CHAPITRE IX
Retour à Capharnaüm dans la maison de Marie.
La nuit suivante, je vis Jésus sur une autre montagne, avec Saturnin et un second disciple. Comme il s’était éloigné d’eux pour prier seul, ils lui en demandèrent la raison : alors il leur donna des enseignements sur la prière faite en particulier et sur la prière faite en commun. Le Sauveur partit pour Capharnaüm ; mais n’ayant pas suivi la voie directe, il n’arriva que le lendemain après minuit.
Dans ce moment, son ardeur infatigable et les fatigues de ses disciples et de ses apôtres se présentent vivement à mon esprit. Bien des fois, au commencement surtout, ceux-ci succombaient de lassitude et cédaient tout accablés au sommeil. Quelle différence entre eux et les apôtres de nos jours, qui souvent s’endorment d’ennui ! Ces disciples zélés allaient sur les chemins publics ; ils couraient après les gens pour les instruire ou pour les inviter à l’enseignement de leur Maître.
Dans la maison de Marie, se trouvaient Lazare, Obed fils de Siméon, les neveux de Joseph d’Arimathie, le fiancé de Cana et quelques autres disciples, avec sept femmes, parentes ou amies de la sainte Vierge. On attendait Jésus, et à chaque instant on allait voir s’il arrivait. En ce moment, les disciples de Jean survinrent, apportant la triste nouvelle de l’emprisonnement de leur maître. Ils allèrent ensuite à la rencontre de Jésus pour lui annoncer ce malheur. Ils le rencontrèrent hors de Capharnaüm. Jésus les consola, leur dit d’aller en avant, et vint chez sa mère.
Il y entra seul. Lazare accourut, et lui lava les pieds dans le vestibule de la maison. Tous, disciples et amis, l’attendaient avec une extrême impatience. Ils étaient dans la salle qui précédait la chambre du foyer : c’était là que se tenait ordinairement Marie ; et elle y était avec eux. Les autres femmes, au nombre desquelles se trouvaient les veuves, la fiancée de Cana et Marie de Cléophas, se tenaient dans une aile de la maison.
Lorsque Jésus entra dans la salle, les hommes s’inclinèrent profondément. Il les salua tous et, s’avançant vers sa Mère, il lui tendit les mains ; elle aussi s’inclina, pleine d’humilité et de tendresse. On ne se précipitait pas ici dans les bras les uns des autres ; on restait maître de soi, mais tout se faisait avec une douce et aimable simplicité, qui témoignait la tendresse et la bonté des cœurs, et qui se manifestait, de la manière la plus touchante, dans les attitudes et dans l’expression des physionomies. Jésus alla ensuite visiter les femmes dans leur logement séparé ; elles s’agenouillèrent devant lui, enveloppées de leurs voiles. Il les bénit toutes, comme il avait coutume de faire quand il arrivait ou qu’il partait.
Pendant ce temps, je vis apprêter un repas ; je remarquai que les hommes y assistèrent couchés autour de la table, et les femmes, assises à l’une des extrémités, les jambes croisées. Les convives parlèrent avec indignation de l’emprisonnement de Jean ; Jésus les en reprit, disant qu’ils ne devaient pas juger ni s’irriter ; que tout ce qui se passait était dans les desseins de Dieu ; que si Jean n’avait pas été mis à l’écart, il n’aurait pu commencer son œuvre et se rendre immédiatement à Béthanie.
Je vis le Sauveur s’entretenir seul avec Marie : elle pleura, en apprenant qu’il allait braver les dangers dont il était menacé aux environs de Jérusalem. Il la consola, et lui dit de ne pas s’abandonner à ses inquiétudes ; il devait, disait-il, accomplir sa mission ; mais, ajoutait-il, les jours de deuil ne sont pas encore arrivés ; il lui recommanda de se tenir constamment en prière ; puis s’adressant à tous : « Abstenez-vous, disait-il, de rien dire concernant l’emprisonnement de Jean ; ne le jugez pas ; gardez le silence sur les procédés des pharisiens à mon égard ; la moindre imprudence ne ferait qu’aggraver le danger. D’ailleurs, la conduite des pharisiens qui se perdent eux-mêmes entre dans les vues de Dieu. »
On parla aussi de Madeleine ; on répéta ce que Véronique en avait dit ; à quoi Jésus ajouta : « Votre devoir est de prier pour elle et de vous montrer charitables à son égard ; elle ne tardera à se transformer au point qu’elle deviendra un modèle pour plusieurs. » Jésus partit pour Béthanie de bon matin ; Lazare l’accompagnait avec cinq disciples de Jérusalem.