CHAPITRE LXXI

Jésus enseigne sur le mariage et assiste à des noces.

Dès le premier jour de son arrivée à Abram, Jésus instruisit deux jeunes couples et voulut bien assister à leurs fiançailles. Un autre jour, trois couples se réunirent dans une maison avec les pères, mères et proches parents ; plusieurs pharisiens étaient présents à la cérémonie, et Jésus fit une instruction sur le mariage. Il parla de la soumission de la femme prescrite par le précepte donné après la chute de nos premiers parents ; mais il dit que les hommes devaient honorer dans leurs femmes la promesse « que la semence de la femme écraserait la tête du serpent. » Maintenant surtout, que le temps de l’accomplissement était proche, et que la grâce allait être substituée à la loi, les femmes devaient obéir avec respect et humilité, et les hommes commander avec une affectueuse modération. Il dit aussi, dans son instruction, que le péché était entré dans le monde par la désobéissance, comme le salut par l’obéissance et la foi. Il parla en outre du divorce, disant que l’homme et la femme étaient une seule chair, et qu’on ne devait pas les séparer ; qu’ils pouvaient cependant vivre séparés, si la cohabitation donnait lieu à de grands péchés, mais non pas se remarier. Il dit encore que les lois avaient été faites pour l’état d’enfance des peuples ; mais qu’ils étaient maintenant sortis de cette enfance, et que la plénitude des temps était arrivée ; qu’en conséquence les époux divorcés ne pourraient se remarier sans violer les lois éternelles de la nature, et que la séparation même ne devait être accordée qu’après une épreuve sérieuse. Il fit cette exhortation dans une magnifique maison qui appartenait aux parents de l’un des couples de fiancés. Il y avait entre les hommes et les femmes un rideau, près duquel Jésus se tenait pour enseigner. Les pères et les mères étaient rangés derrière leurs enfants ; les disciples et les pharisiens étaient debout à côté de Jésus.

Dans la synagogue, les pharisiens commencèrent à attaquer son instruction sur le mariage. Par rapport à la soumission de la femme, ils le trouvaient trop doux, et, quant au divorce, trop sévère. Ils avaient compulsé une foule d’écrits, et, malgré les explications ultérieures qu’il leur donna, ils ne voulurent pas adhérer à sa doctrine. Leur contradiction, bien qu’assez vive, resta toutefois dans les limites des convenances.

Jésus assista ensuite, en qualité de témoin, au mariage des jeunes couples, avec plusieurs disciples. On les maria devant le coffre qui renfermait les livres de la loi ; la coupole de la synagogue était enlevée. Je vis les époux faire couler quelques gouttes du sang du doigt annulaire, puis échanger leurs anneaux. Au sortir de la synagogue, les noces commencèrent par des danses, des jeux et un festin : on y avait invité le Seigneur et ses disciples. La fête eut lieu dans une hôtellerie, belle maison entourée de colonnes. Les époux n’étaient pas tous de la ville et quelques-uns étaient pauvres ; mais, ayant appris l’arrivée du Seigneur, ils avaient voulu célébrer leurs noces ensemble devant lui. Plusieurs des jeunes mariés avaient assisté avec leurs pères aux prédications de Jésus à Capharnaüm. Les habitants de cet endroit étaient généralement bons ; en permettant aux pauvres de célébrer leurs noces avec les riches, ils leur épargnaient de grands frais, tout en rendant la cérémonie plus solennelle.

Les convives apportèrent des cadeaux, et Jésus fit aussi un présent en argent pour lui et ses disciples ; mais on le lui renvoya à son hôtellerie avec quelques corbeilles remplies de pains d’une qualité supérieure : il fit tout distribuer aux indigents.

La fête commença par une danse nuptiale, modeste et grave ; les épouses étaient voilées ; les couples se tenaient en face l’un de l’autre, et tour à tour chaque époux dansait avec sa femme sans la toucher, prenant seulement le bout de l’écharpe que tous avaient à la main. Après la danse des époux, tous les assistants dansèrent ensemble. Puis les hommes et les femmes se séparèrent pour aller au festin. Les musiciens, jeunes garçons ou jeunes filles, avaient aux bras et sur la tête des couronnes de laine. Leurs instruments étaient des fifres et des cors recourbés, etc. Les tables étaient disposées de façon que les hommes et les femmes pouvaient s’entendre, mais non se voir. Jésus s’approcha de la table des jeunes mariées, et leur raconta une parabole du genre de celle des vierges sages et des vierges folles, et il l’expliqua dans le sens naturel et dans le sens spirituel. Il leur dit comment elles devaient se pourvoir en leurs maisons des choses nécessaires au ménage ; mais tout ce qu’il disait avait aussi des rapports avec le caractère et les défauts de chacune ; le symbole de la lampe y avait sa place.