CHAPITRE III
Notre-Seigneur continue son ministère de préparation à Nazareth, à Bethsaïde, à Capharnaüm, à Séphoris et à Béthulie, malgré le mécontentement de ses ennemis et du sanhédrin. — Possédés guéris.
Je vis le sanhédrin de Jérusalem ; il envoya des messages dans les principales villes de la terre promise : ordre était donné aux chefs des écoles juives de surveiller un homme nommé Jésus, dont Jean-Baptiste avait dit qu’il était celui qui devait venir, et qu’il viendrait vers lui pour être baptisé, et de faire des rapports sur sa conduite. Les membres du sanhédrin disaient que, s’il était le Messie, il ne pouvait avoir besoin du baptême de Jean. Ils étaient fort troublés, car ils avaient entendu assurer que ce Jésus était le même qui avait enseigné dans le Temple, à l’âge de douze ans. Je vis aussi les envoyés du sanhédrin arriver à Gaza, ville située au bord de la mer, à quatre lieues d’Hébron, dans le pays où les messagers de Moïse et d’Aaron trouvèrent les grosses grappes de raisin Les messagers du sanhédrin étaient aussi des explorateurs infidèles des biens de la nouvelle terre promise, celle de l'Église chrétienne, dont Jésus-Christ allait bientôt ouvrir l'entrée à son peuple. .
Je vis Notre-Seigneur quitter la contrée où se trouvait le puits de Jacob. Il se dirigea vers Nazareth : à son approche, la très sainte Vierge vint à sa rencontre ; mais, lorsqu’elle vit qu’il était accompagné, elle ne s’approcha pas de lui, et s’en retourna chez elle sans lui avoir parlé. J’admirai son abnégation.
Plus tard je vis Jésus à la synagogue de Nazareth, avec une vingtaine des compagnons de sa jeunesse. Il enseigna devant une assemblée nombreuse. J’entendis les auditeurs chuchoter et murmurer : selon eux, son dessein, peut-être, était de se faire passer pour un personnage semblable à Jean, de s’établir au lieu où il baptisait, et de baptiser comme lui ; mais, ajoutaient-ils, il l’essaiera en vain : Jean a vécu dans le désert ; quant à lui, nous le connaissons bien, il ne nous entraînera pas.
Deux jours après, je vis Jésus se disposant à quitter Nazareth avec quelques compagnons, pour se rendre à Bethsaïde, où il voulait préparer des âmes par son enseignement. Ses amis et les saintes femmes étaient encore à Nazareth ; je les vis rassemblés chez la très sainte Vierge. Jésus leur expliqua qu’il voulait temporairement s’éloigner de Nazareth, à cause des murmures et du mécontentement qui s’étaient élevés contre lui, et aller à Bethsaïde, sauf à en revenir plus tard.
Arrivé à Bethsaïde, Jésus prêcha, avec beaucoup de force, dans la synagogue : c’était le jour du sabbat. Il dit à ceux qui l’écoutaient : « Allez, sans tarder davantage, au baptême de Jean ; purifiez-vous par la pénitence, sinon un temps viendra où vous crierez : Malheur à nous ! » La synagogue renfermait ce jour-là beaucoup de monde ; je n’y vis aucun des futurs apôtres du Sauveur, excepté Philippe.
Lorsque Jésus enseignait ainsi dans la synagogue, je priai pour la conversion des habitants de Bethsaïde. Pendant ma prière un tableau me fut présenté : je vis Jean : il enlevait les souillures les plus fortes. Il mettait à cette œuvre autant d’énergie que de rudesse et de sévérité. Son activité était si grande, que la peau qui le couvrait tombait tantôt d’une épaule, tantôt de l’autre. J’aperçus des écailles se détachant de quelques-uns des baptisés, de noires vapeurs sortant des autres, et des nuées lumineuses s’abaissant sur plusieurs d’entre eux : ce devait être un signe symbolique.
Jésus, toujours suivi de ses compagnons, prit le chemin de Bethsaïde à Capharnaüm, entrant dans les habitations isolées, et exhortant tous ceux qui s’y trouvaient à venir l’écouter. Il entra à Capharnaüm, marchant tout droit devant lui, sans se détourner, comme s’il était tout à fait inconnu. Les habitants étaient curieux de savoir quelle était cette nouvelle doctrine. Jésus parla longuement à la foule nombreuse qui s’était rassemblée autour de lui.
Je vis Jésus, avec trois de ses disciples, se rendre à Séphoris, qui est à quatre lieues de Nazareth, en franchissant une montagne. Il logea chez sa grande tante Maraha, sœur cadette de sainte Anne : elle avait une fille et deux fils. Je vis ces derniers aller et venir, en longs vêtements blancs, dans la maison. Ils s’appellent Arastaria et Cocharia, et se sont, à ce que je crois, réunis plus tard aux disciples. La sainte Vierge, Marie de Cléophas et d’autres femmes sont aussi venues ici. On lava les pieds à Jésus et il y eut un repas.
À Séphoris, Jésus enseigna dans l’école des saducéens, et je vis une chose merveilleuse. Il y avait, dans cette ville, un grand nombre de démoniaques, d’idiots et d’aliénés. On les faisait entrer dans la synagogue quand on s’y réunissait pour l’instruction et la prière. Ils restaient derrière les autres, dans une salle à part, d’où ils pouvaient écouter l’enseignement. Il y avait au milieu d’eux des surveillants armés de fouets, et chargés d’en garder chacun un nombre plus ou moins considérable, selon qu’ils étaient plus ou moins méchants. Avant l’arrivée de Jésus, je les vis tomber en convulsion et faire des contorsions ; cependant, grâce à la fermeté de leurs gardiens, ils se tinrent tranquilles. Lorsque Jésus entra dans la synagogue, ils furent d’abord très calmes, mais bientôt quelques-uns commencèrent à crier : « C’est Jésus de Nazareth, né à Bethléem, visité par les sages de l’Orient ! etc. Il veut introduire une nouvelle doctrine qu’on ne doit pas tolérer, etc. » Ces pauvres gens racontaient tout ce qui était arrivé à Jésus jusqu’alors. Ils élevaient la voix tour à tour ; les coups de fouet des surveillants ne pouvaient les faire taire. Finalement ils se mirent à crier tous ensemble, et la confusion devint générale. Jésus dit alors qu’on les lui amenât devant la synagogue, puis il envoya deux de ses disciples pour réunir, dans ce même lieu, tous les possédés qui se trouvaient dans la ville. Le Sauveur fut, en très peu de temps, entouré d’une quarantaine de ces malheureux, que pressait une foule immense. Les maniaques continuèrent à crier. Alors Jésus dit : « L’esprit qui parle ainsi, par votre bouche, est d’en bas et doit retourner en bas. » Aussitôt tous se calmèrent et furent guéris : j’en vis même plusieurs tomber par terre.
Cette guérison causa un véritable soulèvement à Séphoris. Jésus et ses disciples étaient en grand danger. Le tumulte devint tel, que le Seigneur dut se cacher dans une maison, et profiter de la nuit pour quitter la ville. Les saintes femmes en sortirent aussi. La mère de Jésus était accablée de douleur : c’était la première fois qu’elle voyait son fils persécuté. La plupart des gens guéris par Jésus reçurent le baptême de Jean, et devinrent plus tard disciples du Sauveur.
Il y avait peu de temps que Jésus et les siens avaient quitté Séphoris, quand je le vis, devant Béthulie, entrer dans une hôtellerie, où bientôt Marie et les saintes femmes le rejoignirent. J’entendis Marie prier Jésus de ne pas enseigner dans cet endroit : elle craignait une nouvelle émeute. Jésus répondit qu’il savait ce qu’il devait accomplir. Alors Marie lui fit cette question : « N’irons-nous pas maintenant au baptême de Jean ? » Jésus lui dit gravement : « Pourquoi irions-nous à cette heure au baptême de Jean ? En avons-nous besoin ? J’irai d’abord là où je dois recueillir, et je dirai quand il faudra aller au baptême de Jean. » Marie garda le silence comme à Cana.
Jésus fut bien accueilli à Béthulie ; il se rendit dans la synagogue pour enseigner, car nombre de personnes étaient venues des environs afin de l’entendre. Je vis aussi plusieurs possédés rassemblés sur les chemins que le Sauveur parcourait, et dans les rues même de la ville. Lorsqu’il passa devant eux, ils furent délivrés de leurs accès : je remarquai alors çà et là des gens qui disaient : « Cet homme doit avoir une puissance égale à celle des anciens prophètes, puisqu’il calme ces malheureux par sa seule présence. » Quant aux possédés, ils sentaient que Jésus les avait secourus ; aussi vinrent-ils à l’hôtellerie pour le remercier. Le Sauveur, dans ses instructions, exhorta avec insistance ceux qui l’écoutaient à aller au baptême de Jean : il parla, cette fois, avec beaucoup de feu, tout à fait à la manière de Jean-Baptiste.
Les habitants de Béthulie montraient une grande estime pour Jésus et ses disciples. On se disputait l’honneur de l’avoir dans sa maison ; et ceux qui ne pouvaient le posséder voulaient au moins recevoir un des siens.
Il leur promit de rester successivement chez les uns et les autres. Toutefois l’empressement et l’affection qu’ils témoignaient à Jésus n’étaient pas tout à fait désintéressés ; il le leur fit sentir dans ses instructions à la synagogue. Ils avaient un but particulier : ils voulaient, en s’attachant au nouveau prophète, rendre à leur ville la considération qu’elle avait perdue par ses rapports avec les païens. Leur motif n’était donc pas le pur amour de la vérité. Jésus ne resta que deux jours à Béthulie, parce qu’il y était trop importuné : une foule de malades et de possédés venaient des environs pour être guéris, et le Sauveur ne voulait pas se manifester encore par des guérisons si éclatantes.
Bientôt je vis Jésus enseigner dans une vallée, sous des arbres, dans le lieu même où les Esséniens avaient autrefois souvent rassemblé leurs disciples. Il y avait là un siège de gazon élevé, entouré de bancs de terre où l’on pouvait s’asseoir. Le Sauveur était alors entouré d’environ trente personnes. Le soir, je le vis s’arrêter dans une petite ville à une lieue de Nazareth ; on l’y accueillit très bien. Il entra dans une grande maison où on lui lava les pieds, ainsi qu’à ses disciples : on nettoya leurs habits, et on leur prépara un repas.
Jésus enseigna dans la synagogue ; puis aussitôt il se rendit avec ses disciples dans une ville de Lévites, appelée Kèdes, où il arriva, suivi de sept possédés qui proclamaient sa mission, et faisaient connaître sa vie plus clairement encore que les démoniaques de Séphoris. Quelques-uns des siens l’ayant précédé à Kèdes, sa venue y fut annoncée ; des prêtres âgés et des jeunes gens en longs vêtements blancs vinrent à sa rencontre ; l’accueil qu’il reçut de tous fut excellent. Les possédés de cette ville avaient été enfermés par les prêtres pour éviter tout désordre : le Sauveur ne les guérit que plus tard, après son baptême. Quand il manifesta le désir d’enseigner, on lui demanda comment il pouvait avoir mission pour cela, lui qui n’était que le simple fils de Marie et de Joseph. Jésus répondit que Celui qui l’avait envoyé et de qui il était sorti le manifesterait, lors de son baptême. Il parla ensuite du baptême de Jean.