CHAPITRE XLIV
Une veuve païenne obtient la guérison de ses deux filles.
Jésus descendit de la montagne et revint à son hôtellerie, située à une demi-lieue de l’endroit où il avait enseigné et à une égale distance de la ville. Sur son chemin l’attendaient, abrités sous des tentes, un grand nombre de malades de toute espèce, qu’on avait apportés sur des litières de tous les environs. Il les consola, les exhorta et les guérit.
Une veuve païenne nommée Laïs était aussi venue de Naïm pour implorer le secours de Jésus en faveur de ses deux filles, Sabia et Athalie ; elle les tenait enfermées dans des chambres de sa maison, parce qu’elles étaient possédées du démon de la manière la plus affreuse. J’ai vu ces pauvres créatures : elles se débattaient comme des forcenées, mordaient et frappaient tout le monde : personne n’osait en approcher. Souvent elles gisaient sur la terre, pâles comme la mort, et en proie à d’horribles convulsions. Leur mère avait amené des serviteurs et des servantes montés sur des ânes. Elle attendait à quelque distance avec beaucoup d’impatience que Jésus l’abordât ; mais toujours il se tournait d’un autre côté. Enfin elle ne put se contenir, et profita d’un moment où il se trouva près d’elle pour crier à plusieurs reprises : « O Seigneur, ayez pitié de moi ! » Mais Jésus semblait ne pas l’entendre. Les femmes qui l’accompagnaient lui dirent qu’elle devait crier : « Ayez pitié de mes filles, » puisqu’elle-même n’était point malade : elle leur répondit : « Elles sont ma chair, et s’il a pitié de moi, il aura aussi pitié d’elles ! » Et elle poussa de nouveau le même cri. Alors Jésus lui dit : « Il convient que je rompe le pain aux gens de ma maison avant de le rompre aux étrangers. » Elle lui répondit : « C’est juste, Seigneur, j’attendrai volontiers, et je serai même heureuse de revenir si vous ne voulez pas me sauver aujourd’hui, car je ne suis pas digne de votre secours ! » Cependant Jésus avait achevé ses guérisons et les personnes guéries s’en allaient en chantant les louanges du Seigneur. Quant à lui, sans faire attention à cette malheureuse femme, il eut l’air de vouloir se retirer. Alors elle s’affligea et elle dit : « Il ne veut point m’assister. » Au même instant, Jésus se tourna vers elle et dit : « Femme, que demandes-tu de moi ? » Elle se jeta à ses pieds, le visage voilé, et répondit : « Seigneur, sauvez-moi : mes deux filles à Naïm sont possédées du démon ; je sais que vous pouvez les délivrer si vous le voulez, car toutes choses sont en votre pouvoir. » Jésus lui répondit : « Retourne en ta maison, tes filles viennent à ta rencontre. Mais purifie-toi, car ces enfants portent les péchés de leurs parents. » Il dit ceci à l’écart, et elle repartit : « Seigneur, depuis longtemps je pleure mes égarements : que m’ordonnez-vous de faire ? » Il lui dit de restituer le bien mal acquis, de se mortifier, de jeûner, de prier, de faire l’aumône et de soigner les malades. Elle versa beaucoup de larmes, promit de faire tout ce qu’il lui avait ordonné, et le quitta le cœur rempli de joie. Ses deux filles étaient le fruit de l’adultère ; ses trois fils légitimes vivaient loin d’elle, et elle avait retenu plusieurs choses qui leur appartenaient. Elle était très riche, et, suivant les habitudes des gens de qualité, le repentir ne l’empêchait pas de passer ses jours dans les délices. En même temps, je vis à Naïm les jeunes filles enfermées séparément dans des chambres : au moment où Jésus parlait à leur mère, je les vis tomber en défaillance, et Satan sortir d’elles sous la forme d’un sombre nuage. Elles pleurèrent abondamment et appelèrent leurs gardiennes, pour leur annoncer qu’elles étaient délivrées. Ayant appris que leur mère était partie pour voir le Prophète de Nazareth, elles allèrent au-devant d’elle, accompagnées d’un grand nombre de leurs connaissances. A une lieue de Naïm, elles rejoignirent leur mère, et lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé. La mère retourna à Naïm, et ses deux filles se rendirent avec leurs gardiennes et leurs serviteurs à Méroz, pour se présenter à Jésus ; elles avaient appris qu’il voulait y enseigner encore le lendemain. Ce fut une scène touchante que cette rencontre de la mère et des filles.
Les pharisiens, ayant invité Jésus à un repas, lui demandèrent s’il voulait amener avec lui ses disciples, jeunes gens sans expérience, et qui n’étaient guère à leur place dans une réunion d’hommes doctes. Jésus répondit : « Certainement oui ; car celui qui m’invite invite aussi ma maison, et celui qui ne veut pas d’elle ne veut pas non plus de moi ! » Ils le prièrent alors d’amener ses disciples, et tous se rendirent à la ville dans une hôtellerie. Là Jésus enseigna encore et raconta des paraboles.
Le lendemain, Jésus alla de nouveau sur la montagne et fit une instruction à la fin de laquelle il expliqua encore la parabole du talent caché dans la terre. Il y avait des gens campés là depuis trois jours ; les disciples distribuèrent des aliments et d’autres choses à ceux qui en avaient besoin.
Plusieurs malades étaient venus pour que Jésus les rencontrât à sa descente de la montagne, et il les guérit. A l’endroit même où la mère d’Athalie et de Sabia s’était prosternée devant le Seigneur et avait imploré son secours pour ses filles, celles-ci l’attendirent, en compagnie de leurs serviteurs et servantes. Elles s’agenouillèrent devant lui ainsi que toute leur suite, et lui dirent : « Seigneur, nous ne nous sommes pas jugées dignes d’entendre votre enseignement ; mais nous nous tenions ici pour vous rendre grâces, au lieu même où vous nous avez délivrées de la puissance de l’ennemi. »
Jésus leur ordonna de se lever, et il loua la foi, l’humilité de leur mère et la patience avec laquelle, étrangère, elle avait attendu qu’il eût rompu le pain aux gens de sa maison. Mais à présent, elle appartenait aussi à sa maison, car elle avait reconnu le Dieu d’Israël dans sa miséricorde, et celui que le Père céleste avait envoyé pour rompre le pain à tous ceux qui voudraient croire en lui et faire pénitence. Puis, ayant fait apporter des aliments pour ses disciples, il distribua aux jeunes filles et à toutes les personnes qui les accompagnaient du pain et du poisson, et il leur fit là-dessus une belle et profonde instruction que j’ai malheureusement oubliée Cette réfection offerte par Jésus était un symbole de la réfection spirituelle qu'il venait d'apporter à ces âmes, en les incorporant à son Eglise, ainsi que du banquet des sacrements auquel elles allaient être bientôt conviées. . Ensuite il retourna à l’hôtellerie avec ses disciples. L’une des jeunes filles avait vingt ans, l’autre vingt-cinq. Leur maladie et leur vie renfermée les avaient rendues tout étiolées.