CHAPITRE VIII
Grande prédication de Jésus sur la montagne voisine d’Adama.
Entre Cadès et Azor se trouve une montagne où l’on enseigne souvent ; j’ai vu au sommet une chaire placée au milieu d’une roche tapissée de verdure. Les disciples ont engagé les habitants des deux villes, ainsi que les bergers des environs, à s’y rendre pour y entendre prêcher Jésus.
Une grande foule s’est rassemblée sur la montagne ; bon nombre de personnes s’y sont rendues dès la veille pour tout préparer. Ceux qui habitent les maisons situées sur les côtés de la montagne s’occupent à faire des tentes, et, avec des perches et des cordes, ils en ont dressé quelques-unes sur la cime la plus élevée. On y a aussi apporté de l’eau, du pain et du poisson.
C’était un lieu mémorable ; Josué y avait célébré une fête d’actions de grâces, après avoir défait les Chananéens. Lorsque Jésus se montra sur la montagne, le peuple assemblé le salua en criant : « Vous êtes le vrai Prophète, le Sauveur, etc. ; » et, lorsqu’il passa à travers la foule, tous s’inclinèrent. Il était environ neuf heures du matin quand Jésus arriva sur la montagne, après avoir fait près de six à sept lieues pour venir d’Adama. On avait amené au Sauveur beaucoup de possédés qui criaient et s’agitaient violemment ; Jésus les regarda et leur ordonna de se taire ; il n’en fallut pas davantage pour les calmer et les délivrer.
Les disciples ayant établi le silence parmi le peuple, Jésus adressa une prière au Père céleste, de qui vient tout don parfait, et le peuple pria aussi. Puis il parla de ce lieu et de ce qui y était arrivé aux enfants d’Israël. Il dit comment Josué y avait paru autrefois, et avait délivré la terre de Chanaan de l’idolâtrie, et comment aussi Azor avait été détruite. Il présenta tous ces faits comme des symboles ; il ajouta que, maintenant, la vérité et la lumière venaient à eux avec mansuétude, pour les délivrer de l’empire du péché et les combler de grâces. Il les exhorta à ne pas résister comme les Chananéens, de peur que la colère de Dieu ne tombât enfin sur eux, comme elle était tombée sur Azor. Il enseigna aussi sur la pénitence et sur l’approche du royaume de Dieu : il parla cette fois plus clairement de lui-même et du Père céleste qu’il n’avait fait auparavant dans ce pays.
Le fils de Jeanne Chusa et celui de Véronique vinrent, de la part de Lazare, annoncer au Sauveur que les pharisiens de Jérusalem avaient envoyé deux émissaires à Adama. Il leur dit que Lazare ne devait pas avoir d’inquiétude à son sujet, qu’il remplirait sa mission ; et il les remercia enfin de leur dévouement.
Sur ces entrefaites, les émissaires des pharisiens arrivèrent d’Adama avec plusieurs Juifs mécontents ; Jésus ne leur parla point ; mais, tout en enseignant, il dit ouvertement qu’on l’espionnait et le poursuivait ; que toutefois on ne parviendrait pas à l’empêcher d’accomplir l’œuvre dont son Père céleste l’avait chargée, et qu’il reviendrait encore parmi eux pour leur annoncer la vérité et le royaume de Dieu, etc. Plusieurs femmes de l’auditoire demandèrent qu’il les bénît, elles et leurs enfants. Les disciples, qui appréhendaient les espions, lui conseillèrent de ne point satisfaire leurs désirs en présence de telles gens. Alors le Seigneur leur reprocha ces vaines craintes ; il leur dit que ces femmes étaient pieuses, et que leurs enfants deviendraient bons ; puis il traversa la foule et les bénit.
Il enseigna depuis dix heures du matin jusqu’au soir, alors le peuple s’assit pour prendre un repas. Il y avait d’un côté de la montagne du feu auquel on faisait cuire des poissons sur des grils. Le plus grand ordre régnait partout : les habitants de chaque ville étaient placés ensemble, puis répartis par voisinages et par familles. Chaque groupe, composé de quatre à cinq personnes, avait un chef qui recevait de l’un des disciples une part d’aliments, et la subdivisait. Jésus bénit la nourriture avant qu’on fît les parts, et il advint qu’elle se multiplia et se multiplia ; ce qu’on en avait apporté n’eût pas suffi à beaucoup près pour les deux mille personnes qui se trouvaient réunies. Chaque groupe ne reçut qu’une petite portion : cependant, après avoir mangé, tous étaient rassasiés, et il resta encore beaucoup de morceaux, que les pauvres recueillirent dans des corbeilles et emportèrent avec eux.
Il y avait, parmi les assistants, plusieurs soldats romains qui étaient sous les ordres de Lentulus. Il les avait peut-être chargés de s’enquérir de Jésus ; ils s’adressèrent même aux apôtres, leur demandant, au nom de leur général, quelques-uns des pains bénits par Jésus. Ils en reçurent plusieurs, et les mirent chacun dans le sac qu’ils avaient au dos.
À la fin du banquet, la nuit était venue, et l’on avait allumé des flambeaux. Jésus bénit le peuple et quitta la montagne avec ses disciples.