CHAPITRE XCIII
Jésus guérit à Laïs la fille possédée de la Chananéenne. — Réception que lui fait cette femme à Ornithopolis.
Jésus et ses disciples arrivèrent sur le soir à Dan ou Laïs, appelée aussi Leschem. Cette ville est située au pied d’une haute montagne. On y a fait passer les eaux d’une rivière qui coulait dans le voisinage. Je remarquai que les maisons de Dan étaient disséminées et séparées par des collines, des terrasses et des murs d’espalier. Cette ville présente l’aspect d’un assemblage de maisons de campagne avec leurs dépendances, et des jardins contigus les uns aux autres. Tout le monde s’occupe ici de jardinage. On y cultive des fruits et des plantes de toute espèce, tels que le calamus, la myrrhe, le baume, le citronnier, et toutes sortes d’herbes aromatiques. Les habitants en font le commerce avec Tyr et Sidon. Ils en remplissent des paniers de jonc ou d’écorce, qu’ils portent sur le dos ou dont ils chargent des chameaux ou des ânes. La manière dont la ville est disposée fait que les Juifs sont ici mêlés plus qu’ailleurs avec les païens. Le pays, malgré sa beauté et sa fertilité, doit être malsain : l’atmosphère y est souvent chargée de brouillards qui descendent des montagnes ; les malades y sont nombreux.
Jésus, suivi des siens, au nombre de trente environ, entra dans une hôtellerie située au centre de la ville, et il y enseigna. Elle avait été disposée pour son usage par les apôtres qui étaient venus ici lors de leur dernière mission.
Je le vis ensuite entrer dans plusieurs maisons : il y guérit des hydropiques, des hypocondres, des possédés, des lépreux et surtout beaucoup d’aveugles et de gens qui avaient des tumeurs au visage ou en d’autres parties du corps. Les jardiniers et les journaliers étaient particulièrement exposés à ces diverses maladies. Il y avait dans le pays un grand nombre de moucherons qui, en piquant les ouvriers aux yeux, les rendaient promptement aveugles. Jésus leur montra une plante dont les feuilles étaient douces au toucher : elle ne croît pas dans notre pays ; il leur ordonna de se frotter les yeux avec le suc de cette plante, et les assura qu’alors les moucherons ne piqueraient pas. Des tumeurs qui se gangrenaient et amenaient la mort étaient aussi causées par de petits insectes d’un noir grisâtre, que le vent faisait tomber des arbres comme la nielle des blés. Ils fourmillaient et pullulaient, au point que l’air en était obscurci comme par un épais nuage. Ces insectes s’insinuaient dans la peau, et causaient ensuite une forte enflure. Jésus désigna aux habitants un autre insecte qu’il suffisait d’appliquer sur la tumeur pour la réduire aussitôt.
Pendant que Jésus opérait toutes ces guérisons, une foule de personnes se rassemblaient devant chaque maison, et, quand il était passé, l’accompagnaient. De ce nombre et dès le commencement, se trouvait une femme âgée, toute courbée d’un côté. C’était une païenne d’Ornithopolis, ville située près de Sarepta sur la mer ; elle se tenait humblement à une certaine distance et implorait souvent son secours. Le Sauveur ne parut pas la remarquer, et même s’éloigna d’elle, car à ce moment il ne guérissait que les malades juifs. Elle avait avec elle un serviteur portant son bagage. On la reconnaissait pour une étrangère à sa mise, à sa robe d’étoffe rayée avec des rubans aux bras et au cou, à son bonnet pointu autour duquel était roulée une étoffe de couleur ; un voile complétait cette coiffure. Sa fille était possédée d’un esprit impur, et depuis longtemps elle avait mis sa confiance en Jésus. Elle l’attendait déjà à Dan, lorsque tout récemment les apôtres y étaient venus. Plusieurs fois les apôtres parlèrent d’elle au Sauveur ; mais il leur dit qu’il n’était pas encore temps, et qu’il ne voulait pas donner de scandale en guérissant les païens avant les Juifs.
Vers trois heures de l’après-midi, le Seigneur se rendit avec Pierre, Jacques et Jean, chez un des anciens de la communauté juive. C’était un homme riche et bien intentionné, mais tout à fait impotent. Il était lié d’amitié avec Lazare et avec Nicodème, et secrètement dévoué à Jésus et à ses partisans. Il fournissait des sommes considérables pour les aumônes que le Seigneur faisait distribuer, et pour les hôtelleries établies par les saintes femmes. Sa famille se composait de deux fils et de trois filles d’un âge mûr ; aucun d’eux n’était marié ; c’étaient des Nazaréens liés par une espèce de vœu ; ils portaient les cheveux longs et séparés en deux par une raie ; les fils laissaient croître leur barbe. Tous étaient habillés de blanc. Le vieux père, dont la longue barbe était toute blanche et qui ne pouvait plus marcher seul, fut amené au Seigneur par ses enfants, qui le soutenaient sous les bras. Il lui exprima sa profonde vénération, et versa des larmes de joie. Les fils lavèrent les pieds à Jésus ainsi qu’aux apôtres, et leur offrirent des fruits et des petits pains. Jésus se montra très bienveillant et très affectueux envers ces gens ; il parla de son prochain voyage, et dit qu’il se rendrait à Jérusalem pour la fête de Pâques, mais non pas publiquement. Il ne demeura pas longtemps dans cette maison, car le peuple, ayant appris qu’il était là, s’était rassemblé dans l’avant-cour et dans le voisinage.
Il était un peu plus de trois heures quand Jésus traversa l’avant-cour et les jardins de la maison, où il y avait une foule de malades. Il guérit et enseigna pendant plusieurs heures, au milieu des jardins, entourés de terrasses en maçonnerie. Depuis longtemps la femme païenne l’attendait à une distance respectueuse. Mais Jésus n’allait pas du côté où elle se trouvait, et elle n’osait s’approcher. Cependant elle cria à plusieurs reprises, comme elle l’avait déjà fait précédemment : « Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon. » Et les disciples prièrent de nouveau Jésus de la secourir. Mais le Sauveur répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Cependant elle vint et l’adora, disant : « Seigneur ! secourez-moi. » Jésus lui répondit : « Laissez d’abord rassasier les enfants ; car il n’est pas bien de prendre le pain des fils et de le jeter aux chiens. » Elle repartit : « Il est vrai, Seigneur ; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » A ces mots, le Seigneur lui dit : « O femme, grande est votre foi ; à cause de cette parole, que votre fille soit guérie ! »
Jésus lui demanda ensuite si elle ne voulait pas être guérie elle-même, car elle était toute courbée d’un côté : elle ne s’en jugeait pas digne, la guérison de sa fille lui suffisait. Cependant Jésus lui mit une main sur la tête, l’autre sur le côté, et lui dit : « Redressez-vous ! qu’il vous soit fait comme vous le désirez ; le démon est sorti de votre fille. » Alors elle se redressa de toute sa hauteur : elle était d’une taille grande et svelte. Elle demeura quelques instants silencieuse ; puis, levant les mains au ciel, elle s’écria : « Seigneur, je vois ma fille couchée dans son lit, guérie et heureuse. » La pauvre femme, transportée de joie, était hors d’elle-même. Jésus se retira avec ses disciples.
Le jour suivant, je le vis opérer des guérisons sous un portique où se tenait ordinairement le marché. La femme qu’il avait guérie la veille était présente à quelque distance, avec une suite nombreuse. Beaucoup de personnes étaient venues avec elle d’Ornithopolis, entre autres un de ses parents, homme âgé, paralysé du bras droit, et de plus sourd-muet. Elle implora pour lui le secours du Seigneur, et le pria de venir dans son pays, afin qu’elle pût lui témoigner sa gratitude.
Jésus prit l’homme à l’écart, posa la main sur son bras paralysé, fit une prière, et rendit à ce bras le mouvement ; ensuite il oignit de salive l’intérieur des oreilles, et dit : « Porte à ta langue ta main guérie ». Le malade l’ouït parfaitement et obéit ; puis Jésus, levant les yeux au ciel, pria de nouveau : l’homme aussitôt parla distinctement et lui rendit grâces ; et, comme Jésus était retourné avec lui vers le peuple, qui affluait, il se mit à discourir d’une manière mystérieuse et prophétique. Prosterné devant Jésus en signe de gratitude, et se tournant vers l’auditoire, il proféra des menaces contre Israël, cita tous les miracles que Jésus avait faits en divers lieux, reprocha aux Juifs leur endurcissement, disant : « La nourriture que vous dédaignez, vous enfants de la maison, nous autres qui étions rejetés nous la recueillons, nous en ferons avec reconnaissance notre aliment, et nous ajouterons aux miettes que nous ramassons tout ce que vous laissez perdre du pain céleste. » Il parla avec tant d’enthousiasme et dit des choses si merveilleuses, qu’il y eut une grande émotion parmi le peuple.
Jésus quitta la ville, non sans difficultés, et rejoignit les apôtres et les disciples sur la montagne, à l’ouest de Leschem. Ils montèrent péniblement jusqu’à une crête isolée et presque inaccessible où il y avait une caverne spacieuse, propre à l’intérieur et garnie de bancs taillés dans le roc.
Là Jésus instruisit de nouveau les apôtres et les disciples sur les différentes manières de procéder pour opérer des guérisons ; car ils lui avaient demandé pourquoi il avait mené le muet à l’écart, et pourquoi il lui avait fait mettre sa main dans sa bouche. Après leur avoir donné les explications qu’ils désiraient, il enseigna sur la prière, et loua la femme païenne d’avoir toujours prié pour connaître la vérité, et sans se préoccuper de demander des biens temporels. Plusieurs fois durant la nuit, ils se relevèrent pour prier.
De cette grotte où Jésus était venu se reposer avec ses disciples, on jouissait d’une vue ravissante sur la vallée : on apercevait des villes nombreuses, de petites rivières et le lac Mérom dans le lointain. Jésus donna aux apôtres et aux disciples toutes ses instructions pour leur mission prochaine. Parmi ces enseignements se trouvent quelques-uns des préceptes que rapportent les Evangiles relativement à la mission des apôtres, tels que ceux d’aller deux par deux, de ne rien emporter, attendu que chaque jour l’ouvrier reçoit son salaire, de répandre les instructions par eux reçues, de traiter tous en même temps le même sujet, de se réunir souvent pour se communiquer ce qui leur serait arrivé, d’inculquer aux disciples ce que, de concert avec eux, ceux-ci auraient prochainement à enseigner, de ne s’entretenir durant leurs voyages que de ce qui aurait rapport à leurs prédications, et de faire la prière en commun. Enfin le Sauveur annonça à ses apôtres et à ses disciples qu’il voulait se rendre secrètement à Jérusalem pour la Pâque, et qu’ils devaient l’y rejoindre. Cette fête inspirait quelques craintes aux disciples.
Jésus se dirigea ensuite vers Ornithopolis, ville située à environ trois quarts de lieue de la mer, pas très grande, mais ornée de beaux édifices. Elle se composait de deux rangées de maisons placées de chaque côté de la route ; à l’est, on apercevait sur une colline un beau temple païen.
Jésus fut accueilli en cette ville avec beaucoup d’affection. La Syrophénicienne, femme riche et distinguée, s’était mise en frais pour le recevoir dignement ; par humilité, elle avait chargé quelques pauvres familles juives qui demeuraient en cet endroit de tous les préparatifs Ce furent aussi les Juifs qui préparèrent la bonne réception de Jésus dans le monde du paganisme. Ces grâces merveilleuses accordées à des païens après celles faites aux Juifs, figuraient la conversion des gentils, qui allaient bientôt suivre l'annonce de la bonne nouvelle faite à la Judée. . La délivrance de la jeune fille, le redressement de la mère et particulièrement la guérison de leur parent sourd-muet étaient connus de toute la ville. Là aussi le sourd-muet, en racontant tout, avait parlé de Jésus d’une manière prophétique. La population entière se tenait devant les maisons, au passage du Sauveur, les païens à une distance respectueuse ; et ils présentaient au cortège des rameaux verts.
Les Juifs, au nombre de vingt environ, vinrent au-devant de Jésus, ainsi que le maître d’école avec tous les enfants. Il y avait, parmi ces Juifs, des vieillards qu’il fallait conduire. Les femmes et les jeunes filles étaient couvertes de longs voiles. On avait préparé pour Jésus et ses disciples, dans le voisinage de l’école, une maison que la Syrophénicienne avait fait orner de riches tapis, de vases et de lampes magnifiques. Les Juifs leur lavèrent très humblement les pieds ; on leur offrit ensuite des mets exquis ; on leur donna des vêtements et des chaussures, jusqu’à ce que les leurs fussent nettoyés. Jésus fit une instruction aux Juifs, et s’entretint avec les maîtres de l’école.
Plus tard, la Syrophénicienne offrit un grand festin sous un portique : on voyait à la vaisselle, aux mets, aux apprêts, à tout l’arrangement, qu’on était chez une païenne. Les tables étaient beaucoup plus hautes que celles dont se servaient les Juifs ; il en était de même des lits sur lesquels étaient étendus les convives. Les plats étaient ornés de figures singulières, représentant des animaux, des arbres, des montagnes et des pyramides. Beaucoup de mets avaient une forme toute différente de leur nature : ainsi des poissons qui simulaient des oiseaux, des viandes figurant des poissons, des agneaux composés de fruits et d’épices, de farine et de miel, des pâtisseries présentant la forme de fleurs, etc.
Pendant le repas, la Syrophénicienne vint, avec sa fille et son parent, remercier Jésus de leur guérison. Elle était suivie de plusieurs serviteurs qui portaient, sur des tapis, des présents renfermés dans de jolis coffres. La jeune fille se présenta couverte de son voile, se plaça derrière Jésus ; elle répandit sur sa tête un vase plein d’un parfum de grand prix ; puis elle se retira modestement auprès de sa mère. Les serviteurs remirent les présents aux disciples : c’étaient les dons de la jeune fille. Jésus remercia. La mère lui témoigna vivement qu’il était le bienvenu dans son pays, et lui dit qu’elle serait heureuse de pouvoir, malgré son indignité, lui donner des preuves de la bonne volonté qu’elle avait de réparer quelque peu les nombreux torts dont s’étaient rendus coupables envers lui les gens de sa nation. Elle s’exprima en peu de mots, avec beaucoup d’humilité, et en se tenant toujours à une distance respectueuse du Sauveur. J’ai oublié la réponse de Jésus ; mais je vis qu’il fit aussitôt distribuer aux pauvres, sous ses yeux, une grande partie de l’argent qui se trouvait parmi les présents, et aussi quantité de mets qui avaient été servis. La Syrophénicienne et sa fille s’étant retirées, Jésus fit une instruction aux convives et leur raconta des paraboles.
Cette femme, veuve et très riche, jouissait d’une grande considération dans sa ville. Les Juifs pauvres vivaient presque uniquement de ses aumônes. Très intelligente, très bienfaisante, d’un esprit éclairé bien que païenne, son âme était naturellement pieuse. La jeune fille avait environ vingt-quatre ans ; grande, belle et bien faite, beaucoup de prétendants la recherchaient à cause de sa richesse, quand elle fut possédée d’un esprit impur. Elle fut alors sujette à des convulsions horribles ; dans son délire elle s’élançait hors de son lit et cherchait à s’échapper. Il fallait, dans ces crises, la surveiller de très près et même l’attacher. Mais, aussitôt l’accès passé, elle redevenait bonne et vertueuse. Un si pénible état causait un chagrin mortel et une profonde humiliation à la mère comme à la fille ; on fut obligé de tenir celle-ci toujours cachée pendant plusieurs années. Mais, lorsque la mère revint chez elle, sa fille accourue à sa rencontre, lui fit connaître à quelle heure elle avait été guérie : c’était précisément l’heure à laquelle le Sauveur avait parlé. Quelle joie pour la jeune fille, quand elle vit sa mère, qui l’avait quittée toute courbée, rentrer chez elle grande et svelte, et quand elle entendit son parent, le sourd-muet paralytique, la saluer d’une voix distincte et joyeuse ! Pleine de reconnaissance et de vénération pour Jésus, elle aida à faire tous les préparatifs pour le recevoir.
Le jour du sabbat, Jésus visita toutes les familles juives de la ville. Il distribua des aumônes et guérit plusieurs malades. Ces Juifs étaient très pauvres et très délaissés ; il les réunit dans la synagogue, les consola, et s’entretint avec eux de la manière la plus touchante ; car ils se regardaient comme le rebut de leur nation, et comme indignes de porter le nom d’enfants d’Israël. Il prépara plusieurs d’entre eux au baptême. Après le dîner, une vingtaine d’hommes furent baptisés dans un jardin où les Juifs prenaient des bains : parmi ceux-ci était le sourd-muet guéri par Jésus.
Vers midi, Jésus se rendit avec ses disciples chez la Syrophénicienne. Elle demeurait dans une belle maison entourée de cours et de jardins. Jésus fut reçu très solennellement ; tous les domestiques étaient en habits de fête ; des tapis étaient étendus partout sur son passage. A l’entrée d’une belle salle à colonnes donnant sur le jardin, la veuve et la jeune fille vinrent au-devant de lui, couvertes de longs voiles ; elles se prosternèrent à ses pieds et le remercièrent, ainsi que le sourd-muet. Dans la salle, on lui offrit, sur des bassins d’un grand prix, des rafraîchissements recherchés consistant en pâtisseries singulières et en fruits de toute espèce. Dans une partie séparée de la salle se tenaient beaucoup de jeunes filles païennes, soit amies de la fille de la maison, soit servantes. Jésus s’approcha d’elles et leur parla. La veuve le sollicita vivement d’aller visiter les pauvres gens de Sarepta et de plusieurs autres villes voisines. Elle s’exprimait avec grâce et esprit. Voici à peu près ce qu’elle dit : « Sarepta, où une pauvre veuve partagea ses vivres avec Elie, est elle-même une pauvre veuve menacée de mourir de faim ; ayez-en pitié, vous le plus grand des Prophètes ! et pardonnez à une pauvre veuve aussi à qui vous avez tout rendu, si elle ose intercéder auprès de vous en faveur de Sarepta ». Jésus promit de la satisfaire. Elle ajouta qu’elle voulait faire bâtir une synagogue, et le pria de lui en indiquer la place. J’ai oublié la réponse.
Avant le sabbat, Jésus enseigna encore plusieurs groupes de païens dans la cour de cette femme ; puis il célébra le sabbat dans l’école juive, qui avait été aussi magnifiquement ornée. Il fit une instruction extrêmement touchante, et tous ces braves gens versèrent d’abondantes larmes ; ils étaient heureux et consolés. Ils appartenaient à la tribu d’Aser. Je ne saurais dire pour quelle faute de leurs ancêtres ils avaient été obligés d’émigrer en ce pays. Mais ils en étaient tout honteux et se regardaient comme rejetés et perdus.
Jésus lut, dans les rouleaux sacrés, un passage d’Ezéchiel touchant l’autel du nouveau temple, et les chapitres de l’Exode où Moïse parle des vêtements sacerdotaux, de la consécration des prêtres et des sacrifices. (Ezech., XLIII, 10-27 ; Exod., ch. XXVII-XXX). De plus, pour consoler ces pauvres gens, il leur déclara que désormais serait aboli dans Israël le proverbe : « Nos pères ont mangé des raisins verts, et leurs enfants ont eu les dents agacées » ; et que quiconque accueillait la parole de Dieu, faisait pénitence et recevait le baptême, n’était plus chargé des fautes de ses pères. Ces assurances les remplirent de joie et de satisfaction.
Lorsque Jésus voulut prendre congé de la Syrophénicienne, elle, sa fille et leur parent lui offrirent encore des figurines d’or grandes comme la main. Il ne les quitta pas sans leur faire des exhortations, leur recommandant surtout les pauvres Juifs et le soin de leur propre salut. Quand il sortit de la maison, tous pleurèrent et s’inclinèrent humblement devant lui. La veuve était très avide de lumières et cherchait la vérité : elle résolut de ne plus aller au temple païen, de s’attacher aux enseignements de Jésus et d’embrasser le judaïsme ; et dès lors elle s’efforça d’amener ses gens à suivre son exemple.
Jésus enseigna encore, à plusieurs reprises, les disciples sur la conduite qu’ils devaient tenir, et sur les devoirs qu’ils avaient à remplir dans leur mission actuelle. Thomas, Thaddée, Jacques le Mineur et un grand nombre de disciples se dirigèrent au sud, vers la tribu d’Aser. Ils ne devaient rien prendre avec eux. Le Seigneur lui-même avec les autres apôtres, Saturnin, Jude Barsabas et un troisième, partit après le sabbat, et se rendit au nord vers Sarepta ; tous les Juifs et beaucoup de païens l’accompagnèrent pendant une partie du chemin.
Sarepta était située à deux lieues et demie d’Ornithopolis, et à trois lieues de la mer. Le Sauveur n’y entra pas, mais il s’arrêta à une rangée de maisons qui se trouvaient à une certaine distance de la ville, à l’endroit même où la veuve du temps d’Elie ramassait du bois, lorsque le prophète vint la trouver. Les Juifs de cette ville étaient encore plus misérables que ceux d’Ornithopolis, auxquels venait en aide la généreuse Syrophénicienne. Celle-ci avait d’avance fait préparer une hôtellerie pour le Seigneur et ses disciples, et lui avait envoyé des présents pour les pauvres. Les habitants, vivement émus et ravis de joie, vinrent au-devant de lui avec leurs femmes et leurs enfants, et lui lavèrent les pieds. Jésus les enseigna et les consola, puis il fit distribuer des secours d’argent et de vivres.