CHAPITRE VII

Guérison d’un jeune possédé.

Le Seigneur n’était pas encore arrivé au pied de la montagne, que le peuple se pressait déjà en foule au-devant de lui, amenant beaucoup de malades, qu’il consola et guérit. Une crainte respectueuse s’empara de tous ceux qui vinrent à sa rencontre, car il y avait dans sa personne quelque chose d’extraordinaire, de surhumain et de lumineux. A quelque distance de ce premier rassemblement, Jésus aperçut un grand nombre de personnes, parmi lesquelles se trouvaient plusieurs scribes, et aussi les disciples qu’il avait envoyés la veille aux environs de la montagne. Ces personnes revenaient de la Pâque ; elles avaient rencontré les disciples, dans le lieu où ils avaient passé la nuit, et elles les avaient accompagnés jusque-là, pour y attendre Jésus. A la vue du Sauveur, tous coururent au-devant de lui et le saluèrent ; ils furent saisis d’étonnement en le considérant, car le reflet de sa transfiguration était encore visiblement empreint sur sa physionomie. Les disciples furent aussi frappés de l’air timide et pensif des trois apôtres qui suivaient le Seigneur ; ils se doutèrent bien que quelque chose d’extraordinaire avait eu lieu.

Cependant Jésus leur demanda quel était le sujet de leur discussion ; car, au moment où ils l’avaient rejoint, ils étaient en pourparler. Alors un homme d’Amthar (ville située dans les montagnes de Galilée, et où s’était passée l’histoire du pauvre Lazare et du mauvais riche) s’approcha de Jésus, se jetant à ses pieds, et le suppliant d’avoir pitié de son fils unique, âgé de neuf à dix ans : il était lunatique, et avait en lui un esprit muet qui le jetait souvent dans le feu ou dans l’eau, et le déchirait de telle sorte, que le pauvre enfant souffrait cruellement et poussait des cris affreux. Il ajouta qu’il l’avait déjà présenté à ses disciples, lorsqu’ils avaient visité Amthar ; mais qu’ils n’avaient pu le guérir, et que c’était à ce sujet qu’ils discutaient au moment où ils l’avaient rejoint. A ce récit Jésus s’écria : « O race incrédule et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous ? jusqu’à quand vous supporterai-je ? Amenez-moi votre fils », dit-il ensuite au père. Ce dernier rentra dans la foule, et alla chercher son enfant, qu’il avait porté, pendant tout le voyage, sur son dos, comme on porte une brebis. Dès que l’enfant eut vu Jésus, il fut tourmenté par l’esprit ; il fit des contorsions effroyables et tomba violemment par terre, la bouche ruisselante d’écume ; mais, sur un mot lui ordonnant de se tenir tranquille, il obéit et se calma. Alors Jésus demanda au père depuis combien de temps ces crises lui arrivaient. « Depuis son enfance », reprit le père ; puis il s’écria : « Oh ! si vous le pouvez, ayez pitié de nous et secourez-nous ! » Jésus lui répondit : « Oui, si tu crois ! tout est possible à celui qui croit. — Je crois, Seigneur !

repartit le père en versant des larmes ; aidez mon incrédulité ».

A ces paroles prononcées à haute voix, la foule, que la crainte avait jusque-là tenue à l’écart, se rapprocha. Jésus leva la main sur l’enfant et menaça l’esprit impur, lui disant : « Esprit muet et immonde, je te le commande, sors de cet enfant et n’y rentre plus ». Un grand cri sortit de la bouche de l’enfant ; celui-ci ressentit un terrible déchirement, et l’esprit sortit. L’enfant était très pâle ; il resta étendu sans mouvement comme un mort. Tandis qu’on cherchait vainement à le faire revenir à lui, beaucoup de gens s’écrièrent : « Il est mort, il est vraiment mort ! » Mais Jésus, le prenant par la main, le releva parfaitement guéri et le rendit à son père, à qui il donna des conseils. Le père lui rendit grâces, en versant des larmes et en chantant des cantiques de louanges ; tous les assistants glorifièrent la grandeur de Dieu.

Jésus ne resta en cet endroit que jusqu’à neuf heures du matin. Il n’entra ni dans la ville ni nulle part ailleurs ; après avoir guéri encore quelques malades, il se mit en route avec les disciples. Ils passèrent devant Cana et parcoururent la vallée des bains de Béthulie jusqu’à la petite ville de Dothaïm, située à trois lieues de Capharnaüm, et près de laquelle avait eu lieu la conversion de Marie-Madeleine. Ils suivirent par groupes séparés les chemins de traverse, pour éviter la foule qui sur les grandes routes revenait de Jérusalem ; Jésus allait d’un groupe à l’autre.

Pendant ce voyage, les apôtres qui avaient été témoins de la transfiguration s’approchèrent de Jésus et lui demandèrent la signification de ces paroles qu’il avait prononcées la nuit précédente : « Jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts ». Elles les avaient occupés constamment, et ils n’avaient cessé de s’en entretenir. Puis ils ajoutèrent : « Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’il faut qu’Elie vienne auparavant ? » Jésus leur dit : « Elie, en effet, doit venir, et rétablira toutes choses. Mais je vous le dis : Elie est déjà venu, et ils ne l’ont point connu, et ils ont fait de lui tout ce qu’ils ont voulu. C’est ainsi que le Fils de l’homme lui-même doit être traité par eux ». Il ajouta encore d’autres choses, d’où les disciples conclurent qu’il voulait leur parler de Jean-Baptiste.

Ils lui demandèrent ensuite pourquoi ils n’avaient pu chasser le démon du corps de l’enfant lunatique. Jésus leur répondit : « A cause de votre incrédulité. En vérité je vous le dis, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Retire-toi, et elle se retirerait, et rien ne vous serait impossible. Mais ce genre de démons ne se chasse que par la prière et le jeûne ». Il les instruisit encore sur ce qu’ils avaient à faire pour vaincre la résistance du démon ; il leur dit que la foi donnait force et vie à nos actions, mais que la foi elle-même était fortifiée par la prière et le jeûne ; ces bonnes œuvres, en effet, ôtent tout pouvoir sur nous-mêmes à cet ennemi qu’on veut chasser d’autrui. Il parla longuement des différentes manières de guérir les diverses espèces de possessions.