CHAPITRE XXXVII

Jésus reçu à Ainon par Mara la Suphanite.

Jésus traversa ensuite la rivière du Jabok pour se rendre à Ainon, à une lieue de Sukkoth. Le chemin était fort agréable ; il était entouré de champs couverts de verdure et continuellement animé par des caravanes et des voyageurs se rendant au baptême. Il était, à ce moment, garni d’une longue rangée de berceaux de verdure, parce que la fête des Tabernacles commençait à la clôture du sabbat. Jésus enseigna et guérit tout le long du chemin.

En deçà d’Ainon, Marie la Suphanite, que le Sauveur venait de guérir, avait fait dresser une tente magnifique, afin de lui faire une réception solennelle. Les prêtres et les gens les plus considérables de la ville s’étaient rendus auprès d’elle, de ses enfants et de ses amies. A l’arrivée de Jésus, les hommes lui lavèrent les pieds ainsi qu’à ses disciples, et on leur offrit des rafraîchissements plus recherchés que de coutume. Les enfants de Marie et d’autres aidaient à la réception. Les femmes, couvertes de leurs voiles, se prosternèrent devant Jésus, la face contre terre. Il salua et bénit avec bonté tous ceux qui se présentèrent à lui. Marie pleurait de joie et de reconnaissance ; elle pria le Sauveur de venir chez elle. Quand il entra dans la ville, les deux filles de la Suphanite et son fils, accompagnés de quelques autres enfants, s’avancèrent, portant devant et derrière lui des guirlandes de fleurs avec des bandelettes de laine. Jésus s’arrêta, sous un berceau de verdure, dans la cour de la maison de Marie ; là elle se prosterna à ses pieds et lui rendit grâces encore une fois, les yeux baignés de larmes ; ses enfants remercièrent et pleurèrent avec elle pendant qu’il les caressait.

Marie raconta au Seigneur que Dina la Samaritaine l’avait visitée, et que l’homme avec lequel elle avait vécu jusqu’alors était allé au baptême. Elle connaissait Dina et avait célébré avec elle les louanges de Jésus. Enfin Marie, dans sa joie, montra au Sauveur une mitre, et des vêtements sacerdotaux précieux, ouvrages de ses mains, qu’elle voulait offrir au Temple, car elle était aussi habile que riche. Jésus témoigna beaucoup de bonté pour elle ; il lui parla de son mari, disant que son devoir était de le rejoindre et de ne plus le quitter, parce qu’elle avait là du bien à faire ; quant à ses enfants illégitimes, ils devaient être placés ailleurs.

De la maison de la Suphanite, Jésus se rendit au lieu où l’on baptisait et où se trouvait la chaire ; il y enseigna. Le jour du Sabbat, Lazare, Joseph d’Arimathie, Véronique, les fils de Siméon et d’autres disciples de Jérusalem survinrent. André, Jean et quelques disciples de Jean-Baptiste étaient arrivés auparavant. L’ardent Précurseur fit encore prier Jésus de ne point tarder à se rendre à Jérusalem, et de dire publiquement qui il était. Il brûlait d’impatience ; car, s’il ne pouvait plus lui-même annoncer Jésus, il était cependant tourmenté du désir de le faire.

Après le sabbat, il y eut encore, dans un lieu public, un banquet que Marie la Suphanite avait préparé : la table et toute la maison étaient parées avec de la verdure, des fleurs et des lampes. Parmi les nombreux convives, il y en avait plusieurs que Jésus avait guéris. Pendant le repas, Marie vint, avec ses enfants, placer sur la table des parfums précieux ; elle versa sur la tête du Seigneur un flacon de baume et se prosterna devant lui. Il la reçut avec bienveillance et raconta plusieurs paraboles ; personne ne blâma Marie, que tout le monde aimait à cause de sa générosité.

Dans la matinée Jésus, après avoir guéri plusieurs malades, prêcha dans la synagogue sur l’enfant prodigue. Il parla devant le peuple assemblé, avec une expression aussi vive et aussi naturelle que s’il eût été lui-même le père retrouvant son fils perdu. Il étendit les bras et s’écria : « Voici mon fils qui revient, faisons-lui bonne chère ». Il prononça ces paroles d’un ton si paternel, que les assistants cherchèrent des yeux celui dont il parlait, comme s’il eût été réellement présent. Au sujet du veau gras que le père avait fait tuer pour le fils retrouvé, il dit plusieurs choses très mystérieuses. Je ne saurais répéter ses propres expressions ; en voici le sens : « Combien est grand l’amour du Père céleste qui, pour sauver ses enfants perdus, livre comme victime son propre fils ! » Son instruction était particulièrement adressée aux pénitents, aux baptisés, et aux païens, qu’il présenta comme des enfants perdus, mais retrouvés ; tous les assistants étaient pleins de joie et de tendresse mutuelle. Grâce à cette instruction, les païens furent bien traités ici pendant la fête des Tabernacles.

Après le repas, Jésus alla se promener entre Ainon et le Jourdain avec ses disciples et plusieurs habitants de la ville ; les païens avaient dressé leurs tentes dans des prairies en fleurs. Tous continuaient à parler du fils perdu ; ils étaient heureux et se montraient très affectueux les uns envers les autres.