CHAPITRE XX

Jésus guérit de loin le fils du centurion de Capharnaüm.

Jésus se dirigea ensuite à trois lieues de là, sur une colline près d’Engannim, où il passa la nuit dans un hangar, avec André, Nathanaël le fiancé, et deux serviteurs du centurion de Capharnaüm, qui étaient venus à sa rencontre pour le prier d’aller en toute hâte chez leur maître, car son fils était très malade. Mais le Seigneur leur avait répondu qu’il irait en son temps.

Ce centurion, chargé jadis par Hérode Antipas du gouvernement d’une partie de la Galilée, était en retraite. Ses bonnes intentions l’avaient porté à protéger les disciples, lors des dernières persécutions des pharisiens, et même à les secourir de sa bourse. Il croyait à la puissance de Jésus, mais sa foi était faible encore, et il désirait ardemment de lui un miracle, d’abord dans l’intérêt de son fils, puis aussi pour confondre les pharisiens ; les disciples le souhaitaient pareillement, et tous disaient : « Ce sera alors que les pharisiens se dépiteront et qu’ils verront qui est Celui que nous suivons. » Sous l’influence de ce motif, André et Nathanaël avaient conduit les serviteurs de l’officier auprès de Jésus ; le Sauveur le savait bien.

Dès son entrée à Cana, Jésus fut reçu dans la maison d’un scribe, tout près de la synagogue. Pendant qu’il se reposait et prenait un léger repas, un grand nombre de personnes se réunissaient dans l’avant-cour ; car on avait appris qu’il devait venir d’Engannim, et tous l’attendaient.

Il prêcha une matinée entière ; et il prêchait encore, entouré d’une grande foule de peuple, quand survint en toute hâte un centurion de Capharnaüm, accompagné de plusieurs serviteurs. Cet homme semblait dévoré d’inquiétudes et de soucis, et faisait de vains efforts pour traverser la foule, afin de pénétrer jusqu’à Jésus. Comme il n’y pouvait réussir, il se mit à crier avec force : « Respectable maître, laissez venir à vous votre serviteur ; je suis ici comme envoyé de mon maître de Capharnaüm : je parle en son nom et comme père de son enfant : je vous supplie de venir avec moi au plus tôt, car mon enfant est très malade et se meurt. » Jésus sembla ne pas l’entendre ; mais lui, voyant qu’il avait attiré l’attention de la foule, s’efforça de pénétrer plus avant ; ne pouvant y parvenir, il se mit à crier de nouveau : « Mon fils se meurt, venez, oh ! venez avec moi ! » Comme ses cris étaient incessants, Jésus se tourna vers lui et lui dit devant tout le peuple : « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point. Je connais le secret de votre cœur, vous cherchez une occasion de mortifier les pharisiens et de vous glorifier vous-même, quoique vous ne valiez guère mieux. Je ne suis pas venu faire des miracles pour satisfaire votre vanité. Je n’ai pas besoin de votre témoignage. Mes œuvres rendront témoignage de moi, quand ce sera la volonté de mon Père, et je ferai des prodiges lorsque ma mission l’exigera. » Jésus continua longtemps à le réprimander devant la foule assemblée, lui reprochant de vouloir faire vanité de la guérison de son fils : « Il faut, dit-il, croire et se convertir, et non pas demander des miracles pour satisfaire l’amour-propre. »

L’envoyé écouta tous ces reproches sans se laisser déconcerter : il s’approcha même davantage du Sauveur, et élevant la voix, il dit : « Maître, à quoi bon tout cela ? Venez avec moi tout de suite, il est peut-être déjà mort. » Jésus lui répondit : « Allez, votre fils vit. » Le centurion s’écria alors : « Est-ce bien certain ? » Le Seigneur répondit : « Vous pouvez me croire, à cette heure même, il a recouvré la santé. » L’homme alors crut à la parole de Jésus, et s’en alla à Capharnaüm, sans lui demander davantage de le suivre. Jésus dit ensuite au peuple qu’il avait bien voulu exaucer la prière du centurion, mais qu’à l’avenir, en pareille circonstance, il n’agirait pas de même. Ce messager était le surintendant du lieutenant d’Hérode à Capharnaüm, lequel, n’ayant pas d’enfant, avait adopté l’enfant de sa femme, né, avant son mariage, de l’homme qu’il venait d’envoyer. L’enfant était dans sa treizième année, et celui qui, de la part de son maître, avait été trouver Jésus, était réellement son père. Le langage qu’il avait tenu était donc, en toutes choses, conforme à la vérité. Tous ces secrets de famille me furent révélés ; mais ils étaient restés ignorés du dehors. Ce fut peut-être le motif pour lequel Jésus se laissa si longtemps supplier par le pauvre serviteur.

L’enfant, dès l’origine, soupirait après lui. Toutefois, comme la maladie ne paraissait pas grave, c’était surtout pour se glorifier aux yeux des pharisiens que l’on désirait le secours de Jésus. Mais, depuis une quinzaine de jours, l’état du malade était devenu alarmant, et à tous les remèdes qu’on lui présentait, il disait : « Tout cela ne me sert de rien ; il n’y a que le prophète de Nazareth qui puisse me guérir, » Jésus cependant tardait à le faire, voulant punir l’officier de ses mauvaises intentions.

Comme le messager revenait à Capharnaüm, deux serviteurs lui annoncèrent que son fils était plein de vie ; l’officier les avait chargés de le rejoindre et de lui dire de s’épargner désormais frais et fatigues, parce qu’à la septième heure la fièvre avait cessé d’elle-même.

Le centurion raconta alors à ces nouveaux venus les paroles du Seigneur ; ils en furent remplis d’admiration et s’en retournèrent avec lui chez leur maître. Zorobabel (tel était le nom de l’officier), et l’enfant allèrent à leur rencontre jusqu’à la porte. Après avoir embrassé son fils avec bonheur, l’envoyé redit les paroles de Jésus, que ses compagnons avaient entendu répéter aussi par d’autres témoins. Puis on prépara un repas de réjouissance, où l’enfant se trouva assis entre son père adoptif et son père véritable ; la mère était présente. L’enfant aimait son vrai père autant que son père d’adoption ; et le premier avait aussi, dans la maison, une grande autorité.

Comme Jésus approchait de Capharnaüm, plusieurs possédés s’agitèrent devant les portes et dans les rues même, en criant : « Le prophète arrive, qu’y a-t-il entre nous et lui ? » Ils se dispersèrent aussitôt qu’il arriva devant la ville, où une grande tente avait été dressée. L’officier vint recevoir le Seigneur avec le père et l’enfant lui-même qui marchait entre eux ; toute la famille les suivait, ainsi que les serviteurs et les esclaves ; ces derniers étaient des païens qu’Hérode fournissait à son lieutenant. Ils formaient un grand cortège, et tous se prosternèrent devant Jésus en lui rendant grâces. Après lui avoir lavé les pieds, on lui offrit des rafraîchissements. L’enfant s’étant agenouillé devant lui, le Seigneur lui imposa la main sur la tête et lui donna quelques avertissements salutaires. Le nom de l’enfant était Jessé, mais dès lors on l’appela Joël. L’officier supplia le Seigneur d’honorer sa maison à Capharnaüm de sa présence et d’y prendre un repas ; Jésus refusa, et lui reprocha encore d’avoir voulu obtenir un miracle pour humilier ses ennemis. Il ajouta qu’il n’avait guéri l’enfant qu’à cause de la foi vive et inébranlable de son envoyé. Après avoir dit cela, le Seigneur repartit.

Alors l’officier fit un grand festin. Il y convia tous les serviteurs et tous les ouvriers qui travaillaient dans ses nombreux jardins. Il leur raconta la guérison miraculeuse de son enfant. Ils en éprouvèrent une grande émotion et crurent en Jésus. Pendant le repas, ces serviteurs chantèrent une hymne d’action de grâce, et les pauvres, auxquels on distribua beaucoup d’aumônes dans le vestibule, se joignirent à eux.

Dès le même jour, le miracle du Sauveur en faveur de Zorobabel fut connu, et celui-ci l’avait fait lui-même annoncer à la sainte Vierge et aux apôtres, que je vis tous occupés de nouveau à leurs pêcheries. Je vis aussi porter la nouvelle à la belle-mère de Pierre, qui était malade et gardait le lit.