CHAPITRE XIV

Jean construit une fontaine symbolique pour le baptême.

En ce temps-là Jean, peu de temps avant de quitter le désert, eut sur le baptême une révélation, à la suite de laquelle il établit une fontaine à peu de distance des lieux habités. Avant qu’il commençât à la creuser, je le vis, devant sa grotte, au côté occidental d’un rocher escarpé. Il avait à sa gauche un ruisseau : c’était peut-être une des sources du Jourdain, qui naît au pied du Liban ; à sa droite s’étendait une plaine couverte de bruyères : c’était là que la fontaine devait jaillir. Jean avait un genou en terre ; il tenait sur l’autre un long rouleau d’écorce sur lequel il écrivait avec un roseau. Le soleil dardait à plomb sur sa tête. Il tournait ses regards vers le Liban, qui s’élevait au couchant. Pendant qu’il écrivait ainsi, tout à coup, ravi en extase, il demeura immobile comme une statue. Je vis alors, debout devant lui, un homme qui écrivait et dessinait bien des choses sur son rouleau. Revenu à lui, Jean lut ce qui venait de lui être prescrit, et se mit à travailler à la fontaine avec une ardeur extrême. Pendant ce labeur, il jetait souvent les yeux sur le rouleau, que deux pierres maintenaient étendu sur la terre, car tout ce qu’il avait à faire s’y trouvait indiqué.

À l’occasion de cette fontaine et de son site, je vis une scène de la vie d’Élie. Le prophète s’était assis dans le désert, tout attristé des crimes du peuple, et il s’était endormi. Il aperçut alors en songe un enfant qui le poussait avec un bâton vers une fontaine, dans laquelle il avait peur de tomber ; je le vis même rouler à quelque distance. Je vis ensuite l’ange le réveiller et lui donner à boire. Cela se passait à l’endroit même où Jean creusait la fontaine Jean-Baptiste a été appelé par le Sauveur lui-même un autre Élie, précurseur du premier avènement de Jésus-Christ, comme Élie doit l'être du second. Tous deux ont travaillé à purifier les hommes et à préparer au Seigneur un peuple parfait. Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient eu, tous deux, la vision d'une fontaine en ce lieu prédestiné. .

Les différentes couches de la terre que Jean eut à creuser avaient une signification : je le reconnus. Elles représentaient la dureté et d’autres défauts du cœur humain dont il lui fallait triompher, pour que rien ne lui fît obstacle à la grâce du Seigneur : je compris alors que le travail et la vie de Jean, dans le désert, étaient un symbole et une figure. En tout ce qu’il faisait, il obéissait, comme les prophètes, à une inspiration céleste, et Dieu lui tenait compte de la bonne volonté avec laquelle il accomplissait sa mission.

Jean enleva d’abord le gazon circulaire, puis il fit un bassin spacieux dans le sol, marneux et dur ; il le garnit de différentes pierres, excepté au milieu, à l’endroit le plus profond, où il avait creusé jusqu’à une petite veine d’eau. Avec la terre de l’excavation il en forma le rebord, où il ménagea cinq coupures. En face de quatre de ces ouvertures il planta, à égale distance, quatre tiges minces dont l’extrémité était couverte de feuilles vertes. Elles étaient de quatre espèces différentes, et chacune avait sa signification spéciale. Au milieu du bassin il planta un arbre aux feuilles effilées, portant des bouquets de fleurs de forme pyramidale et des fruits épineux. Cet arbre était resté longtemps devant sa grotte. Sur les bords du bassin, il fit venir des plantes de toute espèce, et à l’entour, il pratiqua un sentier, au travers des broussailles.

Ce travail dura plusieurs semaines ; lorsqu’il fut terminé, une petite veine d’eau commença à jaillir au fond du réservoir. L’arbre du milieu, qui était déjà flétri, reverdit aussitôt. Jean prit alors dans un vase, fait d’un grand morceau d’écorce, de l’eau d’une autre source, qu’il versa dans le bassin. Il paraît que cette source avait jailli quand, étant enfant, il avait frappé le rocher de son petit bâton. Il laissa ensuite le réservoir se remplir, et le trop-plein se répandit par les ouvertures sur le sol et les plantes, qu’il rafraîchit.

Enfin, Jean descendit lui-même dans l’eau jusqu’à la ceinture, saisit d’une main l’arbre du milieu, et de son bâton terminé par une croix avec une oriflamme Le Précurseur savait d'avance que c'est la croix, étendard du salut, qui communique la vertu à l'eau du baptême, et fait rejaillir les eaux de la grâce sur la tête des croyants. , il frappa l’eau et la fit jaillir jusqu’au-dessus de sa tête. À cet instant, une nuée lumineuse s’abaissa du ciel sur lui ; il reçut une communication de l’Esprit-Saint ; puis deux anges, paraissant au bord du bassin, s’entretinrent avec lui. Ainsi se termina sa vie du désert. Après la mort de Jésus, au temps des persécutions, quand les chrétiens fuyaient, cette fontaine servit encore au baptême des exilés et des malades ; on y venait aussi prier.