CHAPITRE XVI
Prédications aux environs de Jérusalem. — Epreuves et souffrances des apôtres.
Deux disciples, qui avaient devancé Jésus, se rendirent chez le chef de la synagogue pour lui en demander les clefs, en disant que leur Maître voulait y prêcher ; d’autres parcoururent les rues pour appeler le peuple. Dès que les portes furent ouvertes, le Seigneur entra avec Lazare et Saturnin dans la synagogue, qui bientôt fut remplie d’auditeurs. Il enseigna encore avec beaucoup de force sur le maître de la vigne dont les serviteurs sont mis à mort par les vignerons infidèles, qui ôtent enfin la vie à son propre fils envoyé par lui ; il termina en disant qu’après ce dernier crime le maître donnerait la vigne à d’autres. Puis il dit que, de même qu’on avait persécuté les prophètes et emprisonné Jean, ainsi mettrait-on la main sur lui ; enfin il parla du jugement et des malheurs qui frapperaient Jérusalem. Ses paroles produisirent une grande sensation parmi les Juifs : quelques-uns en étaient contents, d’autres s’en fâchaient et murmuraient. « D’où celui-ci vient-il ainsi soudainement ? disaient-ils ; personne n’a été averti de sa venue. » Plusieurs d’entre eux qui avaient entendu dire que, dans l’hôtellerie de la vallée, il y avait des femmes qui suivaient Jésus, allèrent les y trouver pour s’enquérir de ses desseins.
Après avoir guéri des fiévreux, le Sauveur quitta Béthoron. Je le vis, tantôt seul, tantôt accompagné de ses disciples, traverser plusieurs petites villes et des villages voisins, dans un rayon de quelques lieues. Il ne se borna pas à prêcher dans les synagogues : il enseigna en plein air, sur les collines et sur les places publiques, au milieu du peuple rassemblé. Une partie de ses disciples parcoururent les vallées, les hameaux et jusqu’aux cabanes les plus isolées, pour engager les habitants à se rendre aux lieux où il voulait prêcher. Dans toutes ces courses successives, Jésus et ses disciples eurent à supporter des peines et des fatigues extrêmes. Partout où passa le Sauveur, il guérit un grand nombre de malades qu’on lui amena ou qui vinrent implorer son assistance. Beaucoup de possédés le poursuivirent de leurs cris, mais il leur ordonna de se taire et de se retirer. En ces jours-là, Jésus avait de plus à lutter contre les mauvaises dispositions des habitants et contre les insultes des pharisiens. Les villes et les villages des environs de Jérusalem étaient remplis de gens qui lui étaient hostiles. Il en était alors comme de nos jours ; dans les petites localités, on répète tous les bruits qui circulent sans aller au fond des choses. Là-dessus venait l’apparition subite de Jésus suivi de ses nombreux disciples, et sa prédication sévère et quelquefois menaçante : car il parlait partout, comme à Béthoron, du dernier temps de la grâce, qui était arrivé, et du jour du jugement, qui approchait. Il rappelait continuellement aux Juifs le sang des prophètes qui avait été versé par leurs pères ; et l’emprisonnement de Jean, qui lui-même avait eu à endurer des persécutions de leur part. Il expliquait la parabole du maître de la vigne, disant que le roi avait envoyé son fils, que le royaume était proche, et que le fils en devait prendre possession ; puis il criait malheur à Jérusalem et à ceux qui ne voulaient pas recevoir son royaume, ni faire pénitence. Il passait ainsi d’un lieu à l’autre, n’interrompant ses prédications que par de nombreuses guérisons et des œuvres de charité.
Les disciples avaient beaucoup à souffrir. Souvent, lorsqu’ils annonçaient leur Maître, on leur faisait des questions injurieuses : « Le voilà de nouveau ! que vient-il faire ici ? d’où vient-il ? ne lui a-t-on pas défendu de courir le pays ? » Puis on les raillait eux-mêmes, on criait après eux. Quelques Juifs cependant les recevaient avec joie, mais leur nombre n’était pas grand. Personne n’osait attaquer Jésus pendant qu’il enseignait entouré de ses disciples, ou qu’il traversait les rues au milieu d’eux ; c’était à ces derniers seuls que s’adressaient tous ceux qui voulaient faire du bruit. On les prenait à part, on les questionnait ; n’ayant compris qu’à demi ou à contre-sens les discours sévères de Jésus, on voulait des explications. Mais au milieu de toutes ces rumeurs retentissaient aussi des cris joyeux : car le Seigneur avait guéri des malades, et les contradicteurs s’en irritaient et s’éloignaient. Ajoutez à toutes ces peines une marche rapide et fatigante, sans repos, sans réfection, sans aucune espèce de soulagement.
Les apôtres me paraissaient encore bien faibles et bien charnels : souvent, quand Jésus enseignait et qu’on les interrogeait, ils chuchotaient entre eux, ne pouvant comprendre où il en voulait venir. Ils avaient des heures de mécontentement. Ils se disaient à eux-mêmes : « Nous avons tout abandonné pour lui, et nous voilà jetés dans les embarras et les inquiétudes. Quel est ce royaume dont il parle ? Est-ce qu’en effet il l’établira ? » Ils cherchaient à cacher de telles pensées, qui trop souvent se trahissaient par leurs irrésolutions. Jean seul suivait son maître avec la confiance et l’obéissance d’un enfant. Tous cependant avaient vu tant de miracles, et en voyaient encore tous les jours !
Combien il était touchant de voir Jésus, bien qu’il connût leurs moindres pensées, se montrer constamment le même à leur égard, toujours bienveillant, toujours affectueux ! Il poursuivait l’œuvre de son Père, sans s’inquiéter de leurs hésitations, avec son calme, sa gravité, sa sérénité inaltérables.