CHAPITRE XXXIV

Guérisons de sourds-muets, d’aveugles et de possédés, à Abila.

Jésus, accompagné de ses disciples et de quelques lévites, se dirigea vers le nord-ouest. Après deux ou trois heures de marche, il entra dans une gorge à travers laquelle le ruisseau de Chrit allait se jeter dans la Hiéromax. Au fond de la vallée et près de la source du ruisseau, était bâtie la jolie ville d’Abila. Il était environ trois heures de l’après-midi, lorsque Jésus arriva devant cette ville. Il fut reçu par des lévites et par plusieurs Réchabites, qui le conduisirent aussitôt auprès d’une belle fontaine, placée au milieu de la ville. C’était la source du ruisseau de Chrit. Au-dessus de la fontaine s’élevait un bel édifice, soutenu par des colonnes et environné de péristyles qui rattachaient à ce point central la synagogue et plusieurs autres bâtiments publics. La ville, qui s’élevait en pente douce sur les deux flancs de la colline, avait ses rues disposées en forme d’étoiles, en sorte que de chacune d’elles on pouvait voir la fontaine.

Ce jour-là on célébrait dans la ville une fête en mémoire d’Élie, parce qu’il était arrivé, auprès du ruisseau dont nous avons parlé, un fait que je ne puis me rappeler que confusément. Après l’instruction, Jésus fut conduit par les lévites dans une grande cour entourée de cellules. C’était un hospice où l’on nourrissait une vingtaine de sourds-muets de naissance et d’aveugles-nés, dont plusieurs étaient déjà avancés en âge. Il y avait près d’eux plusieurs gardiens et deux personnages qui paraissaient être des médecins. Les sourds-muets étaient tout à fait comme des enfants ; chacun avait un petit jardin qu’il s’amusait à cultiver. Tous vinrent bientôt entourer Jésus : ils riaient et lui montraient leur bouche du doigt. Jésus traça avec le doigt toutes sortes de signes sur le sable ; ils les regardèrent attentivement, et, à chaque signe qu’il traçait, ils montraient tel ou tel objet autour d’eux. Je crois qu’il leur fit aussi comprendre quelque chose qui se rapportait à Dieu. Je ne saurais dire s’il traça des lettres ou des figures, je ne sais pas non plus s’ils avaient été instruits de cette façon. Puis Jésus leur mit les doigts dans les oreilles et les toucha sous la langue avec le pouce et l’index. On les vit alors violemment agités ; puis ils regardèrent autour d’eux, et se prirent à pleurer ; ils entendaient, ils balbutiaient, ils parlaient ; ils se prosternèrent aussitôt devant Jésus, et finirent par entonner un cantique qui, bien que monotone et composé seulement de quelques paroles, était fort touchant. Il avait du rapport avec les chants si pleins d’onction que firent entendre les trois rois lorsqu’ils se rendirent à la crèche du Sauveur.

Jésus s’approcha aussi des aveugles, qui se tenaient immobiles, rangés sur une ligne. Il pria, et leur mit les deux pouces sur les yeux : ils les ouvrirent, virent leur Sauveur et leur Rédempteur, et mêlèrent leur chant d’action de grâces à celui des sourds-muets, qui maintenant pouvaient louer le Seigneur et entendre sa parole. L’aspect de cette scène émouvante me causa une joie indicible. Toute la ville accourut en poussant des cris d’allégresse, lorsque Jésus s’avança suivi des malheureux qu’il avait guéris.

Le Seigneur se rendit, à travers la ville, à la chaire d’Élie, accompagné de ses disciples et des lévites. Il régnait dans tous les quartiers une grande agitation. À la nouvelle du prodige que venait d’opérer Jésus, beaucoup de possédés furent mis en liberté. À un coin de rue, plusieurs femmes idiotes coururent vers le Seigneur, criant toutes à la fois et répétant avec une grande vivacité : « Jésus de Nazareth, Prophète ! Tu es Prophète ! Tu es Jésus, Tu es le Christ ! le Prophète ! etc. » C’étaient des folles, mais d’un caractère doux. Jésus leur ordonna de se taire, et elles obéirent. Il leur mit la main sur la tête : alors elles tombèrent à genoux en versant des larmes ; après quoi honteuses et silencieuses, elles se laissèrent tranquillement reconduire chez elles par leurs parents. Plusieurs possédés furieux percèrent la foule pour se jeter sur le Seigneur. Il ne fit que les regarder, et aussitôt ils se traînèrent à ses pieds comme des chiens, en poussant des cris plaintifs. Il ordonna aux démons de sortir d’eux : alors ils s’affaissèrent sur eux-mêmes, et je vis sortir de leur corps une vapeur noirâtre : ils étaient guéris. Après avoir remercié le Sauveur les yeux baignés de larmes, ils furent reconduits chez eux par leurs parents. Jésus fit une instruction, dans la chaire, auprès du ruisseau. Il parla d’Élie, de Moïse et de la sortie d’Égypte, ensuite des prophéties qui annonçaient qu’au temps du Messie, les muets parleraient, et les aveugles verraient. Il dit aussi qu’ils avaient vu ces signes, mais qu’ils ne voulaient pas les comprendre, etc.