CHAPITRE LXX
Jésus à Abram règle plusieurs différends.
Jésus se rendit ensuite à Abram, ville située dans l’angle qui terminait au nord-est le territoire de la tribu d’Aser, et tout près de l’extrémité nord-ouest de celui de Zabulon. Le soir, il resta dans l’hôtellerie qui est devant la ville, et enseigna la foule qui s’y était rassemblée. Au matin, le maître de l’hôtellerie soumit à sa décision une contestation sur un puits, dont lui et ses voisins se servaient pour abreuver leurs bestiaux. Les pâturages nombreux qui se trouvaient sur la hauteur, entre les deux tribus, occasionnaient des querelles continuelles au sujet des eaux. Le maître d’hôtel dit à Jésus : « Seigneur, nous ne vous laisserons pas nous quitter sans avoir décidé sur notre différend. » Je ne me rappelle que vaguement la décision que le Seigneur rendit. On devait, je crois, laisser libre de part et d’autre un nombre égal de bestiaux, et le droit de se servir du puits devait être cédé aux maîtres des troupeaux qui s’y dirigeraient d’eux-mêmes en plus grand nombre. Jésus tira de cette décision un enseignement profond sur l’eau vive qu’il voulait leur donner, et qui devait appartenir à ceux qui la rechercheraient avec le plus d’ardeur. Cet enseignement surpassait en profondeur celui qu’il avait donné à Dina, auprès du puits de Jacob. Après avoir prêché jusqu’à dix heures devant la ville, il y entra. Abram était divisé en deux gros bourgs, situés sur deux chemins ; les maisons y étaient séparées par des jardins. Les habitants et les maîtres d’école vinrent au-devant de Jésus ; ils lui lavèrent les pieds, lui offrirent des rafraîchissements, et le conduisirent à l’école, où il expliqua une des béatitudes.
Il y avait en cet endroit des pharisiens, des saducéens et deux synagogues. Les saducéens avaient leur synagogue particulière, mais le Seigneur n’y enseigna pas. Les pharisiens se montrèrent bienveillants à son égard.
Le lendemain matin, beaucoup de malades et de gens qui désiraient recevoir de lui des instructions et des consolations vinrent à l’hôtellerie où il était logé. C’étaient pour la plupart des boiteux avec des membres tordus, des gens âgés tout décharnés, des démoniaques qui murmuraient sourdement ; il y avait aussi des femmes qui se tenaient à l’écart. Les paralytiques guéris la veille par Jésus voulaient l’assister auprès des autres malades ; mais il les remercia, en disant qu’il était venu pour servir et non pour être servi. Après avoir enseigné et guéri toute la matinée, il eut encore à juger un différend sur un puits. Comme les frontières des trois tribus d’Aser, de Nephthali et de Zabulon se touchaient en cet endroit, les pâtres, qui s’y trouvaient en grand nombre, avaient continuellement des querelles. L’un d’eux se plaignit de ce que ses voisins se servaient d’un puits creusé par ses pères ; il voulait, disait-il, se soumettre à la décision de Jésus, et cependant il réservait les droits de ses descendants. Jésus trancha la question en l’engageant à creuser un puits dans un autre endroit qu’il lui désigna, et où il devait trouver de meilleure eau et en plus grande abondance.
A la synagogue, les pharisiens se montrèrent très polis envers Jésus ; ils lui cédèrent la première place, firent ranger les disciples autour de lui et lui présentèrent un rouleau des saintes Écritures. Il enseigna sur une des béatitudes ; puis il parla des grandes persécutions que lui-même et ses disciples auraient à souffrir, ainsi que des cruels châtiments et de la ruine entière qui menaçait Jérusalem et tout le pays. Les pharisiens, selon leur habitude, l’interrompirent souvent pour le prier de leur expliquer ce qu’il venait de dire.
Jésus et les apôtres visitèrent chez eux les habitants du quartier méridional de la ville ; ils les enseignèrent, les consolèrent, les réconcilièrent et les exhortèrent à la paix, à la concorde, à la charité, etc. Quand la famille était nombreuse, le Sauveur lui accordait une instruction spéciale ; mais le plus souvent les disciples appelaient à venir l’entendre, les voisins de la maison où il se trouvait. Il mettait fin à toutes les contestations. Il entrait de préférence dans les habitations qui renfermaient de vieilles gens alités, et hors d’état d’aller l’entendre à la synagogue.