CHAPITRE XL
La fête des Tabernacles à Silo.
Jésus arriva à Silo. C’est une ville déserte et dépeuplée. Elle est assise sur une hauteur, et l’on y jouit d’une vue très étendue. L’arche d’alliance avait autrefois reposé sur l’éminence qui domine la ville ; on y voit encore çà et là les restes d’une ancienne splendeur.
Jésus prêcha en plein air dans une belle chaire en pierre. Sur cette éminence on avait dressé des berceaux de verdure. Dans les auberges des alentours, on faisait en commun tous les préparatifs pour la fête des Tabernacles.
Ce jour-là, il était permis à un docteur de faire, du haut de la chaire, des remontrances sévères, sans que personne pût le trouver mauvais, et Jésus était principalement venu pour faire cette admonition. Le matin, je vis tous les Juifs, hommes, femmes, jeunes gens, jeunes filles et enfants, se rendre en procession, de toutes les cabanes de feuillage, sur la hauteur ; la séparation entre chaque famille ou chaque classe était marquée par des guirlandes de verdure. On avait dressé une tente au-dessus de la chaire, qui était aussi ornée dans le même genre. Jésus enseigna jusqu’à midi ; il parla de la miséricorde de Dieu envers son peuple, de la corruption et des iniquités de celui-ci, de la ruine de Jérusalem, de la destruction du Temple et de ces derniers temps de grâce, ajoutant que, si les Juifs ne voulaient point accepter la grâce à cette heure, ils ne la trouveraient plus, en tant que peuple, jusqu’aux derniers jours du monde ; et que la destruction de Jérusalem serait beaucoup plus complète que les précédentes, etc. Sa parole fit une impression profonde, tous l’écoutèrent silencieusement et avec effroi ; car, en appliquant au temps présent toutes les prophéties, il leur fit clairement comprendre que c’était lui qui apportait le salut. Les pharisiens de la ville l’avaient accueilli avec une déférence hypocrite ; ils ne dirent rien, malgré leur étonnement et leur irritation ; mais le peuple exprimait sa joie en chantant les louanges du Seigneur.
Le soir, Jésus devait prendre un repas sous les berceaux de verdure avec les pharisiens ; mais il se déroba à leur compagnie, et se rendit auprès du peuple pour l’enseigner et le consoler ; il se retira dans un lieu écarté, où les pharisiens ne pouvaient pas l’épier. Plusieurs personnes vinrent à lui, se jetèrent à ses pieds pour lui rendre hommage, pour lui découvrir leurs chagrins et leurs péchés, enfin pour recevoir ses consolations et ses conseils. C’était un spectacle émouvant, au milieu de la nuit et parmi ces berceaux de verdure tout illuminés. Les lampes étant protégées par des écrans contre les courants d’air, on n’en voyait pas la flamme, mais une douce lueur dorée était répandue sur la verdure, les fleurs et les personnes. De la hauteur de Silo, la vue s’étendait sur plusieurs villes des alentours ; on voyait partout des berceaux de verdure éclairés pour la fête, et l’on entendait des chants de près et de loin. Jésus ne fit point de guérisons ; les pharisiens tinrent les malades écartés de lui, et le peuple en général les redoutait.