TROISIÈME PARTIE

VIE PUBLIQUE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

TROISIÈME ANNÉE

CHAPITRE PREMIER

Jésus enseigne au Temple de Jérusalem.

Jésus passa tout le jour du sabbat à Béthanie dans la maison de Lazare, où il enseigna : il fit quelques promenades dans les jardins avec ses disciples. Je le vis plus grave qu’auparavant, parlant souvent de ses souffrances futures, et disant plus clairement qu’il était le Christ. Le respect et la vénération qu’il inspirait augmentaient de jour en jour.

Chez Madeleine, le repentir et l’amour étaient à leur comble. Elle suivait partout le Seigneur, s’asseyait à ses pieds, n’espérait qu’en lui, ne pensait qu’à lui, son Rédempteur, et à ses propres péchés. Elle était très changée : toute sa personne était encore pleine de distinction et de noblesse, mais sa beauté était altérée par les mortifications et les larmes. Elle se tenait presque toujours seule dans sa cellule de pénitence, ou bien elle rendait aux pauvres et aux malades les plus humbles services.

Dès le matin du jour suivant, Jésus alla au Temple avec tous ses disciples. Sa présence à Jérusalem était connue, et un grand nombre de malades l’attendaient dans le vestibule. Comme il gravissait la montagne, un hydropique lui ayant été apporté, il le guérit. Il guérit aussi plusieurs goutteux et autres malades à l’entrée du Temple ; bientôt une foule de personnes s’attachèrent à ses pas.

Lorsqu’il y pénétra, on était occupé à tout disposer pour l’immolation du lendemain ; il passa à côté de l’homme qu’il avait guéri à la piscine de Béthesda, et qui maintenant travaillait comme journalier. Jésus se tourna vers lui et lui dit : « Voilà que tu es guéri, ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire ». On avait souvent demandé à cet homme qui l’avait guéri le jour du sabbat ; mais il n’avait pu répondre jusqu’à ce moment, ne connaissant pas Jésus. Il s’empressa donc de dire aux pharisiens qui entrèrent bientôt au Temple, que c’était ce même Jésus qui venait d’opérer des guérisons qui l’avait délivré de son infirmité. Comme ce miracle avait fait grand bruit et que les pharisiens avaient déclamé vivement contre la violation du sabbat, ils y virent un nouveau grief contre le Sauveur. Ils se rassemblèrent autour de sa chaire, et l’accusèrent de nouveau d’avoir profané le sabbat. Néanmoins, bien qu’ils fissent grand bruit, ce ne fut pas ce jour-là que leur haine éclata tout entière.

Jésus enseigna dans le Temple devant une foule nombreuse ; il prêcha pendant deux heures sur le sacrifice. Il dit que son Père céleste ne demandait pas d’eux des holocaustes sanglants, mais un cœur contrit. Il dit que l’Agneau pascal était le type d’un sacrifice suprême qui devait s’accomplir prochainement. Plusieurs de ses ennemis les plus acharnés parmi les pharisiens vinrent l’insulter ; ils lui demandèrent d’un ton railleur si le prophète leur ferait l’honneur de manger la pâque avec eux. Jésus leur répondit entre autres choses : « Le Fils de l’homme est lui-même une hostie pour vos péchés. »

Le jeune homme qui avait dit au Seigneur qu’il voulait aller ensevelir son père et auquel Jésus avait répondu : « Laissez les morts ensevelir leurs morts », se trouvait alors à Jérusalem. Il rapporta la réponse du Sauveur aux pharisiens : ceux-ci la blâmèrent hautement, et lui demandèrent ce qu’il avait voulu dire par là, et comment un mort pouvait ensevelir un autre mort. Jésus leur répondit que quiconque ne suivait pas sa doctrine, ne croyait pas à sa mission et ne faisait pas pénitence, n’avait pas la vie en lui ; il était mort : or celui qui tenait plus à ses biens terrestres qu’à son salut ne suivait pas sa doctrine, ne croyait point en lui, et n’avait par conséquent pas en lui-même la vie, mais la mort. Telles étaient les dispositions de ce jeune homme ; il avait formé le projet de retourner auprès de son vieux père pour l’engager à lui céder son bien, moyennant une pension qu’il lui ferait. Il était donc resté attaché à un héritage périssable, et par conséquent il ne pouvait être héritier du royaume de Jésus et de la vie : c’était pour cela qu’il lui avait dit : « Laissez les morts ensevelir les morts, cherchez la vie ». Jésus reprit son instruction, reprocha vivement aux pharisiens leur avidité ; puis il engagea ses disciples à se garder de leur levain, et enfin il raconta la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare. Alors, la colère des pharisiens ne connut plus de bornes, ils excitèrent un grand tumulte ; et si Jésus ne se fût dérobé à leurs regards, ils se seraient emparés de sa personne.