CHAPITRE LIV

Guérison de deux jeunes gens atteints d’une maladie impure.

Jésus passa près du hameau qui appartenait au centurion Zorobabel, comme il avait déjà fait lors de son départ. Le sabbat allait commencer, et il marchait vite. Or il y avait dans le jardin du château, grâce à la miséricorde de Zorobabel, deux docteurs de la loi d’environ vingt-cinq ans, qui par suite de leurs débauches avaient été frappés d’une lèpre hideuse et auxquels il avait permis de demeurer là. Ils étaient entièrement perdus de réputation, et leur état misérable excitait le mépris universel. Enveloppés dans des manteaux rouges, couverts d’ulcères et enflés d’une manière dégoûtante, ils subissaient la peine de leurs dérèglements ; après avoir fréquenté d’abord la société de gens d’esprit que Madeleine réunissait à Magdalum, ils étaient descendus et descendus plus bas encore. Dernièrement, lors de la venue de Jésus, ils avaient eu honte de paraître devant lui ; mais maintenant, convaincus par tant de preuves de son pouvoir merveilleux et de sa miséricorde, ils se firent conduire près du chemin qu’il devait prendre, résolus à implorer son secours. Cependant Jésus passa outre, et, deux serviteurs de Zorobabel s’étant approchés de lui pour le solliciter en faveur de ces malheureux, il leur dit : « Amenez-les à la synagogue de Capharnaüm ; faites-les monter aux galeries attenantes qui sont à la hauteur du premier étage, afin qu’ils entendent de là mon enseignement. Ils auront ensuite à prier et à faire des actes de contrition jusqu’à ce que je les fasse appeler. » Les serviteurs retournèrent aussitôt, amenèrent les lépreux à Capharnaüm, et les firent monter avec beaucoup de peine sur la terrasse des galeries, où, seuls et en plein air, ils purent, par les fenêtres de la synagogue, entendre l’enseignement de Jésus et faire des actes de contrition jusqu’à ce que leur Sauveur les fît mander.

Jésus et ses disciples se rendirent à la synagogue, après s’être lavé les pieds et avoir détroussé leurs robes. Le Seigneur alla aussitôt au pupitre, où un docteur était assis faisant la lecture du jour. Celui-ci se leva et céda sa place à Jésus, qui prit le livre et se mit à enseigner. Lorsqu’il accepta la place et lut, les pharisiens ricanèrent pour lui faire entendre qu’il blessait les bienséances. Ils étaient exaspérés de le voir apparaître encore, car la nouvelle de la résurrection du jeune homme de Naïm s’était déjà répandue dans Capharnaüm, ainsi que le bruit des nombreuses guérisons qu’il avait opérées à Mageddo. Ils attendaient avec une vive impatience ce qu’il allait faire parmi eux. La plupart des parents de Jésus se trouvaient à la synagogue, ainsi que toutes les saintes femmes.

Lorsque Jésus et les disciples sortirent de la synagogue à la suite du peuple, les pharisiens voulurent discuter avec lui dans l’avant-cour. Mais ils ne purent y parvenir ; car, contre leur attente, Jésus se dirigea de la porte sous le portique au-dessus duquel se tenaient les deux lépreux, et leur ordonna à haute voix de descendre : leur honte et la crainte que leur inspiraient les pharisiens furent si grandes, qu’ils n’arrivèrent pas tout de suite ; Jésus dut derechef leur commander de venir en invoquant un nom que j’ai oublié. Alors, à leur grand étonnement, ils purent descendre seuls l’escalier. L’avant-cour était éclairée pour la sortie de la foule. Quelle ne fut pas la rage des pharisiens lorsque, malgré la nuit, ils reconnurent à leurs manteaux rouges les deux pécheurs si méprisés. Ceux-ci se jetèrent, tout tremblants, à genoux devant Jésus. Il leur imposa les mains, leur souffla au visage, et leur dit : « Vos péchés vous sont remis ; » puis il les exhorta à vivre chastement et à recevoir le baptême de pénitence. Il leur prescrivit aussi de renoncer à interpréter la loi, promettant de leur apprendre la voie de la vérité. Lorsqu’ils se relevèrent, ils n’avaient déjà plus leur aspect hideux ; leurs ulcères se séchèrent bientôt et les croûtes de la lèpre tombèrent. Après avoir remercié Jésus, les yeux baignés de larmes, ils se retirèrent avec les serviteurs de Zorobabel. Beaucoup de gens de bien les entourèrent et les félicitèrent de leur pénitence et de leur guérison.

Cependant les pharisiens étaient pleins de rage ; ils invectivèrent contre Jésus : « Tu guéris le jour du sabbat et tu remets les péchés ! Comment peux-tu remettre les péchés ? Il a un démon qui lui vient en aide. Il est fou, cela se voit bien : il ne fait que courir. A peine a-t-il donné du scandale ici qu’on le voit à Naïm, où il réveille les morts, puis à Mageddo, puis encore au milieu de nous. Ce ne peut pas être un homme juste ni sensé. Il a un mauvais esprit puissant qui l’assiste. Quand Hérode en aura fini avec Jean, ce sera le tour de celui-ci, s’il ne se sauve pas auparavant. » Le Seigneur se retira en passant au milieu d’eux, et j’entendis les saintes femmes, parentes ou amies, pleurer et se lamenter en voyant la fureur des pharisiens : elles étaient restées dans le voisinage pour attendre le Sauveur.

Jésus sortit de la ville et suivit le chemin qui se voyait au nord-est sur la hauteur, au delà de la vallée où était la maison de Marie. Il s’y trouvait des bosquets et des grottes où il pria. Je le vis plus tard arriver chez sa mère. Après avoir consolé et enseigné les saintes femmes, il les quitta pour passer la nuit en prière.