CHAPITRE XLVIII

Guérison d’un enfant païen à Giscala, dans la maison paternelle de saint Paul.

Dans la matinée, Jésus, se dirigeant vers le nord-est, se mit en route avec ses disciples pour Giscala, ville située à trois lieues de là et à une lieue de Béthulie. Il en parla prophétiquement à ses disciples, et dit : « Giscala aura produit trois zélateurs : le premier a été fondateur de la secte saducéenne, dont les Juifs célèbrent aujourd’hui la fête ; le second sera un grand scélérat ». Il voulait parler de Jean de Giscala, qui souleva toute la Galilée et commit des crimes atroces, lors du siège de Jérusalem. « Le troisième, ajouta-t-il, est notre contemporain ; chez lui la fureur se changera en amour ; il enseignera dans cet endroit même, pour répandre la vérité et réparer ainsi ses torts ». Ce troisième était Paul, déjà né en cette ville, mais dont les parents étaient allés s’établir à Tarse Une ancienne tradition confirmée par saint Jérôme, atteste ce fait. . Lorsque, après sa conversion, saint Paul se rendit à Jérusalem, je le vis prêcher l’Evangile dans cette ville avec beaucoup de zèle. Les parents de Paul avaient possédé là, si je ne me trompe, une fabrique de toile. Actuellement leur maison était louée par un officier païen du nom d’Achias, qui y demeurait.

Il avait un fils malade, âgé de sept ans, auquel il avait donné le nom du héros juif Jephté. Achias était un excellent homme et il désirait avec ardeur obtenir le secours de Jésus ; mais aucun des habitants ne voulait le présenter à lui, et les disciples étaient, les uns auprès de lui, les autres auprès des moissonneurs auxquels ils parlaient du Sauveur, en leur répétant quelques-unes de ses instructions. D’autres encore étaient allés porter ses messages à Capharnaüm et dans les alentours de cette ville. Les habitants n’aimaient pas Achias, ils étaient offusqués de l’avoir si près d’eux ; gens, d’ailleurs peu bienveillants, qui ne se souciaient même pas de Jésus. Ils écoutaient ses prédications, mais ils continuaient tranquillement leur travail, sans témoigner un vif intérêt. Le père, affligé, s’était donc mis à suivre Jésus de loin, quand, le Seigneur s’étant tourné vers lui, il s’avança, inclina la tête et dit : « Maître, ne dédaignez pas votre serviteur, et ayez pitié de mon petit enfant, qui reste malade et alité chez moi ». Jésus répondit : « Il convient de distribuer le pain aux enfants de la maison avant de le donner à ceux du dehors ». Achias reprit : « Maître, je crois que vous êtes l’envoyé de Dieu pour l’accomplissement de la promesse ; je crois que vous pouvez me secourir, et je sais que vous avez dit que ceux qui croient cela sont des enfants et non des étrangers. Seigneur, prenez pitié de mon fils ! » Alors Jésus lui dit : « Votre foi vous a sauvé » ; et il se rendit avec quelques disciples dans la maison où était né Paul, et où Achias demeurait.

C’était une maison plus distinguée que les maisons juives ordinaires. Achias conduisit Jésus au milieu de la maison, et ses serviteurs apportèrent l’enfant dans son lit et le placèrent devant le Seigneur. La femme d’Achias arriva aussi ; elle salua Jésus, mais se tint timidement en arrière, dévorée d’angoisses. Cependant Achias, tout joyeux, appela les serviteurs et les servantes que la curiosité avait attirés, et qui n’osaient toutefois approcher. Le petit garçon était muet et paralytique, mais c’était un bel enfant ; il avait l’air intelligent et aimable, et il regarda Jésus avec une vive émotion.

Jésus enseigna d’abord les parents et tous les assistants sur la vocation des gentils, sur la proximité du royaume des cieux, sur la pénitence, sur l’entrée dans la maison du Père par le baptême. Puis il pria, prit l’enfant dans ses bras, le pressa contre son cœur, se baissa vers lui et lui passa les doigts sous la langue ; ensuite il le posa debout à terre, et le conduisit à l’officier, qui s’élança vers lui avec la mère tremblante de joie. Tous les deux l’embrassèrent, les yeux baignés de larmes, et lui, leur jetant les bras au cou, s’écria : « Ah ! mon père, ah ! ma mère, je marche, je parle ! » Alors Jésus dit : « Recevez votre enfant, vous ne savez pas quel trésor vous a été donné en lui. Il vous est rendu, mais il vous sera redemandé ». Les parents ayant ramené l’enfant vers Jésus, tous les trois s’agenouillèrent devant lui et lui rendirent grâces en pleurant. Il bénit l’enfant et lui parla avec bonté. L’officier alors pria Jésus d’entrer dans la salle pour prendre quelques rafraîchissements avec ses disciples. Jésus accepta, s’entretint encore avec Achias, et lui dit de se rendre à Capharnaüm, où il recevrait le baptême, après s’être adressé à Zorobabel. Peu après Achias se fit baptiser, et les gens de sa maison suivirent son exemple. Jephté devint plus tard un disciple zélé de saint Thomas.

Jésus quitta aussitôt la demeure de l’heureux Achias, disant à ses disciples que cet enfant porterait des fruits en son temps et il ajouta que de cette maison était déjà sorti un enfant qui ferait de grandes choses dans son royaume.