CHAPITRE XVII

Fête célébrée par Jean-Baptiste, au lieu du passage du Jourdain sous Josué.

Peu après il y eut une fête de trois jours, près de la pierre de l’arche d’alliance, en mémoire, si je ne me trompe, du passage du Jourdain. Les disciples de Jean ornèrent le lieu de la fête avec des arbres, des guirlandes de feuillage et des fleurs. J’y comptai Pierre, André, Philippe, Jacques le Mineur, Simon, Thaddée et plusieurs autres, qui s’attachèrent plus tard à Jésus. Ce lieu, toujours vénérable par ses souvenirs, commençait à être oublié, quand, grâce à Jean, il fut remis en honneur. Je vis le Précurseur et quelques-uns de ses disciples, en habits sacerdotaux. Il portait un double vêtement : celui de dessous était de couleur grise, et celui qui le couvrait consistait en une robe blanche, longue et large, serrée autour du corps par une ceinture jaune et blanche. Je remarquai, sur ses épaules, comme deux pierres précieuses, longues et recourbées, sur chacune desquelles étaient gravés les noms des six tribus d’Israël. De sa poitrine pendait un pectoral carré, jaune et blanc, attaché aux quatre angles avec des chaînettes d’or et garni de douze pierres précieuses de différentes couleurs dont chacune, portait aussi le nom d’une des douze tribus. Les disciples de Jean étaient vêtus de robes blanches avec de larges ceintures, semblables à celles qu’avaient les apôtres, dans leurs premières réunions pour la célébration du culte divin.

Je vis, devant la pierre de l’arche d’alliance, un petit autel creusé au milieu et recouvert d’un grillage. J’assistai à une sorte de sacrifice. Les disciples de Jean encensaient, tandis que lui-même brûlait sur l’autel de l’encens, des herbes, des aromates de diverses espèces, et aussi, je crois, des épis de blé. Tous les alentours étaient ornés de guirlandes de fleurs et de feuillage, et un grand nombre d’aspirants au baptême y assistaient.

Jean se montrait, en toutes choses, comme l’inaugurateur d’une nouvelle Église. Lorsqu’il baptisait, il portait toujours une longue robe blanche. Il ne faisait plus de travaux manuels, si ce n’est au lieu où Jésus devait être baptisé, car il le prépara de ses propres mains, avec l’aide de ses disciples.

Pendant la fête, je le vis revêtu de ses ornements sacerdotaux ; il prêcha plusieurs fois du haut de sa tente. On avait disposé des sièges en amphithéâtre pour les auditeurs, qui étaient très nombreux. Il parla du Sauveur qui l’avait envoyé, disant toujours qu’il ne l’avait jamais vu, et du passage des Israélites à travers le Jourdain. Il y eut encore une nouvelle oblation d’encens et d’aromates. Je remarquai que la plupart des personnes qui assistaient à la fête portaient de longs vêtements blancs. Presque aucun Essénien ne fit défaut. Les hommes offraient des pains pour présents, et les femmes des colombes. Jean, qui se tenait derrière une grille, recevait les pains, les bénissait, puis les élevait, comme pour les faire agréer à Dieu. Ces pains étaient ensuite distribués aux assistants, qui en recevaient plus ou moins, selon qu’ils venaient de plus ou moins loin. On partagea aussi les colombes que les femmes avaient apportées. Lorsque la fête fut terminée, je vis le Précurseur retourner au lieu où il baptisait.

Peu après il fit encore une instruction à ses disciples ; elle avait pour objet le prochain baptême du Messie. Il la termina par ces paroles : « En témoignage de ce que je dis, je veux vous montrer la place où il sera baptisé. Regardez le Jourdain, les vagues se diviseront et une île se formera. » Au même instant, je vis les eaux du fleuve se séparer en effet, et une petite île blanche, de forme ovale, s’éleva au-dessus de l’eau. C’était l’endroit où les Israélites avaient traversé le Jourdain, avec l’arche d’alliance, et où plus tard Elie divisa les eaux du fleuve avec son manteau.

À cette vue les assistants, profondément émus, se mirent à prier et à chanter des cantiques de louange. Jean et ses disciples établirent dans l’eau de grosses pierres sur lesquelles ils posèrent des poutres et des branches, formant ainsi un pont jusqu’à l’île ; ils le recouvrirent de cailloux blancs. Ensuite ils plantèrent autour de l’île douze petits arbres, qu’ils réunirent par le sommet, de manière à former un berceau de feuillage. Ils placèrent aussi, entre ces arbres, des arbustes avec des fleurs blanches et rouges, et des fruits jaunes. C’était charmant à voir, car les uns étaient couverts de fleurs, et les autres de fruits. Non loin du bord de l’île, à gauche, ils creusèrent une fosse dans laquelle monta une eau limpide. Quelques marches y conduisaient. Au niveau de la surface de l’eau, je remarquai une pierre rouge et polie, de forme triangulaire, sur laquelle Jésus devait se tenir pendant le baptême. À droite de cette pierre s’élevait un beau palmier chargé de fruits, que Jésus entourait de son bras au moment de la cérémonie.

Lorsque Josué fit passer le Jourdain aux Israélites, ce fleuve était très enflé. L’arche d’alliance fut portée par les lévites, jusqu’à un lieu où il y avait quatre pierres rouges, de forme quadrangulaire, placées en carré. De chaque côté, étaient deux rangées de six pierres triangulaires, d’un beau poli. Après avoir déposé l’arche d’alliance sur les quatre pierres du centre, les lévites s’étaient tenus debout, six à droite, six à gauche, sur les douze pierres triangulaires les plus rapprochées. Plus loin se trouvaient douze autres pierres, aussi triangulaires, très grandes et très grosses, avec des veines de diverses couleurs. Josué choisit, dans chacune des douze tribus, un homme pour porter une de ces pierres sur la rive, où il les fit placer sur deux rangs, comme un monument. Les noms des douze tribus et ceux des hommes, qui avaient porté les pierres, y furent gravés Il est impossible de ne pas reconnaître la coïncidence frappante du nombre et de la position de ces pierres, avec la description de l'Église dans l'Apocalypse. L'Agneau y est représenté au milieu des quatre animaux, comme ici l'arche d'alliance, et comme Notre-Seigneur à son baptême au milieu des quatre pierres symboliques. Ces quatre pierres qui entourent immédiatement l'arche rappellent, ainsi que les quatre animaux, les quatre évangélistes, ces quatre grands témoins de l'Agneau de Dieu. Les vingt-quatre pierres représentent les vingt-quatre vieillards, c'est-à-dire les douze patriarches et les douze apôtres. Les douze tribus d'Israël, qui dans saint Jean expriment l'universalité des élus, sont symbolisés par ces douze pierres que Josué fit placer sur la rive et marquer du nom des tribus. .

Le lieu où l’arche d’alliance avait été déposée, dans le Jourdain, était précisément l’endroit où Jésus devait se placer pour recevoir le baptême Jésus-Christ est l'arche d'alliance véritable qui nous ouvre l'entrée de l'Église, à travers les eaux du baptême. .