CHAPITRE LXXXVI

Jésus à Jérusalem. — Effet qu’il produit au Temple, et dans la ville, en particulier sur Pilate.

Cependant Jésus était à Jérusalem. On célébrait alors la fête d’Ennoroura, fête d’actions de grâces qui terminait l’année ecclésiastique. Il se rendit avec quelques disciples au Temple, où il ne se trouvait que peu de monde. Les lévites allaient et venaient, versaient de l’huile dans les lampes et mettaient tout en ordre pour le lendemain. Jésus les suivit dans des endroits réservés aux prêtres, et même dans le parvis du sanctuaire où était la grande chaire. Il parla aux lévites des choses les plus profondes, et ils l’écoutèrent d’abord un moment ; puis quelques-uns lui reprochèrent sa hardiesse à parcourir, à une heure indue, des endroits réservés aux prêtres ; ils l’appelèrent d’un ton méprisant, Galiléen, etc. Il leur répondit avec gravité qu’il avait le droit d’être dans la maison de son Père ; après quoi il se retira. Ces paroles excitèrent leurs railleries, et cependant sa présence leur inspirait un saisissement secret.

Une autre fois il monta dans la chaire et demanda les rouleaux des Écritures, disant qu’il voulait enseigner. On les lui donna sans difficulté ; il fit la lecture du sabbat et expliqua les versets de l’Écriture qui parlent du passage de la mer rouge et de Débora. Puis on chanta un cantique qui se rapportait à la fête ; il portait en tête cette indication : « A chanter le matin ou la veille au soir. » L’enseignement de Jésus étonna tous ses auditeurs. Personne n’osa le contredire. Cependant, à la fin du sabbat, quelques pharisiens s’approchèrent de lui et lui demandèrent où il avait étudié, qui lui avait donné le droit d’enseigner, et comment il osait prendre cette liberté. Jésus répondit avec tant de dignité et de gravité, qu’ils ne trouvèrent rien à répliquer. Alors il sortit du Temple, et se rendit à Béthanie avec ses amis et ses disciples.

Le séjour du Sauveur à Jérusalem fut peu remarqué cette fois, grâce à l’absence des plus violents d’entre ses ennemis. On ne sut qui il était que lorsque, du haut de la grande chaire, il termina l’instruction du sabbat. On commença dès lors à parler de divers côtés du Galiléen. A cette époque, l’écroulement de l’aqueduc, l’inimitié d’Hérode et de Pilate, et le voyage de ce dernier à Rome, occupaient tous les esprits. La mort de Jean elle-même passa presque inaperçue. Quelques personnes disaient : « Il paraît que Jésus de Nazareth est maintenant ici. » D’autres répondaient : « S’il n’a pas avec lui plusieurs milliers d’hommes, il ne pourra rien faire à Jérusalem. »

Pilate eut, avant son départ pour Rome, un entretien avec ses fonctionnaires. C’était au sujet de Jésus le Galiléen qui faisait de si grands prodiges : le bruit courait qu’il était dans le voisinage de Jérusalem. Pilate demanda : « A-t-il une suite nombreuse ? Ses gens sont-ils armés ? » Les fonctionnaires lui répondirent : « Non, il n’a avec lui qu’un petit nombre de disciples, gens paisibles et de peu de considération ; fréquemment même il est tout seul. Il prêche sur les montagnes et dans les synagogues ; il guérit les malades et fait des aumônes ; souvent plusieurs milliers d’hommes assistent à ses prédications. » — « Ne parle-t-il pas contre l’empereur ? » demanda Pilate. « Non, dirent-ils, il prêche la pénitence et la miséricorde. Il affirme expressément qu’il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Cependant on dit qu’il parle de son royaume, et qu’il annonce qu’il est proche. » Pilate s’arrêta à cette conclusion : « Tant qu’il se contente de faire ses miracles, sans traîner à sa suite des gens de guerre ou une foule de peuple armé, il n’y a pas à s’occuper de lui. A peine aura-t-il quitté une localité qu’on l’oubliera et le calomniera. J’apprends que les prêtres juifs l’injurient déjà. Il n’est donc pas à craindre ; mais, s’il rassemblait autour de lui des gens armés, j’y mettrais bon ordre. »

Quant à Hérode, il commença à se préoccuper de Jésus dès le retour de ce dernier en Galilée ; il chercha à le voir et il dit : « C’est Jean-Baptiste qui est ressuscité d’entre les morts. »

A une heure avancée de la nuit, les disciples revinrent de Juta, qu’ils avaient quitté à la fin du sabbat. Ils racontèrent à Jésus comment ils étaient allés chercher à Machérunte le corps de leur maître, et comment ils l’avaient inhumé à côté de son père Zacharie. Le Sauveur parla aux deux soldats qui les avaient accompagnés ; Lazare les cacha chez lui, et promit d’avoir soin d’eux. Jésus dit à ses disciples : « Venez à l’écart, en un lieu désert ; nous prendrons quelque repos et nous pleurerons, non sur la mort de Jean, mais de ce qu’il a fallu que les choses en vinssent là. » Je me demandai alors comment ils trouveraient moyen de se reposer ; car j’avais vu que les apôtres et les autres disciples s’étaient rendus ce même jour chez Marie, à Capharnaüm, qu’il s’y était rassemblé une immense foule de peuple de tous les endroits qu’ils avaient visités, et même de contrées plus éloignées encore, comme la Syrie, le pays de Basan, et que la montagne des Béatitudes, aux environs de Chorozaïn, était couverte de gens qui attendaient Jésus.