CHAPITRE XLI

Guérison d’un aveugle-né à Koréa.

Le matin, Jésus descendit pour se rendre à Koréa, qu’on aperçoit de Silo et qui en est à une lieue et demie au sud-est. En deçà de la ville, les pharisiens vinrent au-devant de lui, lui amenant un aveugle-né, leur concitoyen. Ils saisissaient une occasion de le tenter. Lorsque Jésus s’approcha, l’aveugle, homme grand et beau, à la stupéfaction de tous les assistants se dirigea vers lui et se prosterna à ses pieds. Jésus, l’ayant relevé, lui fit plusieurs questions touchant la religion, les dix commandements, la loi et les prophéties. L’aveugle répondit comme par inspiration, avec une sagesse qui surpassait toute attente. Il parla aussi des persécutions que Jésus avait à endurer, et dit qu’il ne devait pas aller à Jérusalem, où l’on voulait le faire périr. Tous les assistants en furent saisis de frayeur. Il y avait là beaucoup de monde. Jésus dit : « Désires-tu voir les berceaux de verdure d’Israël, les montagnes, le Jourdain, tes parents, tes amis, le Temple, la ville sainte, moi-même, qui suis devant toi ? » L’aveugle répondit qu’il voyait le Seigneur, puis il décrivit sa personne et ses vêtements. « Je vous ai vu dès votre arrivée, ajouta-t-il ; je désire vivement voir tout le reste ; et je sais, Seigneur, que vous pouvez me rendre la vue si vous le voulez. » Alors Jésus le toucha au front, pria et fit une croix sur ses paupières fermées, qu’il ouvrit ensuite avec le pouce. Aussitôt l’aveugle regarda autour de lui, plein d’étonnement et de joie, et s’écria : « Qu’elles sont grandes les œuvres du Tout-Puissant ! » Puis il se jeta à genoux devant Jésus, qui le bénit. Les pharisiens gardèrent le silence ; les parents de l’aveugle l’entouèrent, le peuple entonna des psaumes, et l’aveugle se mit à tenir des discours et à faire entendre des chants inspirés sur Jésus, sur l’accomplissement de la promesse, etc. Dans son enthousiasme prophétique, il dit par quel chemin Jésus était arrivé ; il parla aussi du Jourdain, du Saint-Esprit, qui était descendu sur lui, et de la voix qui était venue du ciel. Il parcourut ainsi toute la ville, louant Dieu, chantant des psaumes et prophétisant. Je crois que plus tard il s’est joint aux disciples.

Jésus alla visiter ses parents, comme ils l’en avaient prié. C’étaient des Esséniens, de ceux qui se mariaient. Ils reçurent le Sauveur devant leur maison, avec reconnaissance et respect, et lui offrirent un léger repas. Le père mit son fils à sa disposition. « Employez-le, je vous prie, dit-il, comme le dernier des serviteurs et des messagers de vos disciples ; qu’il vous précède pour retenir vos logements. » Jésus l’accepta, et l’envoya aussitôt à Béthanie avec Silas et un des disciples d’Hébron. Il voulait sans doute procurer à Lazare la satisfaction de voir cet aveugle, qu’il avait connu avant sa guérison.

Cet aveugle avait été baptisé par Jean ; il avait assisté à ses prédications, et était doué du don de prophétie. A Koréa, il avait souvent rassemblé autour de lui plusieurs jeunes gens : il les instruisait prophétiquement touchant la venue de Jésus, dont il parlait avec enthousiasme. Ses parents l’aimaient beaucoup à cause de sa piété et de son zèle ; ils prenaient plaisir à le bien vêtir. Jésus, en le guérissant, lui dit : « Je te donne une double lumière, la vue extérieure et la vue intérieure. » Je me rappelle maintenant qu’il s’appelait Manahem, comme l’Essénien qui prédit à Hérode qu’il deviendrait roi. Les pharisiens de la ville se moquaient de ce bon jeune homme à cause de ses prophéties, qu’ils regardaient comme des rêveries chimériques, et ils prétendaient même qu’il tirait vanité de ses beaux habits. Ils l’avaient amené à Jésus, parce qu’ils étaient convaincus qu’il ne pourrait le guérir, car on n’avait jamais vu la prunelle de ses yeux. Après cette guérison si merveilleuse, beaucoup de méchantes gens disaient : « Il n’a jamais été privé de la vue ; c’est un Essénien, il a probablement fait vœu de feindre d’être aveugle, etc. »