CHAPITRE II

Jésus célèbre à Béthanie la deuxième fête de Pâque.

Les quatre jeunes agneaux qui devaient être mangés chez Lazare à Béthanie pour la célébration de la Pâque, et qu’on avait chaque jour lavés dans une fontaine et ornés de guirlandes fraîches, furent enfin conduits à Jérusalem. Chacun d’eux portait suspendue au cou une étiquette, avec le nom et la marque du père de famille. On les lava de nouveau ; puis on les parqua sur une belle pelouse voisine du Temple.

Les agneaux de Pâque ne furent cette fois immolés au Temple qu’à partir de trois heures de l’après-midi, tandis que le jour du crucifiement du Seigneur l’immolation eut lieu dès midi et demi, au moment même où il était attaché à la croix : la Pâque tombant alors un vendredi ; il fallut se hâter pour que tout fût fini avant le sabbat. Quand tout fut préparé, la trompette se fit entendre, et le peuple entra dans le Temple par groupes séparés. Tout se passa avec un ordre et avec une rapidité remarquables. Bien que la presse fût grande, il n’y eut pas de confusion ; chacun vint à son tour immoler son agneau, puis se retira paisiblement.

Les quatre agneaux destinés à la maison de Lazare furent immolés par les quatre personnes qui représentaient les pères de famille. C’étaient Lazare, Héli d’Hébron, Jude Barsabas et Eliachim, fils de Marie d’Héli et frère de Marie de Cléophas. Les agneaux furent étendus sur une broche en bois à laquelle était ajustée une traverse, de façon qu’ils semblaient être en croix ; puis on les mit ainsi au four, après avoir replacé dans le corps de chacun les intestins, le cœur et le foie. On pouvait manger la Pâque à Béthanie et à Bethphagé, parce qu’elles étaient considérées comme des dépendances de Jérusalem.

Le soir, 15 du mois de nisan, les Juifs réunis chez Lazare mangèrent l’agneau pascal. Tous avaient leurs robes relevées, les reins ceints, des sandales neuves et un bâton à la main. Ils chantèrent d’abord les cantiques : « Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, » et : « Louez le Seigneur. » Ils s’avancèrent ensuite deux à deux, les mains levées vers le ciel. Héli d’Hébron, cousin du Sauveur, présidait comme représentant le chef de famille la table où se trouvait Jésus et ses apôtres. Lazare présidait celle de ses amis ; Eliachim présidait la troisième table, où les disciples se trouvaient placés ; enfin Judas Barsabas présidait la quatrième. Trente-six disciples mangèrent la Pâque chez Lazare.

Après la prière, on apporta à chacun des présidents une coupe de vin ; ils la bénirent, y burent, et la firent passer à chaque convive ; puis, s’étant lavé les mains, ils découpèrent l’agneau pascal et le distribuèrent. Les convives le mangèrent très précipitamment ; ils y joignirent de l’herbe verte qu’ils trempaient dans une sauce. Le représentant de la famille rompit ensuite un des gâteaux de Pâque ; il en mit un morceau sous la nappe. Tout cela se fit avec une grande rapidité ; les convives étaient accoudés sur leurs sièges et prononçaient, de temps à autre, des prières et des passages de l’Écriture. Finalement les présidents des tables firent de nouveau passer une coupe à la ronde, se lavèrent encore les mains, mirent une poignée d’herbes amères sur une tranche de pain, la trempèrent dans la sauce et la mangèrent ; ce qui fut imité par tous les convives.

L’agneau pascal fut mangé en entier ; les os furent complètement dépouillés avec des couteaux en os, puis lavés et brûlés. Après qu’on eût chanté de nouveaux cantiques, chacun se remit à table. Un repas en règle fut servi. Les convives témoignaient une grande gaieté.

Jésus ne cessa d’enseigner ; il leur raconta des paraboles ; il fit une très belle instruction sur la vigne, sur l’amélioration des ceps, sur l’extirpation des mauvais plants, sur la culture des bons, sur la taille des sarments. Il dit aux apôtres et aux disciples qu’ils étaient les sarments, et que le Fils de l’homme était la vigne, qu’ils devaient demeurer en lui, et que, quand il aurait été mis sous le pressoir, ils ne devaient pas cesser de propager la vigne véritable qui était lui-même, et de la planter dans tous les vignobles. Jésus et les siens restèrent réunis jusqu’à une heure avancée de la nuit : tous étaient remplis de joie et émus jusqu’au fond de l’âme.