CHAPITRE LXXIII

Jésus à Gatepher, acclamé par une foule d’enfants qu’il enseigne et bénit.

Vers trois heures, après avoir fait encore une instruction et guéri plusieurs malades, Jésus, accompagné de ses disciples, prenant la direction du sud-ouest, passa par la vallée du lac des bains et arriva à Gatepher, grande ville située sur une colline entre Cana et Séphoris : ils avaient fait quatre ou cinq lieues.

Les chefs des écoles et les pharisiens allèrent au-devant de lui pour le recevoir. Ils lui firent des représentations de toute sorte, le priant, entre autres choses, de ne pas troubler l’ordre dans leur ville, et surtout de ne pas permettre aux femmes et aux enfants de s’attrouper autour de lui. Il pouvait, dirent-ils, enseigner tranquillement dans la synagogue, mais ils verraient avec peine qu’il agitât le peuple. Jésus repoussa avec gravité et sévérité leurs observations hypocrites, et dit qu’il venait à ceux qui soupiraient après son secours et qui le demandaient à grands cris. Sur la nouvelle de l’arrivée du Sauveur, ces pharisiens avaient fait défendre aux femmes de paraître dans les rues avec leurs enfants, et d’acclamer Jésus comme Fils de Dieu, comme le Christ, etc. De telles acclamations étaient, ajoutaient-ils, tout à fait scandaleuses et ridicules, puisqu’on savait bien d’où provenait le Prophète, et qui étaient ses parents, ses frères et ses sœurs. Il fut permis aux malades de se rassembler devant la synagogue pour se faire guérir ; mais il fallait que ce fût sans bruit ni confusion. Les pharisiens les avaient rangés à leur fantaisie autour de la synagogue, comme s’ils eussent eu à régler ce que Jésus allait faire. En entrant avec lui dans la ville, ils virent avec dépit que les femmes remplissaient les rues ; elles portaient dans leurs bras leurs plus jeunes enfants, les autres les entouraient et tendaient les mains vers le Sauveur, criant : « Jésus de Nazareth, fils de David ! Fils de Dieu ! très saint Prophète Ainsi s'accomplissait la parole du Psalmiste : "Vous avez préparé la louange de la bouche des enfants à la mamelle pour confondre vos ennemis." (Ps. VIII, v. 3.) ! » Les pharisiens voulurent chasser ces femmes et leurs enfants, mais ce fut en vain ; d’ailleurs on en apercevait qui arrivaient en foule de toutes parts ; aussi se retirèrent-ils du cortège tout scandalisés.

Les disciples étaient confus et inquiets : ils auraient voulu éviter tout bruit de nature à les compromettre ; ils cherchèrent à écarter les enfants, et firent des représentations à leur Maître. Mais il blâma cette pusillanimité, et, les éloignant, il fit approcher les enfants, auxquels il parla avec douceur et bienveillance. Il arriva ainsi sur la place voisine de la synagogue, au milieu des enfants qui criaient continuellement : « Jésus de Nazareth ! très saint Prophète ! etc. ». On entendit même des nourrissons à la mamelle l’acclamer : une telle merveille était bien propre à émouvoir et à convaincre le peuple. Sur la place de la synagogue, l’ordre s’établit : les garçons se rangèrent d’un côté, et les filles de l’autre ; les mères avec des enfants sur les bras se placèrent derrière eux. Alors Jésus bénit les enfants et se mit à les enseigner. Il fit aussi une instruction aux mères et aux domestiques, appelant « mes enfants » tous ses auditeurs, sans distinction. Il fit connaître à ses disciples combien les enfants ont de prix aux yeux de Dieu. Il dit beaucoup d’autres choses analogues à celles que nous trouvons dans l’Évangile, mais rapportées en d’autres circonstances. La conduite du Sauveur déplut extrêmement aux pharisiens. Il se rendit ensuite auprès des malades qui avaient dû l’attendre et il en guérit plusieurs. Enfin il prêcha dans la synagogue touchant la dignité des enfants, parce que les pharisiens s’étaient mis de nouveau à parler du tumulte que ceux-ci avaient occasionné.

Lorsqu’il sortit de la synagogue, trois femmes vinrent à lui, désirant l’entretenir en particulier. Il les emmena à l’écart ; alors elles se jetèrent à ses pieds et le sollicitèrent de les secourir : leurs maris étaient possédés par des esprits impurs, et quand elles s’approchaient d’eux, ces démons les tourmentaient aussi. « Nous avons appris, dirent-elles, que vous avez guéri Madeleine ; nous vous supplions d’avoir également pitié de nous. » Jésus les renvoya en leur promettant une prochaine visite. Il alla ensuite avec ses disciples dans la maison d’un Essénien marié ; c’était un homme simple et droit, qui s’appelait Siméon ; il était fils d’un pharisien de Dabrath. Le Sauveur et ses disciples prirent chez lui un léger repas, sans s’asseoir. Siméon dit à Jésus qu’il voulait donner son bien à l’Église future.

Après cela, le Seigneur se rendit chez les trois femmes et eut avec elles un entretien ainsi qu’avec leurs maris. En rejetant la faute sur ceux-ci, elles avaient dissimulé la vérité ; elles-mêmes étaient tentées par des esprits impurs. Jésus les exhorta tous à vivre unis, à prier, à jeûner et à faire l’aumône.