CHAPITRE XXXVI
La fête de l’Expiation à Dion et à Jérusalem.
Avec le sabbat, dixième jour de Tisri, commençait la fête des Expiations. La journée entière fut consacrée par les Juifs de Dion à la célébrer. Jésus prêcha dans leur synagogue ; il les exhorta à la pénitence, et déclara vaines les ablutions corporelles, si elles n’étaient accompagnées de la purification de l’âme. J’aperçus, au même moment, des Juifs qui se flagellaient les reins sous leurs larges manteaux.
Je fus aussi témoin de plusieurs cérémonies de la fête des Expiations à Jérusalem, des purifications du grand prêtre, d’abstinence et de diverses préparations pénibles, d’immolations et d’aspersions sanglantes pendant que brûlait l’encens. Je vis comment on tirait au sort entre deux boucs ; l’un était sacrifié, l’autre chassé dans le désert : celui-ci était le bouc émissaire. Le grand prêtre aujourd’hui parut très triste et tout bouleversé. Il aurait voulu qu’un autre pût officier à sa place. Il n’entra dans le Saint des saints qu’en tremblant et après avoir demandé instamment au peuple de prier pour lui. Les Juifs craignaient qu’il n’eût commis quelque péché grave et qu’il ne lui arrivât malheur dans le Saint des saints. Il était tourmenté de remords, parce qu’il avait pris part à l’assassinat de Zacharie, père de Jean. Son péché se transmit en quelque sorte à son beau-fils Caïphe, qui condamna Jésus.
Durant cette fête, je vis beaucoup de choses de la vie des prophètes, et un grand nombre d’exemples des abominations de l’idolâtrie en Israël. Comme la vision me reportait aux hommes des premiers siècles, qui adoraient des animaux et des images, me rappelant en outre les infidélités sans nombre des Israélites envers le Seigneur, dont la miséricorde s’était tant de fois manifestée par les prophètes, je m’étonnais extrêmement qu’on eût jamais pu se livrer à un culte si abominable. Mais j’eus des visions qui me montraient que de nos jours ces abominations persistent encore d’une manière spirituelle. Des tableaux innombrables me convainquirent que l’idolâtrie se pratique, au sein du christianisme, et dans le monde entier, presque sous autant de formes que jadis. Je vis, par exemple, des prêtres adorer des reptiles à côté du saint Sacrement ; car leurs passions diverses ressemblaient à autant d’espèces de serpents. Je vis aussi de grands personnages et des savants adorer toutes sortes de bêtes immondes, se croyant eux-mêmes au-dessus de toute religion. Je vis, parmi les objets de leur vénération, des crapauds et d’autres animaux plus hideux encore.
Cependant des gens simples et pieux, comme les prophètes, étaient l’objet de la raillerie et du mépris de ces êtres détestables.
Je compris alors qu’il y a encore autant d’abominations que jamais, et que, si maintenant l’impiété et l’idolâtrie prenaient une forme sensible, on reverrait bientôt les idoles d’autrefois.