CHAPITRE XVIII

Nouvelle entrevue avec Hérode.

Je vis, peu de temps après, Hérode se rendre auprès de Jean avec une suite assez nombreuse. Il était monté sur une mule, ainsi que la femme de son frère, avec laquelle il entretenait des relations adultères. Elle avait un air arrogant et était pompeusement parée. Lorsqu’ils furent arrivés auprès du lieu où Jean baptisait, Hérode descendit de sa mule et se mit en mesure de discuter avec Jean, qui se tenait toujours à distance : car, malgré l’écrit par lequel le roi cherchait à justifier son union illicite, le saint Précurseur avait prononcé contre lui une excommunication qui l’excluait de toute participation au baptême et au salut apporté par le Messie, à moins qu’il ne renonçât à sa vie scandaleuse. Hérode lui demanda s’il connaissait un certain Jésus de Nazareth dont on parlait beaucoup dans le pays, s’il recevait des messages de sa part, et si c’était celui dont il annonçait la venue. Il le pria de le lui dire, parce qu’il voulait en référer à lui, à l’occasion de son mariage. Jean lui répondit : « Celui dont vous parlez ne vous écoutera pas plus que je ne vous ai écouté : vous êtes adultère ; consultez qui vous voudrez, vous resterez adultère. » Ensuite Hérode lui demanda pourquoi il ne s’approchait pas de lui davantage, et pourquoi il lui parlait toujours de loin. Alors Jean reprit : « Vous étiez déjà aveugle, et vous êtes devenu plus aveugle encore depuis votre péché ; plus je m’approcherais de vous, plus augmenterait votre aveuglement La sévérité est nécessaire à l'égard du pécheur endurci. Lui faire sentir et craindre la justice est souvent le seul moyen de le réveiller. ; mais, quand je serai tombé en votre pouvoir, vous ferez une chose dont vous vous repentirez. » C’était une prophétie touchant sa mort. Hérode et la femme se retirèrent fort irrités.

J’ai vu, ces derniers jours, Jean plongé dans une tristesse profonde. Il semblait que sa mission touchât à sa fin, car il n’avait plus la même ardeur. D’ailleurs, il était très tourmenté : des envoyés venaient, tantôt de Jéricho, tantôt de Jérusalem, tantôt de la part d’Hérode pour l’expulser du lieu où il baptisait. On exigeait qu’il se retirât et qu’il allât de l’autre côté du Jourdain. Les soldats d’Hérode enlevèrent même, sur une certaine étendue, les enceintes établies par les néophytes qu’ils chassèrent de leurs tentes. Cependant ils ne sont pas venus encore jusqu’à celle de Jean. Le saint Précurseur s’entretenait avec ses disciples ; il désirait vivement que Jésus vînt au baptême, car il devait, disait-il, se retirer devant lui et s’en aller de l’autre côté du fleuve ; il ajoutait qu’il avait encore bien peu de temps à passer avec eux ; ils en étaient tout contristés et ne voulaient pas qu’il parlât de les abandonner.

Alors survinrent un grand nombre de ceux que Jésus avait exhortés au baptême ; ils apprirent à Jean que Jésus ne tarderait pas à arriver, et Jean se remit à baptiser avec une nouvelle ardeur. Il fit une belle instruction sur le Messie, annonçant que bientôt il devait lui céder la place ; il s’humilia tellement lui-même, que ses disciples en furent très attristés. Je n’avais pas vu, sans émotion, sa véhémence diminuer, à mesure que Jésus approchait, et je fus touchée de le voir se ranimer, à la nouvelle de l’approche du Sauveur. Je crois que Jésus sera auprès de lui dans huit ou dix jours.

Jean avait pour son Maître un amour tellement ardent, qu’il éprouvait une sorte d’impatience de ce qu’il ne disait pas plus ouvertement qu’il était le Messie. C’était un sentiment tout à fait humain. Pendant qu’il baptisait les disciples de Jésus, il reçut l’assurance de son arrivée très prochaine ; il vit une nuée lumineuse descendre sur eux, et il eut une vision où Jésus lui apparut entouré de tous ses disciples. Depuis ce moment, je vis Jean, ravi de joie et enflammé de désir, regarder toujours à l’horizon, pour voir si le Seigneur n’arrivait pas.