CHAPITRE III
Persécutions contre Jésus et les saintes femmes. — Mort de Marie la Silencieuse.
Durant ces jours, Jésus ne vit presque point sa mère, qui demeurait chez Marie, mère de Marc. Elle passait son temps dans les prières et les larmes, pleine d’inquiétude à cause de la sensation qu’il produisait. Bien qu’elle ne sût pas tout encore, elle pressentait tout.
Jésus célébra le sabbat à Béthanie, dans la maison de Lazare, où il s’était retiré à cause du bruit que faisaient ses guérisons au Temple. Après le sabbat, les pharisiens le cherchèrent à Jérusalem, chez la mère de Marc ; ils voulaient l’arrêter, mais ils n’y trouvèrent que la sainte Vierge et quelques autres femmes, auxquelles ils ordonnèrent, en termes fort durs, de quitter la ville. Elles en furent toutes très affligées. Je vis Marie, le visage baigné de pleurs, entrant chez Marthe à Béthanie. Marthe soignait sa sœur Marie la Silencieuse, alors très malade ; à peine arrivée auprès de Marthe, la mère du Sauveur s’évanouit, s’affaissant sous le poids de sa douleur ; aussitôt Marie la Silencieuse, qui était tout à fait rendue à la vie extérieure, et qui voyait s’accomplir ce qu’elle avait vu autrefois en esprit, n’eut plus la force de supporter la souffrance qu’elle ressentait ; elle expira, en présence de la sainte Vierge, de Marie de Cléophas, de Marthe et des autres saintes femmes. Elle fut déposée plus tard dans un sépulcre neuf, à peu de distance du château de Lazare.
Nicodème vint cette nuit à Jésus, conduit par Lazare, chez lequel il l’avait rencontré plusieurs fois, sans cependant avoir eu encore d’entretien confidentiel avec lui : la persécution qui menaçait Jésus ne l’arrêta pas. Je vis le Seigneur assis à terre à côté de lui, et l’instruisant pendant toute la nuit.
Avant l’aube du jour, il se rendit avec Nicodème à Jérusalem, dans la maison de Lazare, près de Sion, où Joseph d’Arimathie les rejoignit. Nicodème et Joseph s’humilièrent devant le Seigneur, disant : « Nous reconnaissons bien que vous êtes plus qu’un homme ; nous promettons de vous servir fidèlement jusqu’à la fin. » Jésus leur recommanda la discrétion ; à leur tour, ils le prièrent instamment de les conserver dans la charité.
Tous les disciples qui avaient mangé la Pâque avec le Sauveur vinrent le trouver. Il leur donna diverses instructions et divers ordres, pour l’avenir le plus prochain ; ses disciples se prirent tous par les mains en pleurant ; ils essuyèrent leurs larmes avec la petite bande d’étoffe qu’ils portaient autour du cou, et qui leur servait aussi à envelopper leurs têtes.
Dans la matinée, Lazare conduisit la mère de Jésus dans une hôtellerie située devant Béthanie. Je vis le corps de Marie la Silencieuse étendu par terre et la maison en deuil. Les disciples venus de loin se dispersèrent bientôt en divers lieux, soit chez eux, soit dans les endroits où Jésus les envoya. Marie étant retournée dans l’habitation de Lazare, les pharisiens la poursuivirent de leurs interrogations, ainsi que les saintes femmes, partout où il les rencontrèrent, les menaçant de les chasser du pays. C’est ainsi qu’elle se retira d’abord à Nazareth, puis à Capharnaüm.
Pendant quelques jours, Jésus resta caché, soit à Béthanie, soit à Bahurim, petit village situé au nord-est de Béthanie. C’était en ce lieu que Séméi avait jeté des pierres à David en l’accablant d’injures, lorsqu’il fuyait devant Absalon. Jésus s’y retira souvent, lors des persécutions qu’il eut à subir dans le Temple, en particulier le jour où l’on voulut le lapider Nous sommes loin de soupçonner la perfection avec laquelle la divine Sagesse a disposé et accompli toutes les figures de l'ancienne loi. .