CHAPITRE IV

Guérison d’une femme contrefaite à Atharoth.

Après avoir quitté Jérusalem, Jésus se rendit près d’Atharoth, et enseigna sur une hauteur en deçà de la ville, où beaucoup de vieillards, de malades, de femmes et d’enfants vinrent le trouver pour implorer son secours et ses consolations. Ils n’avaient pas osé se rendre à Atharoth même, à cause de l’irritation des pharisiens et des saducéens, qui récemment avaient fait fermer les portes de la ville, sachant Jésus dans le voisinage. Il les instruisit avec force, mais avec une grande charité. Il leur dit de se défier de la malice des pharisiens. Il leur parla clairement de sa mission, de son Père céleste, des persécutions qui allaient commencer, de la résurrection des morts, du jugement et de l’obligation de le suivre. Il guérit des malades de toutes sortes : paralytiques, aveugles, hydropiques, des enfants même, et des femmes sujettes à des pertes de sang.

Les disciples lui avaient préparé un logement hors de la ville, chez un maître d’école, vieillard pieux, qui demeurait dans une maison entourée de jardins. Ils s’y rendirent avec lui ; puis, après s’être lavé les pieds et avoir pris un léger repas, ils entrèrent dans Atharoth pour célébrer le sabbat dans la synagogue. Beaucoup de gens venus des environs, ainsi que tous les malades guéris par le Sauveur, s’y étaient rassemblés. Le chef de la synagogue était un vieux coquin de pharisien contrefait, et se donnant des airs d’importance vraiment ridicules. La lecture de ce jour parlait de l’impureté légale des femmes en couche, de la lèpre, de la multiplication du pain et du froment par Élisée, et de la guérison de Naaman.

Après avoir enseigné quelque temps, Jésus se tourna du côté où se tenaient les femmes, et appela une veuve toute courbée, que ses enfants avaient amenée à sa place ordinaire. Elle était infirme depuis dix-huit ans, et ne songeait pas à demander sa guérison. On l’eût crue pliée en deux, car ses mains touchaient la terre. Ses filles l’amenèrent devant Jésus, qui lui imposa la main sur le dos et dit : « Femme, sois délivrée de ton infirmité ». À ces mots, elle se redressa de toute sa hauteur, et glorifia Dieu en s’écriant : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël ! » Puis elle se prosterna devant Jésus, et tous les assistants glorifièrent le Seigneur.

Le vieux méchant pharisien s’indigna de voir s’opérer un tel miracle le jour du sabbat, et pendant qu’il gouvernait en quelque sorte Atharoth ; comme il n’osait pourtant s’adresser directement à Jésus, il se tourna d’un air d’autorité vers le peuple, et dit avec aigreur : « Il y a six jours pendant lesquels on doit travailler ; venez donc ces jours-là vous faire guérir, et non pas le jour du sabbat ». Le Seigneur lui répondit : « Hypocrite, chacun de vous ne délie-t-il pas son bœuf ou son âne le jour du sabbat pour le mener boire ? N’était-il pas juste que cette fille d’Abraham fût délivrée le jour du sabbat des liens que Satan lui avait imposés depuis dix-huit ans ? » Alors le pharisien courbé fut couvert de confusion, et tous les assistants glorifièrent Dieu et se réjouirent du miracle.

C’était un touchant spectacle que de voir les filles de la femme guérie et quelques jeunes garçons de sa famille l’entourer, et manifester leur joie, qui était partagée par tout le monde ; car elle était riche, aimée et considérée dans la ville entière. Chacun était révolté et trouvait odieux que ce pharisien s’irritât de la guérison d’une pieuse femme, au lieu d’implorer du secours pour lui-même. Jésus continua à enseigner sur la sanctification du sabbat, avec la même sévérité qu’il avait montrée au Temple, lorsqu’on lui avait reproché la guérison du malade de la piscine de Béthesda.