CHAPITRE IX
Jésus se rend à Béthanie, toujours en invitant au baptême de Jean.
J’ai vu les disciples envoyés en avant par Jésus arriver avant-hier à Capharnaüm. Ils s’entretinrent avec la sainte Vierge ; deux d’entre eux se rendirent ensuite à Bethsaïde pour chercher Pierre et André, auprès desquels se trouvaient Jacques le Mineur, Simon, Thaddée, Jean et Jacques le Majeur. Les disciples de Jésus vantèrent sa bonté, sa douceur et sa sagesse ; ceux du Précurseur parlèrent avec enthousiasme de Jean-Baptiste, de l’austérité de sa vie et de son enseignement, disant qu’ils n’avaient jamais entendu personne interpréter aussi bien que lui les prophètes et la loi. Jean lui-même était grand admirateur de Jean-Baptiste, bien qu’il connût aussi le Sauveur : à une époque antérieure, ils ne demeuraient qu’à deux lieues de Nazareth, et Jésus l’aimait dès son enfance.
Les disciples de Jésus et de Jean-Baptiste se mirent en route tous ensemble pour se rendre vers ce dernier. Pierre et André disaient de lui qu’il était issu d’une famille sacerdotale distinguée, qu’il avait été instruit par des Esséniens dans le désert, qu’il ne souffrait aucun désordre, qu’il était aussi austère que sage. Les disciples de Jésus faisaient valoir la bonté et la sagesse de leur maître ; mais les autres leur objectaient que, par suite de sa condescendance, plusieurs continuaient de vivre dans le dérèglement ; ils en citaient des exemples, et ils faisaient observer qu’il avait dû être instruit par les Esséniens dans ses derniers voyages, etc. En les entendant parler ainsi, je me disais que les hommes d’alors étaient bien comme ceux d’aujourd’hui.
Pendant ce temps, je vis Jésus prier seul dans l’hôtellerie de Gur, qui n’était pas très éloignée de la ville de Mageddo. J’ai appris, par une vision, que, vers la fin du monde, une bataille sera livrée contre l’Antechrist, dans la plaine de Mageddo. Jésus se leva au point du jour, roula sa couche, mit sa ceinture, laissa une pièce de monnaie sur la couverture et continua son chemin. Il prit des détours, évitant d’entrer dans les villages et de communiquer avec qui que ce fût. Il passa au pied du mont Garizim, ayant à sa gauche Samarie, et se dirigea vers le midi. Je le vis, en plusieurs endroits, manger des baies et des fruits, et boire de l’eau, qu’il puisait dans le creux de sa main ou dans une feuille repliée.
Arrivé dans un village de bergers, le Seigneur s’arrêta dans une hôtellerie. Le matin il se rendit à l’école, où il enseigna, comme à l’ordinaire, sur le baptême et sur l’approche du Messie, qui, disait-il toujours, ne serait pas connu. Il reprocha à tous ceux qui étaient venus l’entendre leur attachement opiniâtre à d’anciennes et vaines coutumes. Ces gens étaient assez simples ; ils prirent en bonne part ses paroles. Jésus se fit conduire par le chef de la synagogue chez dix malades environ, mais il n’en guérit aucun : il avait auparavant dit à Éliud et à ses disciples, que jusqu’à son baptême il n’opérerait aucune guérison, dans le voisinage de Jérusalem. Ces malades étaient pour la plupart, des hydropiques et des goutteux ; il y avait aussi des femmes infirmes. Il leur fit des exhortations, et dit à chacun en particulier ce qu’il avait à faire pour son salut ; car leurs maladies étaient en partie la punition de leurs péchés. Il ordonna à quelques-uns de se purifier et d’aller au baptême.
Il y avait un souper dans l’hôtellerie ; plusieurs habitants du lieu y assistaient. Ils parlèrent de l’union criminelle d’Hérode, qu’ils blâmaient, et demandèrent au Sauveur de faire connaître son sentiment à ce sujet. Jésus désapprouva sévèrement la conduite de ce prince, mais il dit aussi qu’avant de juger les autres, on devait se juger soi-même ; il s’éleva avec force contre les péchés qui se commettent dans le mariage.
Le Sauveur reprit très fortement, mais en particulier, plusieurs pécheurs de ce lieu ; il leur reprocha sévèrement leurs adultères et parla à quelques-uns de leurs péchés les plus secrets. Ils en furent si effrayés, qu’ils promirent de faire pénitence. Ensuite il se dirigea vers Béthanie, en passant par les montagnes.
Un soir, Jésus étant entré dans une maison pour demander un peu de nourriture, plusieurs personnes s’approchèrent de lui, et, comme il venait de Galilée, ils l’interrogèrent sur ce qui se passait là et sur ce docteur de Nazareth dont on parlait tant et qu’annonçait Jean-Baptiste. On lui demanda si le baptême de ce dernier était bon. Le Sauveur les exhorta à aller au baptême et à faire pénitence ; il parla ensuite du prophète de Nazareth et du Messie, disant qu’il paraîtrait parmi eux sans qu’on le reconnût, et que même on le persécuterait et le maltraiterait ; que les temps étaient accomplis, et qu’ils devaient faire attention à tout ; qu’il ne paraîtrait point avec pompe ni en triomphateur, qu’au contraire il serait pauvre et entouré d’hommes simples, etc. Ces gens ne surent qui il était, mais ils l’accueillirent et le traitèrent avec beaucoup de respect : ils le conduisirent même jusqu’à une certaine distance, après qu’il se fut reposé chez eux environ deux heures.