CHAPITRE LXXXI

Jésus console et guérit les pauvres ouvriers blessés par la chute de la tour de Siloé. — Visite à de pieux bergers.

Je vis Jésus gravir le mont des Oliviers, puis se diriger vers le sud et s’arrêter au pied de la montagne, dans un hameau habité par des ouvriers, des maçons et des esclaves : il les enseigna, les consola et en guérit plusieurs. C’était là que demeuraient la plupart des journaliers et des maçons qu’on employait aux constructions qui se faisaient autour de la montagne du Temple, ainsi qu’aux autres travaux publics. Ils déplorèrent devant lui le grand malheur arrivé quinze jours auparavant, à l’occasion de la chute de l’aqueduc, et ils le prièrent d’aller voir plusieurs personnes qui avaient eu la vie sauve, malgré de graves blessures. Quatre-vingt-treize hommes avaient péri, sans compter les dix-huit architectes. Jésus se rendit chez les blessés, les consola et les guérit. Il guérit ceux qui avaient des contusions à la tête en les oignant avec de l’huile et en pressant les plaies avec ses mains ; ceux qui avaient les mains écrasées, en rapprochant les os brisés, et en les frottant avec de l’huile. Il traita à peu près de la même manière ceux qui avaient des bras fracturés ; enfin il ferma les plaies de ceux qui avaient perdu des membres, etc.

J’entendis le Sauveur dire aux gens rassemblés autour de lui, qu’ils auraient encore à pleurer davantage, quand l’épée frapperait les Galiléens. Il les engagea à payer à l’empereur sans murmurer les impôts qui lui étaient dus, et il dit à quelques-uns que, s’ils ne pouvaient pas s’acquitter envers le prince, il leur en donnerait les moyens ; qu’il leur suffirait de s’adresser de sa part à Lazare ; qu’aussitôt il leur viendrait en aide : il leur parla de la manière la plus touchante. J’entendis ces gens se plaindre de ce qu’on ne pouvait plus trouver assistance à la piscine de Béthesda ; les pauvres malheureux devaient maintenant languir toujours ; car il y avait longtemps qu’on n’avait entendu dire qu’une guérison s’y fût opérée.

Je vis Jésus pleurer en passant sur le mont des Oliviers, et il dit alors aux lévites : « Si cette ville n’accueille pas le salut, le Temple sera détruit, comme les constructions qui viennent de s’écrouler, et une foule de peuple sera ensevelie sous ses ruines ». L’accident qui a eu lieu récemment doit, ajouta-t-il, leur servir d’avertissement ; il renferme pour eux une figure prophétique.

Vers midi, je vis Jésus avec son cortège à un quart de lieue de la porte de Jérusalem, par laquelle on allait à Bethléem ; il était dans la maison où Joseph et Marie s’arrêtèrent avec lui le quarantième jour après sa naissance, lorsqu’ils allèrent le présenter au Temple. C’est là aussi que le Sauveur avait logé dans sa douzième année, lorsqu’il avait quitté ses parents à Machmas, pour retourner au Temple. Cette petite hôtellerie était tenue par des gens simples et religieux, et était fréquentée habituellement par des Esséniens et par des personnes pieuses. Jésus ne retrouva plus les hôtes qui l’avaient reçu aux deux époques dont nous avons parlé, si ce n’est un vieillard, qui se souvenait fort bien de tout ce qui s’était passé alors. Les maîtres actuels étaient leurs enfants. Ces braves gens ne surent qui il était ; ils pensèrent, en le voyant, que ce pouvait être Jean-Baptiste, qui, disait-on, avait été mis en liberté.

Je fus témoin d’un spectacle bien touchant ; ils conduisirent le Sauveur dans un lieu retiré de leur maison ; ils lui montrèrent l’image d’un petit enfant emmaillotté, comme il l’était lui-même, quand Marie le porta au Temple, et couché dans une crèche semblable à la sienne ; devant la crèche brûlaient des lampes et des flambeaux. Ils lui dirent que Jésus de Nazareth, le grand prophète, né à Bethléem trente-trois ans auparavant, avait séjourné chez eux avec sa mère ; qu’on devait honorer ce qui venait de Dieu, et que c’était pour cela qu’ils fêtaient le jour de sa naissance pendant six semaines, de même qu’on fêtait l’anniversaire de la naissance d’Hérode, qui cependant n’était pas un prophète.

Par suite de leurs rapports avec sainte Anne, avec tous les amis intimes de la sainte famille, et avec les bergers qui séjournaient chez eux, lorsqu’ils se rendaient à Jérusalem, les hôtes de Jésus avaient conservé leur foi en lui, et leur vénération pour les saints parents. Aussi éprouvèrent-ils une joie inexprimable lorsqu’il se fit connaître. Ils lui montrèrent, et dans la maison et dans le jardin, tous les endroits que Marie, Joseph et Anne avaient sanctifiés par leur présence. Le Sauveur les instruisit et les consola. Il leur fit présent de quelques pièces de monnaie qu’il leur fit remettre par un de ses disciples, et ils lui donnèrent en échange du pain, du miel et des fruits ; ils l’accompagnèrent ensuite pendant quelque temps. Ces bonnes gens descendaient des bergers de Bethléem, et ils s’étaient mariés avec les filles du maître de l’hôtellerie.