CHAPITRE XXI

Jeunesse de saint Joseph. — Il est désigné d’en haut pour être l’époux de Marie.

Joseph, fils de Jacob, était le troisième de six frères. Ses parents demeuraient près de Bethléem, dans une grande maison qui avait appartenu à Isaï ou Jessé, père de David. Joseph, d’un caractère tout différent de celui de ses frères, était simple, doux, pieux et sans ambition. Il avait une intelligence vive, comprenait et retenait tout avec une grande facilité. Ses frères le rudoyaient, le maltraitaient, et inventaient tout ce qu’ils pouvaient pour le tourmenter. Il n’était pas de peine qu’ils ne lui fissent. S’il priait sous les galeries de la cour, à genoux et les bras étendus, ils s’approchaient sans bruit et le frappaient rudement par derrière. Une fois qu’il était ainsi à genoux, l’un d’entre eux vint, et se mit à le frapper. Joseph demeura immobile, sans paraître avoir rien senti ; l’autre alors redoubla si violemment, que le pauvre Joseph tomba en avant, la face contre les dalles. Je connus par là, qu’il avait été ravi en extase. Quand il revint à lui, il n’eut ni colère, ni pensée de vengeance ; il chercha seulement un lieu plus retiré pour continuer son oraison.

Il y avait dans le caractère de Joseph quelque chose de fort grave, et un goût très marqué pour la solitude ; mais ses parents n’approuvaient aucunement sa manière de penser et de faire. Il était, à leur gré, trop simple et trop humble. Ils auraient voulu qu’il employât ses talents à se faire dans le siècle une position brillante. Mais rien n’agréait moins à Joseph qu’une pareille pensée. Il n’aimait que la prière et le travail des mains. L’inimitié de ses frères alla bientôt si loin, qu’il lui fut impossible de demeurer dans la maison paternelle. Il avait, dans le voisinage, un ami dont les terres n’étaient séparées de celles de son père que par un ruisseau. Il reçut de lui tout ce qu’il fallait pour se déguiser, choisit une nuit pour s’enfuir et alla gagner ailleurs, dans l’état de charpentier, le peu qui lui était nécessaire pour vivre. Il pouvait avoir alors de dix-huit à vingt ans. Il travailla d’abord chez un charpentier de Libonah, et ce fut même là qu’il fit, à vrai dire, l’apprentissage de ce métier.

Il fut, chez cet homme, tellement bon, pieux et simple, que bientôt il gagna tous les cœurs. Il rendait avec humilité toutes sortes de services à son maître ; il ramassait des copeaux, rassemblait de grosses pièces de bois et les lui apportait sur ses épaules.

Ses parents crurent d’abord qu’il avait été enlevé par des bandits ; mais, au bout de quelque temps, son asile fut découvert, et il eut encore à subir les plus sanglants reproches de la part de ses frères. Ils ne pouvaient lui pardonner surtout la basse condition à laquelle il s’était réduit. Il y resta par humilité.

Cependant Joseph demandait à Dieu, de toute l’ardeur de son âme, de hâter l’avènement du Messie. Un jour que, pour pouvoir prier dans une plus grande solitude, il disposait une sorte de petit oratoire, un ange lui apparut et lui dit de cesser son travail : car, comme le patriarche Joseph avait eu autrefois entre les mains, par la volonté de Dieu, tous les grains de l’Égypte, ainsi, disait l’ange, le grenier du salut allait bientôt être confié à sa garde.

Joseph, dans son humilité, ne comprit rien à ces paroles, et continua à prier avec ferveur. Il vécut ainsi jusqu’au moment où il fut appelé à se rendre au temple de Jérusalem pour y devenir, en vertu d’un ordre du Ciel, l’époux de Marie.

Mandé par le grand prêtre, Joseph se rendit aussitôt à Jérusalem et vint se présenter au temple. Il dut, à son tour, tenir sa branche à la main pendant la prière et le sacrifice. Il ne l’eut pas plutôt déposée sur l’autel devant le Saint des saints, qu’elle poussa une fleur blanche semblable à un lis. En même temps le Saint-Esprit descendait sur lui sous une forme lumineuse. Joseph était donc l’homme destiné par Dieu à devenir l’époux de la sainte Vierge. Il lui fut présenté par les prêtres, en présence d’Anne, sa mère. Marie se soumit avec humilité : elle accepta celui qu’on lui donnait, sachant bien que tout était possible au Dieu qui avait reçu son vœu de n’être qu’à lui seul.