CHAPITRE LVII

Vocation de Pierre et d’André. — La tempête apaisée.

Ce matin, Jésus est revenu sur le bord du lac, à un quart de lieue de la maison de Matthieu, où il a passé la nuit. Je vois Pierre et André, son frère, occupés à jeter leurs filets dans la mer. Jésus leur dit : « Venez et suivez-moi, je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Et eux aussi, quittant leurs filets, le suivent. Jésus, s’avançant de là le long de la mer, aborde deux autres frères, Jacques et Jean, qui raccommodent leurs filets avec Zébédée, leur père ; il les appelle aussi, et eux aussitôt, ayant laissé leurs filets et leur père, le suivent de même. Zébédée reste dans la barque avec les serviteurs.

Jésus les envoya dans la montagne, en leur ordonnant de conférer le baptême aux païens qui le demanderaient. Il alla lui-même d’un autre côté avec Saturnin et les autres disciples. Ils étaient convenus de se retrouver ensemble chez Matthieu. Je vis le Sauveur leur indiquer avec la main le chemin qu’ils avaient à prendre.

Les Evangiles ne devant pas contenir le récit de tout ce qui se passa entre Jésus et ses disciples, placent au commencement l’appel qu’il fit à quelques-uns d’entre eux, pour résumer toute la vocation de Pierre, d’André, de Jean et de Jacques ; ensuite les écrivains sacrés font connaître un certain nombre de paraboles, de discours et de miracles, sans s’astreindre à l’ordre chronologique.

Je vis Jésus et une partie des disciples, parmi lesquels Saturnin avait mission de baptiser, se diriger vers Bethsaïde-Juliade, tandis que Pierre et André, chargés de donner le baptême à d’autres pécheurs, gravirent la montagne au nord-est avec plusieurs autres disciples, et descendirent dans une vallée baignée par un petit ruisseau. Dans cet endroit campaient nombre de païens, dont la plupart avaient été précédemment préparés par Jésus au baptême. Ceux-ci allèrent au-devant des disciples, demandant à être baptisés, et je vis André les baptiser en effet.

Les disciples leur racontèrent des paraboles, parlèrent de Jésus, de sa doctrine, de ses miracles, et expliquèrent aux Juifs les préceptes et les promesses divines qu’ils ne comprenaient pas. Pierre parlait avec beaucoup d’ardeur et d’action ; Jean, ainsi que Jacques, s’exprimaient d’une manière touchante. Jésus, de son côté, enseignait dans une autre vallée, et Saturnin baptisait auprès de lui.

Ils se rejoignirent le soir auprès de la maison de Matthieu. Comme la foule qui se pressait autour de Jésus était nombreuse, il monta dans la barque de Pierre avec les douze futurs apôtres et Saturnin, leur ordonnant de passer à l’autre bord du lac, où était Tibériade. Le Seigneur, déjà très fatigué, voulait ainsi éviter la foule, et prendre quelque repos. Il se coucha sur le tillac, dans une des cabines réservées à ceux qui sont en vedette, et il s’y endormit, tant il était harassé. Quand ils partirent, la mer était calme et le temps était très beau ; mais à peine furent-ils au milieu du lac, qu’une tempête les assaillit : elle était si violente, que les vagues s’élevaient bien haut par-dessus la barque. Je vis de temps en temps une lueur voltiger sur les flots agités ; il y avait aussi, je crois, des éclairs. Dans ce péril, les disciples, saisis d’épouvante, éveillèrent Jésus, disant : « Maître, n’avez-vous point souci de nous ? nous périssons. » Aussitôt, Jésus, se levant, dit à la mer avec calme et gravité : « Silence, apaise-toi. » Et le vent cessa, et les flots s’affaissèrent. Alors, remplis de crainte, ils se disaient à voix basse, les uns aux autres : « Qui pensez-vous que soit celui-ci ? Il commande au vent et à la mer, et ils obéissent ! » Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous eu crainte, hommes de peu de foi ? » Puis il leur ordonna de retourner à Chorozaïn, où était le bureau des impôts de Matthieu. La barque de Zébédée les accompagna ; et une troisième barque où il y avait des passagers se dirigea vers Capharnaüm. Sur ces entrefaites, des messagers étaient venus pour prier Jésus de se rendre en toute hâte chez Marie, fille de Cléophas, qui était très malade.