CHAPITRE LXVII

Visites de Jésus. — Rechute de Madeleine.

Jésus, suivi de plusieurs disciples, visita Jaïre et les siens pour les instruire et pour fortifier leur courage. Ils étaient très humbles et entièrement changés : ils avaient fait de leurs biens trois parts : une pour les pauvres, une autre pour l’Église future, et la troisième pour eux-mêmes. La vieille mère de Jaïre, dont l’émotion avait été profonde, était devenue très bonne. La jeune fille ne se présenta qu’après avoir été appelée : elle était voilée et se montrait fort modeste. Elle se tenait très droite, et paraissait se bien porter et avoir grandi, bien que toujours de petite taille et de complexion délicate.

Quel touchant spectacle que de voir Jésus passer par les rues, la robe tantôt flottante, tantôt un peu relevée. Sa démarche est calme et paisible, mais sans roideur : il semble plutôt planer que marcher ; sa simplicité et sa majesté surpassent celles de tous les autres hommes. Rien de choquant, pas le moindre balancement disgracieux, pas un mouvement ni un regard inutile, et pourtant rien d’affecté ni de prémédité.

Il se rendit ensuite chez le centurion païen Cornélius, dont il instruisit la famille et les serviteurs ; puis il l’accompagna chez Zorobabel, centurion de Capharnaüm, où il enseigna également. On vint à parler de Jean-Baptiste, et de la fête anniversaire de la naissance d’Hérode. Zorobabel et Cornélius dirent qu’Hérode les y avait invités, ainsi que tous les autres gens de distinction, et ils lui demandèrent s’il leur permettait d’accepter. Jésus leur répondit qu’ils pouvaient y aller, s’ils étaient sûrs de ne point prendre part au mal qui s’y ferait ; cependant il valait mieux s’excuser si cela était possible. Ils blâmèrent le commerce adultère d’Hérode et la captivité de Jean ; ils espéraient toutefois qu’Hérode lui rendrait la liberté à l’occasion du jour de sa naissance.

Jésus visita aussi sa mère, chez laquelle se trouvaient alors Suzanne, fille d’Alphée et de Marie de Cléophas, Suzanne de Jérusalem, Dina la Samaritaine et Marthe. Il leur dit qu’il repartirait le lendemain. Marthe était attristée de la rechute de Madeleine et de son état de possession diabolique. Elle demanda à Jésus s’il ne fallait pas qu’elle se rendît auprès d’elle. Mais le Seigneur lui dit d’attendre encore.

Je vis, en effet, Madeleine au pouvoir du démon : souvent tout à fait folle, superbe et emportée par la colère, elle frappait et injuriait tout son entourage, tourmentait surtout ses servantes, et s’habillait avec un luxe extravagant. Je la vis frapper l’homme qui vivait en maître dans sa maison ; celui-ci à son tour la maltraita. Souvent elle tombait dans une affreuse tristesse ; elle parcourait toute sa vaste demeure, sanglotant et se lamentant ; elle cherchait Jésus et criait : « Où est le Maître, où est-il ? Il m’a abandonnée ! » Puis quelques jours après elle redevenait dissolue et effrontée, donnait des festins et se livrait au péché ; car la curiosité et la perversité lui amenaient toujours de nouveaux adorateurs, et elle se laissait tout à fait dominer par l’être méprisable qui demeurait avec elle et qui recevait de l’argent de ses amants.

Je crois que Lazare, pour limiter ses prodigalités, lui avait assigné un certain revenu. Elle était dans l’état le plus déplorable : l’orgueil, la vanité, la colère et les désirs mauvais la dominaient à un degré qui ne permettait pas de douter que Satan ne la possédât. De plus elle avait des convulsions et des attaques d’épilepsie. On concevra la peine qu’éprouvaient ses saints parents, en voyant dans un tel état de dégradation une personne si admirablement douée.