CHAPITRE LXIV
Divers enseignements. — Rome prend des informations sur le prophète de Judée.
Jésus se rendit ensuite à la pêcherie de Pierre ; une foule de peuple l’y ayant suivi, il enseigna en paraboles sur le royaume des cieux : il le compara d’abord à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ ; puis à un grain de sénevé, puis au levain qu’une femme met dans de la farine. Un scribe de Nazareth appelé Saraseth dit à Jésus qu’il voulait le suivre partout. Il répondit : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » Ce scribe devait plus tard épouser Salomé ; et, après la mort de Jésus, tous deux se réunirent à l’Église.
Le Seigneur renvoya encore deux autres scribes qui l’avaient suivi quelque temps. L’un d’eux lui demanda s’il n’allait pas bientôt prendre possession de son royaume ; il avait suffisamment prouvé sa mission : ne voulait-il donc pas bientôt s’asseoir sur le trône de David ? Jésus lui ayant fait des observations à ce sujet, et lui ayant ordonné de le suivre, celui-ci dit : « Seigneur, permettez que je prenne d’abord congé de ceux qui sont dans ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque, après avoir mis la main à la charrue, regarde en arrière n’est pas propre au royaume de Dieu. » L’autre scribe, qui s’était joint à Jésus auprès de Séphoris, dit au Seigneur, qui lui avait donné le même ordre : « Permettez-moi d’aller d’abord ensevelir mon père ? » Jésus lui répondit : « Laisse les morts ensevelir leurs morts. » Mais la parole du scribe avait un autre sens que celui qu’elle semble présenter, car son père n’était pas mort ; je crois que c’était une manière de parler, pour indiquer le partage des biens et la cession au père de ce qui était nécessaire à sa subsistance.
Vers le soir Jésus traversa le lac, et un grand nombre de personnes vinrent successivement le trouver. Il les enseigna, et ordonna ensuite aux disciples de leur distribuer ce qu’ils avaient encore de pain et de poisson. Puis il se retira dans la montagne avec quelques disciples, et passa la nuit en prière dans une grotte située près de Chorozaïn.
Le lendemain matin, il rejoignit les autres disciples et se rendit sur la montagne où il prêchait habituellement. Il expliqua la quatrième béatitude et ce texte du prophète Isaïe (XLII, 1, etc.) : « Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé, en qui mon âme a mis toutes ses complaisances. Je ferai reposer mon esprit sur lui, et il annoncera la justice aux nations. » Jésus guérit aussi plusieurs malades. Parmi la foule nombreuse se trouvait une troupe de soldats romains, appartenant aux différentes garnisons du pays. On les avait envoyés pour observer le Seigneur, et pour faire des rapports sur sa conduite et son enseignement. Du fond de la Gaule et de plusieurs autres provinces de l’empire romain, des lettres avaient été envoyées à Rome pour demander des renseignements sur le prophète de Judée. Les Romains s’étaient adressés aux officiers supérieurs de leurs troupes qui occupaient ce pays ; et, ceux-ci avaient à cette fin envoyé à la montagne une centaine de soldats, qui s’étaient placés où ils pouvaient le mieux voir et entendre Jésus.
Dans l’après-midi, le Sauveur se rendit, avec quelques disciples, dans la vallée qui s’étend au midi de la montagne. Cependant les autres disciples, avec l’aide de Marthe, de Suzanne, de la femme de Pierre, de celle d’André et de leurs servantes, avaient préparé là un repas composé de pain et de poisson. Le peuple campait sur les coteaux ; les divers groupes envoyaient tous chercher des aliments, hormis ceux qui en avaient apporté avec eux. Les pains et les poissons étaient placés dans des corbeilles, sur une butte couverte de gazon. Jésus bénit toutes les corbeilles, et fit lui-même la distribution avec ses disciples. Il me sembla qu’il n’y avait point là, à beaucoup près, de quoi nourrir tant de personnes ; néanmoins tous ceux qui manquaient de vivres en reçurent. Aussi entendis-je dire dans le peuple : « Les aliments se multiplient entre ses mains. » Les soldats romains demandèrent aux disciples quelques pains bénis par Jésus pour les envoyer à Rome, en témoignage de ce qu’ils avaient vu et entendu. Jésus ordonna de leur distribuer ceux qui restaient ; et il s’en trouva assez pour donner à tous les officiers. Ceux-ci les emportèrent avec eux, après les avoir enveloppés avec le plus grand soin.