CHAPITRE LVIII

Coup d’œil sur Capharnaüm et sur les apôtres.

Je vis encore Jésus enseigner en un lieu où il y avait une chaire en pierre ; il y avait fait annoncer cette prédication quelques jours auparavant. Les auditeurs se succédaient les uns aux autres, et l’on en compta bien ce jour-là, au moins deux mille. Il guérit nombre d’aveugles, de paralytiques, de muets et de lépreux. Au commencement de sa prédication, plusieurs possédés qu’on avait entraînés se démenèrent et firent grand bruit ; mais le Seigneur leur ayant ordonné de se taire et de se coucher par terre, ils le firent avec la docilité de chiens craintifs, et ne bougèrent plus jusqu’à la fin de l’instruction. Alors Jésus alla droit à eux et les délivra.

Parmi les nombreuses guérisons qu’il opéra, je me souviens de celle d’un homme qui avait le bras desséché et la main atrophiée et contractée. Jésus lui passa la main sur le bras, lui prit la main, lui redressa les doigts en les pliant et les pressant doucement. Tout cela se passa en aussi peu de temps qu’il en faudrait pour montrer comment il fit. La main de cet homme se ranima ; il put la remuer, quoiqu’elle fût encore faible et mince, mais elle se fortifia rapidement.

Il y avait là beaucoup de femmes avec leurs enfants. Jésus se fit amener les enfants, et passant au milieu d’eux, il les bénit tous ; puis il se mit à les enseigner, de manière à être entendu des assistants. Pendant cette instruction, je le vis conduire un enfant tantôt d’un côté, et tantôt d’un autre, en disant que les hommes devaient ainsi se laisser conduire par Dieu sans résistance, avec patience et résignation. Il demeura longtemps occupé avec ces enfants. La plupart de ces gens étaient des païens ; mais il y avait aussi des Juifs de la Syrie et de la Décapole qui, ayant entendu parler du Sauveur, étaient venus avec leurs familles, leurs malades et leurs serviteurs, pour profiter de son enseignement, être guéris et recevoir le baptême. Jésus était allé les trouver en ce lieu pour éviter que la presse fût trop grande à Capharnaüm. On ne saurait exprimer le zèle, la charité persévérante et infatigable qu’il apporte dans ses travaux.

En effet, l’affluence des étrangers et des Juifs pendant ces jours était immense. Ils campaient par groupes dans les environs, et mon guide me dit que le nombre de ceux qui étaient arrivés pour voir Jésus s’élevait à douze mille personnes. Je voyais des tentes de tous côtés. Capharnaüm s’était enrichie et agrandie depuis que Jésus y séjournait : beaucoup de familles s’y étaient établies, et une foule d’étrangers y venaient dépenser leur argent. On construisait sans cesse des maisons nouvelles.

Judas, quant à présent, est encore bon et officieux. Il est très entendu et fort empressé à rendre service. C’est lui surtout qui fait les comptes et dirige les distributions.

Pierre, qui possède des champs et du bétail, éprouve plus de difficulté que les autres à quitter son ménage, d’autant plus qu’il a un vif sentiment de son indignité. Depuis le commencement de sa prédication, Jésus a déjà deux fois appelé à lui les pêcheurs, mais ils sont toujours retournés à leurs filets. Ils ont en cela d’autant moins contrarié la volonté du Seigneur, qu’ils ont rendu beaucoup de services, pendant son séjour à Capharnaüm, en transportant sur leurs barques les caravanes païennes, et en se mettant ainsi en rapports avec eux ; d’ailleurs, tant qu’ils n’enseignaient pas eux-mêmes, il n’était pas nécessaire qu’ils le suivissent toujours. André, qui avait été disciple de Jean, était moins attaché à ses affaires, et Jésus l’avait chargé, plus spécialement que Pierre, de donner le baptême. Jacques et Jean jusqu’à présent, reprenaient souvent leur profession, par obéissance pour leur vieux père, Zébédée, qui, ainsi que leur mère, Marie Salomé, était plein d’inquiétude : ils pensaient que le Seigneur établirait un royaume temporel, et espéraient qu’il y donnerait des fonctions à leurs fils. Je présume pourtant que Pierre, André, Jacques et Jean vont rester désormais auprès de Jésus ; car si le Seigneur, après avoir complété le nombre des apôtres par l’adjonction de Matthieu, leur a fait un dernier appel, leur prescrivant de quitter la pêche pour aller baptiser, c’est que leur vocation dès lors était définitive ; cela est indiqué par l’Évangile. Dès la Pâque dernière, pendant que Jésus s’était réfugié vers Sidon et Tyr, ils avaient enseigné et même opéré des guérisons ; mais, leur foi étant encore faible, ils n’avaient eu que peu de succès. A Gennabris, on les avait enchaînés et conduits devant les pharisiens. Jésus, à cette époque, leur avait appris à bénir l’eau pour le baptême ; il leur avait conféré ce pouvoir, non par l’imposition des mains, mais seulement par une bénédiction.