérilité de l’âme ; à la terre, qu’il faut laisser reposer, et à la bénédiction que Dieu donne aux champs légitimement acquis. Il parla longuement de la culture de la vigne et du retranchement des branches gourmandes, auxquelles il compara nos penchants fougueux, qu’il faut retrancher parce qu’ils ne donnent que du bois, des feuilles et non du raisin : c’est-à-dire des enfants pervers, inutiles, qui, bien loin d’apporter aucune bénédiction, sont semblables aux mauvaises herbes, et étouffent le bon grain Combien notre époque aurait besoin de ces saints enseignements ! Quelle vérité plus oubliée, plus obscurcie aujourd'hui que la sainteté du mariage ! Où sont les chrétiens qui révèrent dans cette institution un grand sacrement, image de l'union spirituelle de Jésus-Christ avec son Eglise, dont il sert à préparer et perpétuer la fécondité ; qui respectent ce but sublime d'un état saint ; qui comprennent l'influence de la modération et de la retenue sur tout l'avenir des familles et des races, et s'en font une obligation sacrée, un rigoureux devoir ! Que d'hommes sont nés pour le malheur des temps et des races, de l'oubli coupable de ces saintes vérités ! . Il entretint aussi ses auditeurs des ceps d’une qualité supérieure, ou des familles pieuses et des vignes améliorées, c’est-à-dire des races converties et régénérées.
Il parla de la sainteté de leur père Abraham, et de l’alliance conclue par la circoncision, disant que ses descendants étaient tous dégénérés par suite de leur désobéissance et de leurs liaisons fréquentes avec les païens. Enfin il raconta la parabole du maître de la vigne qui envoie son fils, et dit ce qui devait arriver à ce dernier.
Ses auditeurs étaient très émus, et plusieurs versaient des larmes ; la plupart ne le comprenaient pas, mais ils se sentaient portés au bien. Jésus enseigna sur ce sujet, parce qu’ils ignoraient complètement ces mystères, et qu’ils vivaient sans retenue dans le mariage. Comme pendant le temps pascal ils se tenaient généralement séparés de leurs femmes, et que cette séparation allait cesser, il les exhorta à vivre saintement et honnêtement, et il dit que l’union charnelle du mariage était pour des époux pieux un souvenir de la chute et de la dégradation de l’homme, et que le mariage devait être pour eux une œuvre de pénitence.
Il leur dit combien est efficace la bonne volonté dans la prière, et il les entretint du renoncement et de la coopération à la grâce. Il dit à ses auditeurs que, quand ils faisaient l’aumône ou qu’ils s’imposaient des privations dans le boire et le manger, ils devaient déposer ces sacrifices dans les mains de Dieu, en le priant de daigner en faire profiter les pauvres bergers du désert ou d’autres nécessiteux, et que le Père céleste, comme un économe fidèle, exaucerait leur prière, si eux-mêmes, en serviteurs fidèles, recherchaient charitablement les pauvres pour les secourir de leur surabondance. C’était ainsi, ajouta-t-il, qu’ils devaient être les zélés coopérateurs de Dieu, qui travaille avec ceux qui ont foi en lui. A cette occasion, il fit une comparaison empruntée au palmier mâle, qui communique sans le toucher au palmier femelle, et seulement par le désir et l’amour, la vertu de la fécondité.
Vers le soir, Jésus et les disciples passèrent le Jourdain et se rendirent à Bethsaïde-Juliade et à Capharnaüm. Arrivés dans cette dernière ville, Jésus et ses disciples prirent un repas chez un pharisien dont la maison était située près de la porte, non loin de celle du centurion Cornélius.
Le pharisien n’avait invité que ses parents et d’autres pharisiens ses amis. Jésus, en voyant que ces derniers choisissaient les premières places à table, dit aux conviés : « Quand vous êtes invités à un festin, vous ne devez pas vous mettre à la première place, de peur qu’un personnage considérable n’ait été invité, et que le maître de la maison ne vous oblige, à votre grande confusion, à céder votre siège au nouveau venu. Mais vous devez vous mettre à la dernière place, afin que le maître vous dise : “Mon ami, montez plus haut !” ce qui sera pour vous une gloire. Car quiconque s’exalte sera humilié, et quiconque s’humilie sera exalté. » Il dit aussi à son hôte : « Celui qui invite ses parents, ses amis, ses voisins riches, lesquels l’inviteront à leur tour, a reçu sa récompense ; mais celui qui invite des pauvres, des estropiés, des boiteux et des aveugles, lesquels n’ont rien à lui rendre, sera heureux, car ce qu’il a donné lui sera rendu, à la résurrection des justes. » Ce qu’ayant entendu un des conviés lui dit : « Heureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu ! » Alors Jésus se tourna vers lui, et raconta la parabole du grand souper. (Luc, xiv, 16-24).
Jésus avait chargé ses disciples de réunir un grand nombre de pauvres à la porte de la maison de son hôte, puis il demanda aux pharisiens si c’était pour lui qu’ils avaient fait préparer le festin. Sur leur réponse affirmative, il les remercia, et, quand tous les convives furent rassasiés, il fit distribuer tous les restes aux pau-Ensuite il traversa la propriété du centurion Zorobabel, et se rendit dans une belle campagne entre Tibériade et Magdalum. Une foule de personnes l’ayant suivi, il leur dit que celui qui voulait venir à lui et être son disciple devait l’aimer plus que ses parents les plus proches, et même plus que sa propre âme, et porter sa croix après lui ; que celui qui voulait bâtir une tour devait auparavant calculer les dépenses ; qu’autrement il ne pourrait l’achever, et qu’on se moquerait de lui ; que celui qui voulait faire la guerre devait auparavant comparer son armée avec celle de l’ennemi, et, si elle était plus faible, demander la paix ; enfin que celui qui voulait être son disciple devait renoncer à tout ce qu’il possédait.