CHAPITRE LXXX
Jésus confond en passant les pharisiens de Béthoron et vient à Béthanie.
Dans l’après-midi, Jésus quitta Antipatris, et, se dirigeant au sud-ouest, il arriva à Béthoron. Après avoir guéri quelques malades, il entra à la synagogue, où il expliqua la lecture du sabbat ; il fut interrompu plusieurs fois par les objections des pharisiens. L’instruction terminée, il alla dans une maison où un grand nombre de malades l’attendaient ; il en guérit plusieurs, entre autres des femmes sujettes à des pertes de sang ; il bénit aussi des enfants malades. Les pharisiens l’avaient invité à un repas. Comme il tardait à arriver, ils vinrent le chercher, et lui dirent que chaque chose a son temps, que le sabbat appartenait à Dieu, et qu’il avait opéré assez de guérisons. Jésus leur dit : « Je n’ai pas d’autre temps et d’autre mesure que la volonté du Père céleste. » Il ne se rendit à leur invitation qu’après avoir terminé.
Pendant le repas, les pharisiens firent au Seigneur plusieurs observations : ayant entendu parler de Madeleine, de Marie la Suphanite et de la Samaritaine, ils lui dirent, entre autres choses, que l’opinion publique l’accusait de conduire à sa suite des femmes de mauvaise vie. Jésus répondit que, s’ils le connaissaient, ils s’exprimeraient autrement, qu’il était venu pour avoir pitié des pécheurs, etc. Il parla ensuite des plaies visibles dont la guérison purifie le malade, et des plaies intérieures et secrètes qui souillent l’homme, tout en lui laissant l’apparence de la pureté. Les pharisiens se plaignirent encore de ce que ses disciples ne se lavaient point avant le repas. Jésus répliqua en termes sévères et saisissants, condamnant leur hypocrisie et leurs airs de sainteté. Au sujet des femmes de mauvaise vie, il énonça une parabole dans laquelle on demande quel est le meilleur débiteur, de celui qui, ayant une grande dette, en sollicite humblement la remise, et pourtant veut travailler à la payer fidèlement, ou de celui qui, en ayant une non moins forte, continue sa vie dissipée et injurie même le débiteur qui songe à s’acquitter. Il raconta en outre la parabole du bon pasteur et celle de la vigne ; mais les pharisiens l’écoutèrent avec froideur et indifférence.
La distance de Béthoron à Jérusalem était de six lieues. Jésus fit le tour de toutes les villes et de tous les villages jusqu’à Anathoth, dans le voisinage de Béthanie. Là il s’arrêta, guérit et enseigna.
Lazare était déjà de retour à Béthanie. Il avait tout réglé à Magdalum ; il avait confié l’administration du château et du domaine à un intendant qu’il avait amené avec lui. L’homme qui en dernier lieu avait compromis Madeleine se convertira probablement, car je remarquai que Lazare ne le chassa pas ; mais, après l’avoir exhorté fortement à changer de vie, il lui assigna un logement et une pension sur la propriété située près de Ginnim. Aussitôt que Madeleine fut arrivée à Béthanie, elle s’installa dans l’appartement de sa sœur défunte, Marie la Silencieuse, qui l’avait tant aimée. Elle passa toute la nuit à pleurer, et quand Marthe vint la voir le matin, elle la trouva les cheveux flottants et les yeux baignés de larmes, prosternée sur la tombe de sa sœur ; or elle y était depuis longtemps.
Les saintes femmes de Jérusalem l’avaient accompagnée. Elles avaient toutes fait le voyage à pied, et quelqu’affaiblie que fût Madeleine par sa maladie et par les émotions violentes qu’elle avait éprouvées, quelque peu habituée qu’elle fût à la marche, elle avait pourtant voulu faire comme les autres ; aussi ses pieds étaient-ils tout en sang. Les saintes femmes, qui depuis sa conversion l’aimaient tendrement, avaient souvent été obligées de la soutenir. Elle était pâle et consumée de douleur ; mais elle ne put résister à son ardent désir de rendre grâces à Jésus. Elle sortit secrètement avec sa servante, alla à sa rencontre à plus d’une lieue, se jeta à ses pieds, qu’elle baigna des larmes de son repentir et de sa reconnaissance. Jésus lui tendit la main, la releva et lui parla avec bonté ; il lui dit, entre autres choses, qu’elle devait suivre les traces de sa sœur défunte, Marie la Silencieuse, et faire pénitence comme celle-ci l’avait fait, bien qu’elle fût restée pure. Madeleine s’en retourna chez elle avec sa servante par un autre chemin.
Devant Béthanie, Jésus se sépara d’une partie de ses disciples qui se rendaient à Jérusalem, tandis qu’il entra lui-même avec Pierre et Jean dans le jardin de Lazare, qui vint les recevoir, leur lava les pieds comme à l’ordinaire et leur offrit des rafraîchissements dans le vestibule. Joseph d’Arimathie accompagnait Lazare, mais non pas Nicodème, qui se tenait davantage sur la réserve. Jésus n’alla pas au dehors ; il ne s’entretint qu’avec les saintes femmes et les personnes de la maison. Je l’entendis parler, mais à Marie seulement, de la mort de Jean, dont elle était instruite par une révélation intérieure. Le Sauveur lui dit de retourner en Galilée avant huit jours, pour ne pas être dérangée sur son chemin par les hôtes d’Hérode, qui vers cette époque devaient revenir de Machérunte.
Je me rappelle maintenant avoir oublié de raconter que les disciples de Jésus, qui l’accompagnaient dans son voyage en Judée, se séparaient souvent de lui, parcouraient les environs, entraient dans toutes les maisons et dans toutes les cabanes, et demandaient : « N’y a-t-il pas des malades ici, pour que nous les guérissions au nom de Jésus notre maître, et que nous leur donnions gratuitement ce qu’il nous a donné gratuitement ? » Et ils oignaient les malades avec de l’huile, et ceux-ci étaient délivrés de leurs maux. Je les ai vus guérir ainsi beaucoup de personnes, car le Seigneur leur avait aussi donné de l’huile avec le pouvoir de s’en servir.