Ce fut ici, à Jezraël, que les parents de Jésus, les disciples de Bethsaïde, même André et Nathanaël, le quittèrent ; ils retournèrent chez eux pour quelque temps, le Sauveur leur indiqua l’endroit où ils devaient le rejoindre. Il ne resta auprès de lui qu’environ quinze jeunes disciples.
Je ne vois plus Notre-Seigneur à Jezraël ; il est à une lieue et demie au delà ; peut-être doit-il y revenir. Il parcourt une vallée remplie d’arbres fruitiers : ce sont des vergers appartenant pour la plupart aux habitants de Kisloth ou à ceux de Jezraël ; j’y ai remarqué beaucoup de tentes, habitées par des gens de Sichar qui sont chargés de garder les fruits, puis de les récolter ; je crois que c’est une sorte de corvée qui leur est imposée. Cette vallée renferme aussi de belles fontaines et des sources d’eau vive qui se perdent dans le Jourdain. La source principale vient de Jezraël, et jaillit d’une construction charmante au-dessus de laquelle s’élève une sorte de chapelle. Cette source communique avec les eaux des autres fontaines de la vallée, qui toutes vont se perdre dans le Jourdain. Jésus enseigna ici sous une tente les gardiens, rassemblés au nombre de trente à peu près : les femmes se tenaient en arrière des hommes. Il les entretint de l’esclavage du péché, dont ils avaient à s’affranchir. Ils étaient tout joyeux et tout émus de ce qu’il était venu à eux. Il traita ces pauvres gens avec tant de bonté et de bienveillance, que je ne pus m’empêcher de pleurer. Il mangea des fruits qu’ils lui offrirent, et en fit manger à ses disciples.
De là, Jésus se rendit à Sunem, ville située sur une hauteur. La foule qui le pressait grossissait de moment en moment : on se prosternait devant lui ; on le saluait, on le proclamait à grands cris, comme le nouveau prophète Ce voyage de Notre-Seigneur en Galilée accomplissait cette prophétie d'Isaïe : "Ceux de la Galilée des nations, ce peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; le jour s'est levé sur ceux qui demeuraient dans la région des ombres de la mort." (Is., ch. IX, v. 1, 2.) . Plusieurs étaient mus par de bons sentiments, d’autres voulaient seulement faire du bruit ou satisfaire leur curiosité. Comme en Galilée de tels mouvements dégénèrent facilement en émeute, le Sauveur n’y restera pas longtemps. Élisée avait logé souvent dans une maison de Sunem, et il y ressuscita l’enfant de son hôtesse. Une hôtellerie fut créée en son honneur dans ce lieu ; on y recevait gratuitement certains voyageurs.
Jésus enseigna dans l’école, puis il visita plusieurs malades, qu’il consola et guérit. Dans ce pays, les habitations étaient disséminées autour d’une hauteur qui dominait la ville ; on y montait par un chemin bordé de maisonnettes. Sur le sommet, au milieu d’une place découverte, se trouvait une chaire, garantie contre le soleil par un pavillon tendu sur des pieux.
Ce matin, Jésus s’y rendit avec ses disciples ; la ville était en mouvement d’une manière très fatigante ; on y amenait un grand nombre de malades, qu’on plaçait sur des brancards le long du chemin qui conduisait à la hauteur. Le Sauveur la gravit à travers la foule, tout en opérant beaucoup de guérisons. Les gens de la ville s’étaient postés jusque sur les toits pour le voir et l’entendre. Du lieu où était la chaire on apercevait le Thabor, et d’admirables aspects se déroulaient au loin. Jésus prêcha avec sévérité contre l’orgueil et la vanité des habitants, qui au lieu de se convertir, de faire pénitence et de garder les commandements de Dieu, ne montraient leur zèle qu’en le saluant par de vains cris, comme le prophète envoyé de Dieu, et, tirant vanité de sa présence au milieu d’eux, l’attribuaient à leurs mérites, tandis qu’il n’était venu que pour les amener à reconnaître qu’ils étaient de grands pécheurs.
Dans l’après-midi, Jésus se dirigea au nord-est, à trois lieues de Sunem, du côté d’Ulama, ville encore plus grande et plus agglomérée que cette dernière.
Ulama avait une apparence plus moderne que les villes de ces contrées ; on aurait même dit qu’elle n’était pas tout à fait achevée. Les habitants n’avaient pas l’ancienne simplicité des Juifs ; ils se croyaient plus civilisés et doués de plus d’esprit. Quand on apprit que le Seigneur voulait s’y arrêter, pour célébrer le sabbat, on y afflua de toutes parts. Jésus avait avec lui une vingtaine de disciples, entre autres Jonathan, le demi-frère de Pierre, le fils des trois veuves, Pierre, André, Jean, Jacques le Mineur, Nathanaël Khased et Nathanaël le fiancé. Il les avait fait venir pour entendre ses instructions et pour contenir, pendant qu’il guérissait, l’impétuosité de la foule. Le peuple, qui était parvenu à savoir par quel chemin Jésus devait arriver, alla au-devant de lui, portant des branches d’arbres, jonchant le chemin de feuillage, étendant des bandes d’étoffes en travers sur sa route, et le saluant comme prophète. Quelques personnes étaient chargées de maintenir l’ordre. Il y avait, dans cette ville, un grand nombre de possédés, qui criaient de toutes leurs forces derrière Jésus et annonçaient qui il était. Il leur ordonna de se taire. Dans l’hôtellerie même les possédés ne le laissèrent pas tranquille ; ils le suivirent en faisant grand bruit. Après les avoir calmés, le Sauveur prescrivit qu’on les éloignât.
Il y avait à Ulama trois écoles, une de docteurs de la loi, une pour la jeunesse, et enfin celle de la synagogue. Jésus alla le vendredi dans diverses maisons pour guérir les malades et consoler les affligés. Il enseigna dans l’école de la synagogue sur la simplicité et sur le respect pour les parents ; choses qui faisaient bien défaut aux habitants de ce lieu. Il leur reprocha de tirer vanité de ce qu’un prophète s’était levé au milieu d’eux, et de perdre le temps de la pénitence et de la conversion en vanteries frivoles.
Les disciples et les apôtres n’avaient quitté Jésus que pour revoir leurs familles, et pendant ce temps-là ils avaient souvent visité la sainte Vierge, à laquelle les femmes aussi s’attachaient de plus en plus.
Jean-Baptiste restait toujours au même lieu ; le nombre de ses disciples diminuait de jour en jour, mais Hérode ne cessait de venir lui-même le trouver ou de lui envoyer des messagers.
Le lendemain du sabbat, Jésus se rendit avec ses disciples à un quart de lieue de la ville ; il y avait là une promenade publique où se trouvait un établissement de bains. On y voyait une chaire placée tout près d’une riante fontaine. Le Seigneur y avait fait venir les malades qui s’étaient réunis dans la ville, où à cause de la presse, il n’avait pas guéri ; il rendit la santé à beaucoup d’entre eux. Ces pauvres gens étaient couchés sur des brancards dans les salles et sous des tentes ; ils furent suivis d’une telle multitude que la place manqua. Les prêtres et des personnes désignées aidaient aux disciples à maintenir l’ordre. L’enseignement de Jésus roula cette fois sur la mort de Moïse ; on devait jeûner le lendemain en mémoire de cet événement. Il parla ensuite de la terre promise et de sa fertilité ; il dit que cette fertilité ne devait pas s’entendre dans un sens matériel seulement, mais aussi dans un sens spirituel. La terre promise, ajouta-t-il, est féconde en prophètes et en oracles de Dieu ; ses fruits sont le salut promis par le Seigneur et la pénitence pour ceux qui veulent la recevoir. Puis Jésus se rendit dans une maison voisine où l’on avait amené des possédés. C’étaient pour la plupart des jeunes gens, ou même des enfants ; ils poussèrent des cris affreux lorsque le Sauveur arriva. Il les fit mettre sur un rang, et leur ordonna de rester calmes : alors tous furent délivrés par ce seul commandement. Il les instruisit et les exhorta ensuite en présence de leurs parents.
Vers midi, Jésus sortit d’Ulama sans être aperçu ; ses disciples l’avaient devancé. Ils se rendirent à Capharnaüm ; ils n’entrèrent dans aucune des villes qui se trouvèrent sur leur passage. Le Seigneur quittait la Galilée, à cause de la grande agitation causée par sa présence. Je vis le Sauveur instruire ses disciples pendant le voyage ; ceux-ci se groupèrent autour de lui. Il arriva le matin chez sa mère ; ils avaient voyagé toute la nuit.
La sainte Vierge n’a ni terres ni troupeaux ; elle vit en veuve des offrandes de ses amis. Elle est toujours occupée : elle file, elle coud, elle tricote, elle prie, console et instruit d’autres femmes. Elle pleure en pensant à tant de périls que court son Jésus, à cause du grand bruit que sa prédication et ses miracles font dans toute la contrée ; car les calomnies, les mauvais propos qu’on n’ose pas tenir en présence du Sauveur lui sont rapportés. Jésus dit à Marie que son temps est venu, qu’il veut quitter ce pays et se rendre en Judée, où après la fête de Pâques il doit devenir plus que jamais une occasion de scandale.
A Capharnaüm on fait les préparatifs d’une fête ; on orne la synagogue et les bâtiments principaux avec des guirlandes de fleurs et de feuillage. Les musiciens jouent d’un singulier instrument ; ils sont placés sur des galeries que supportent le toit de la synagogue et ceux de quelques grands bâtiments.
L’objet de la fête était de remercier Dieu, qui avait accordé de la pluie. Jésus fit une instruction bien touchante, dans la synagogue, sur la pluie et la sécheresse. Il raconta qu’Élie avait, sur le mont Carmel, demandé l’eau du Ciel, et qu’après avoir interrogé sept fois son serviteur, il avait vu, à la septième interrogation, s’élever, du lac de Génésareth, un petit nuage qui s’était agrandi de plus en plus et avait enfin arrosé tout le pays.
Il dit que les sept interrogations d’Élie présageaient les sept époques qui devaient précéder l’accomplissement de la promesse, et il décrivit le nuage comme un type du temps accompli, et la pluie comme le symbole de la venue du Messie, dont la doctrine devait arroser les cœurs desséchés de tous les hommes. Maintenant tous ceux qui avaient soif seraient désaltérés, et quiconque avait labouré son champ recevrait la pluie. Il dit toutes ces choses en termes si pénétrants et si admirables, que tous les auditeurs en furent émus jusqu’aux larmes : Marie et toutes les saintes femmes pleurèrent aussi, et moi je pleurai avec elles. Les habitants de Capharnaüm sont, jusqu’à ce moment, très favorablement disposés.
Jésus, voulant quitter la contrée, prit congé hier au soir de ses parents et des disciples de Bethsaïde. Il n’emmena avec lui que douze des siens, tous natifs de Nazareth et de Jérusalem ; c’étaient d’anciens disciples de Jean. De Capharnaüm, le Sauveur se dirigea vers le sud entre Cana et Séphoris. Marie et huit autres saintes femmes l’accompagnèrent à quelque distance de la ville.
Après avoir salué les saintes femmes qui accompagnent sa mère, Jésus la prend à l’écart pour prendre congé d’elle ; je la vois pleurer ; il l’embrasse comme il fait habituellement, soit qu’il la quitte, soit qu’il la rejoigne, quand ils sont seuls. S’il y a quelqu’un, il se borne à lui serrer la main, et à s’incliner affectueusement.
Marie me paraît encore jeune. Elle est grande et maigre, son front est élevé, son nez long, ses yeux, humblement baissés, sont grands ; sa bouche est admirable ; elle a le teint brun, éclatant, et les joues colorées.